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Title: U.S.A. : grève anti-syndicale des mineurs
Description: Sur la longue grève des mineurs américains de 1977-1978, déclenchée par l'UMW pour reprendre le contrôle de mineurs habitués aux grèves sauvages et rejetant les accords signés avec le patronat.
Date: 01/05/1978
Category: Alarme n.º 1
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1978-05-u-s-a-greve-anti-syndicale-des-mineurs
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*Alarme*, n° 1, mai-juin-juillet 1978 (p. 12). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n01.pdf)

La longue grève des mineurs américains, déclanchée par les syndicats le 6 Décembre 77 et suspendue le 27 Mars 78, aura duré trois mois et demi. Elle a montré une fois de plus l'extrême combativité des mineurs et un changement de tactique dans l'oeuvre anti-ouvrière des syndicats de ce secteur.

Depuis plusieurs années, les mineurs américains s'étaient lancés dans des grèves sauvages, isolées et combattues par les syndicats et il était particulièrement significatif que le journal *Le Monde* du 7 Décembre, anonçant le début de la grève, titre alors: "les mineurs sont en grève pour la première fois depuis trois ans", seule la grève syndicale ayant le droit d'exister aux yeux de la presse du capital. La dernière de ces grèves sauvages ne datait pas de bien longtemps et plusieurs centaines de milliers de mineurs l'avaient continué, pendant un temps, malgré l'ordre de l'UMW (United Mine Workers, centrale syndicale) de l'arrêter. Il était visible que devant une telle combativité, il fallait que la tactique de l'UMW change; que de directement en opposition à toute grève, elle se fasse plus perfide, plus fourbe de façon à être plus efficace. C'est pourquoi l'UMW déclancha la grève le 6 Décembre.

Son premier objectif était en quelque sorte "d'évacuer la vapeur", de faire de sorte que cette grève serve de "soupape de sûreté": une nouvelle grève sauvage n'eut pas tardé à éclater et il fallait la prévenir. Son second objectif: reconquérir son autorité sur ses membres, récupérer une confiance des mineurs qui ne cessait de s'effondrer. "L'UMW n'est plus capable de tenir ses troupes" soulignait le président d'une compagnie charbonnière. Son troisième objectif, de loin le plus important, était -comme on s'en apercevra de plus en plus au fur et à mesure de l'évolution de la grève- de prévenir désormais le capital de toute grève sauvage. Il s'agissait de faire reconnaître et de faire approuver les sanctions envisagées contre les "meneurs" de grèves sauvages par une majorité la plus large possible de syndiqués. A cette fin, il était bien précisé que seuls les piquets de grève étaient visés et que ceux qui "ne pouvaient pas les franchir" n'étaient pas mis en cause. Par cette différenciation, l'UMW comptait récupérer tous les moutons et les couards et obtenir ainsi une assise solide à sa politique. Mais c'était mal calculer: la base rejetait sans appel l'accord signé par le syndicat avec le patronat. La tentative de l'UMW de masquer ce renforcement de l'Etat contre les grèves sauvages par des revendications économiques avait échoué lamentablement. La grève durant depuis déjà trop longtemps pour l'économie américaine, les stocks accumulés commençant à s'amoindrir, Carter invoqua alors la loi Taft-Hartley qui prévoit le remplacement des mineurs par l'armée et la garde nationale. Mesure tout à fait symbolique semble-t-il puisque l'Etat américain se trouva pratiquement dans l'impossibilité de l'appliquer, les mineurs étant décidés à ignorer les ordres du gouvernement de reprendre le travail. Pas plus d'une centaine de mineurs seulement sur 160000 se pliaient à ces ordres, poussés sans doute par une situation économique s'aggravant constamment pour l'ensemble des grévistes. La menace avait échoué. La grève ne prendrait fin désormais que par une soumission des mineurs à l'UMW. Cette fois-ci, il fallait mettre un terme à la grève même au prix d'un recul temporaire: les employeurs renonçaient au droit de licencier les "organisateurs de grèves sauvages".

Ce recul de la part du capital par rapport à ses objectifs premiers n'est pas sans intérêt. Mais le pourcentage faiblement majoritaire des suffrages favorables à la fin de la grève prouve une méfiance justifiée de la part des mineurs vis-à-vis de la réalité et de la durée d'un tel recul. Il est le poing fermé, exprimant la rage de ne pouvoir continuer à cause de l'épée de Damoclès de la misère suspendue au dessus des mineurs et la menace brandie contre toutes les forces capitalistes, patronat ou syndicat. Il est l'ombre même de futures grèves sauvages.

(Dans le prochain numéro d'ALARME, paraitra un article sur ce sujet d'un camarade américain, complétant l'article ci-dessus)
