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Title: Présentation du F.O.R. (2de partie)
Description: Histoire du Ferment Ouvrier Révolutionnaire depuis la scission avec la IVème Internationale et exposé en huit points de ses positions : décadence du capitalisme, capitalisme d'État, refus du parlementarisme et du syndicalisme, révolution communiste mondiale.
Date: 01/10/1978
Category: Alarme n.º 2
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1978-10-presentation-du-f-o-r-2de-partie
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*Alarme*, n° 2, octobre-novembre-décembre 1978 (p. 1-4). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n02.pdf)

Le F.O.R. est né en 1959 sur les bases approximatives de la scission d'avec la IVème Internationale des membres de la section espagnole exilée au Mexique, au congrès de 1948. Cette scission s'est faite sur la question du défaitisme révolutionnaire c'est-à-dire de la non-participation à la guerre impérialiste, accompagnée d'une reconsidération de la nature de l'Etat russe et de la période donc de la pratique des révolutionnaires et du "programme de transition". Ces positions furent développées à l'intérieur de la IVème Internationale à partir de 1941, par un groupe de militants dont Benjamin Péret, poète surréaliste, et G. Munis, ancien membre du groupe bolchevik-léniniste espagnol (pro IVème Internationale) qui avait su, durant les journées de Mai 37 à Barcelone, s'opposer de même que le groupe des Amis de Durruti, anarchistes dissidents de la FAI-CNT, aux staliniens alliés aux républicains, fossoyeurs de la révolution espagnole. Après une tentative éphémère de constitution d'une organisation et après que la répression franquiste se soit abattue sur les militants qui allaient le constituer, le F.O.R. devait enfin voir le jour. Maintenant, il existe un groupe F.O.R. en Espagne et depuis peu un groupe F.O.R. en France dont ALARME est l'organe.

Si nous avons voulu retracer l'histoire du F.O.R., c'est dans le seul but d'éclaircir le lecteur sur l'origine de notre groupe. Nous ne cherchons nullement, par là, à revendiquer un droit d'ancienneté ou un quelconque fil historique dont nous serions les présents héritiers. Ce qui importe n'est absolument pas que notre groupe soit né il y a longtemps ou il y a peu de temps. L'important, c'est les positions que nous défendons aujourd'hui et d'affirmer, comme tout groupe révolutionnaire doit le faire, que nous sommes prêts à réviser nos positions actuelles si elles se révélaient inadaptées ou périmées relativement à l'évolution du système capitaliste et des forces qui le soutiennent, ceci sans perdre de vue l'esprit dans lequel sont formulées nos positions présentes dont voici ci-dessous un bref condensé, exposé incomplet qui ne pourra être approfondi que par la lecture d'ALARME et des publications du F.O.R..

1. Le système capitaliste est en décadence. Par cette expression, nous entendons la dissociation et l'opposition entre progrès social et système capitaliste. La décadence du capitalisme ne se mesure pas par des tableaux économiques mais à la liste des crimes que le système capitaliste commet contre l'humanité et aux dangers de plus en plus grands qu'il fait peser sur elle. Les génocides et les destructions qui se sont succédés depuis la première guerre mondiale, la puissance toujours croissante de l'Etat et de ses appendices, la destruction de plus en plus manifeste dans les pays les plus industrialisés et dans les pays capitalistes d'Etat des rapports humains, les dangers que font peser la pollution et l'utilisation anti-humaine de la technique, la désertification croissante de la surface de la planète, toutes ces évidences, soulignées souvent par des mouvements et des personnes qui se trompent dans leur analyse ou qui tentent sciemment de s'en servir pour appuyer de façon non déclarée l'évolution du système qui engendre tous ces phénomènes, contre la révolution qui seule pourra les éliminer, toutes ces évidences, donc, prouvent la nocivité de plus en plus grande du capitalisme pour l'humanité. D'autant plus que la relation symbiotique° entre son existence et les nécessités humaines est devenue caduque depuis que la classe ouvrière internationale a montré par son action entre les deux guerres la réalité du communisme dont elle est porteuse. Le capitalisme décadent, donc, a perdu tout rôle historique et est désormais un frein à l'évolution de la société.

2. L'une des marques de la décadence du capitalisme et à la fois de ce à quoi tend le capitalisme de par son évolution mondiale est l'instauration, faisant tâche d'huile, de capitalismes d'Etat (Russie, Chine, Cuba, Yougoslavie, Pays de l'Est, Vietnam, Cambodge(1), etc...), formes de l'exploitation capitaliste d'une barbarie jamais atteinte auparavent dans l'histoire. Usant de l'appellation de "socialistes" ou d'"Etats ouvriers" dont ils se sont baptisés et d'une réputation progressiste y compris répandue par les soins des "trotskistes" et autres dégénérés, ils subjuguent de cette manière la classe ouvrière et s'en servent pour assouvir leurs appétits impérialistes ou pour appuyer leur politique étrangère. Le prolétariat dans ces pays comme ailleurs devra réaliser la révolution sociale, bouleversant les rapports économiques et sociaux autant que politiques.

3. La constatation de la décadence du capitalisme et de la barbarie à laquelle aboutit l'évolution d'un système aujourd'hui néfaste au développement social implique qu'il "n'est plus l'heure de développer le capitalisme nulle part, mais celle de l'abattre partout". (Pour un second manifeste communiste)

4. Par suite, et par suite de la puissance mondiale de l'impérialisme, de la division du monde en deux blocs impérialistes, le prolétariat ne peut envisager son action qu'à l'échelle mondiale, et de la même manière dans tous les pays, c'est-à-dire sur le terrain de la révolution communiste et non sur celui de la nation capitaliste. Les "luttes de libération nationale", l'"industrialisation des pays sous-développés par la révolution nationale" sont autant de mystifications qui servent à dévoyer le prolétariat de son terrain de classe et à le faire instrument d'un impérialisme contre un autre. "Sans la révolution sociale, on ne peut aller que de l'orbite de Washington à celle de Moscou, ou inversement". (Pour un second manifeste communiste)

5. Le refus de notre part de participer à une quelconque mystification de possibilité de progrès social à l'intérieur du système capitaliste aujourd'hui, alors que celui-ci nous montre depuis plus d'un demi-siècle qu'il est incapable de toute progressivité réelle, nous pousse à considérer l'action parlementaire et l'action syndicale c'est-à-dire strictement économique comme opposées à la révolution quel que puisse prétendre être leur contenu. L'utilisation du parlementarisme et le syndicalisme, pratiques nullement révolutionnaires, permettaient, avant l'entrée du capitalisme dans sa phase de décadence, de pousser à des réformes progressistes que le capitalisme était capable de réaliser par son évolution même, octroyant à la classe ouvrière de meilleures conditions économiques, politiques et culturelles. Aujourd'hui, la majeure partie des concessions faites précédemment par le capitalisme à la classe ouvrière a été reprise par lui et les conditions de vie sociale du prolétariat et de l'humanité ne cessent de se dégrader de jour en jour. De par sa propre fonction -pousser le capitalisme dans son évolution-, le syndicalisme s'est intégré à l'appareil étatique capitaliste. Le premier jalon de cette intégration fut la participation des syndicats à l'Union Sacrée de 1914, enrôlant les prolétaires pour les mener à la boucherie productrice de profit. Depuis environ 60 ans, une fonction incombe aux syndicats: encadrer la classe ouvrière et isoler ses luttes, la rendre le plus sage possible en lançant des grèves-soupapes-de-sûreté, en lui accordant de concert avec le patronat le moins possible mais suffisamment pour calmer une éventuelle explosion, cependant aussi de la réprimer physiquement si jamais elle se soulève, de combattre par la force ses éléments les plus avancés. Les syndicats sont des tentacules de l'Etat capitaliste en milieu ouvrier où ils y assument le rôle de gardes-chiourme et de police, et en l'occurence, la révolution ne pourra se faire qu'en dehors d'eux et contre eux. Le terrain sur lequel combattent les révolutionnaires, donc, ne peut plus être ni le terrain parlementaire, ni le terrain syndical mais doit être uniquement celui de la subversion sociale en quelque occasion qu'elle puisse se présenter.

6. La révolution communiste se fera par le prolétariat et pour son abolition comme de toute autre classe, dominante ou dominée, instaurant désormais la communauté humaine mondiale, sans frontières ni classes. Le prolétariat, dès les premiers moments de la révolution, après avoir détruit l'Etat capitaliste du pays où il s'est soulevé instaurant souverainement son propre Etat formé des organismes qu'il s'est donné dans sa lutte (conseils ouvriers, comités, milices ouvrières, etc...), devra, le plus qu'il pourra suivant l'état d'abondance dans lequel se trouvera le pays, tenter de réaliser le principe "à chacun selon ses besoins" c'est-à-dire d'abattre la base économique sur laquelle repose l'existence des classes, tout en agissant pour que le prolétariat des autres pays suive le plus tôt possible son exemple, la victoire de la révolution ne pouvant être que mondiale; or, l'abolition du salariat et de la valeur ne manquera pas de stimuler l'enthousiasme du prolétariat international tout en lui montrant la voie à suivre. Dès que la dictature du prolétariat se sera établie au niveau mondial, elle dépérira, au fur et à mesure de la constitution de la communauté humaine, de même que l'organisme étatique qui en fait partie perdant de plus en plus ses fonctions coercitives. Ainsi, l'instauration du communisme intégral sera réalisée lorsque les mentalités de classe seront détruites et qu'elles seront remplacées dans l'esprit des hommes par la mentalité communiste, liée à une humanité unie. Le travail cessera alors d'être une corvée pour quelqu'individu que ce soit, pour devenir un besoin, et, le principe "à chacun selon ses besoins" sera accompagné désormais du principe "de chacun selon ses capacités". Considérant le niveau atteint par les forces productives et l'influence que ce haut niveau peut avoir pour faciliter la transformation des mentalités, le processus évolutif au sein de la révolution qui aboutira au communisme intégral peut être considéré aujourd'hui comme pouvant se réaliser très rapidement.

7. Le F.O.R. se fixe pour tâche d'aider le prolétariat dans son action, de le pousser par ses interventions à toujours aller plus loin, de socialiser l'expérience de ses luttes, d'aider à la généralisation à l'intérieur du prolétariat de sa conscience de classe, de combattre en tout lieu et en tout moment, y compris au sein des organismes de la dictature du prolétariat comme en plein reflux des luttes, toutes les forces qui s'opposent à la victoire de la révolution sociale.

8. Le parti communiste, soit l'ensemble, auquel le F.O.R. appartient, des groupes et individus communistes, trouvera son unité dans la pratique c'est-à-dire dans le mouvement de la classe ouvrière dont il est "la fraction la plus résolue". (K. Marx, Le manifeste du parti communiste)

° relatif à la symbiose, association réciproquement favorable entre deux êtres vivants

(1) dans ce cas, pour être plus précis nous devrions parler d'esclavagisme d'Etat. Cependant, il est évident que cette forme d'exploitation (et ce seul exemple pourrait suffire pour prouver combien le système capitaliste est devenu rétrograde puisqu'il en arrive même à engendrer l'esclavagisme) n'est que provisoire et que lui succèdera inévitablement un capitalisme d'Etat.
