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Title: Indochine
Description: Le drame des réfugiés indochinois refoulés par la Malaisie, la Thaïlande et l'Indonésie, comparé au sort des juifs fuyant l'Allemagne nazie : seul le capitalisme est coupable.
Date: 01/07/1979
Category: Alarme n.º 5
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1979-07-indochine-le-drame-des-refugies
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*Alarme*, n° 5, juillet-août-septembre 1979 (p. 15-16). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n05.pdf)

Le drame des réfugiés indochinois, qui se déroule depuis déjà plusieurs années, s'est récemment aggravé. Les autorités des pays qui "accueillent" les réfugiés tentaient déjà le plus qu'elles pouvaient de limiter les arrivages en les refoulant. Mais, au milieu du mois de Juin, la Malaisie, la Thaïlande, l'Indonésie ont décidé de concert de prendre des mesures énergiques pour se débarrasser des "ordures" que déverse le Vietnam (métaphore employée par le ministre de l'intérieur malaisien): fermeture totale de l'immigration vietnamienne et cambodgienne, renvoi par la Thaïlande des réfugiés cambodgiens en pays Khmer, et même projet de réembarquement et de remorcage hors des eaux territoriales des réfugiés par l'Indonésie et la Malaisie. Déjà, ces mesures ont commencé à être appliquées, condamnant dans l'immédiat à une mort certaine des dizaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants. Quant à HongKong, distinguée possession britanique, elle a fermé sa frontière aux éventuels immigrants indochinois: déjà depuis Février, 2.600 réfugiés à bord du "Skyluck" sont interdits de débarquement.

On pourrait invoquer l'impossibilité pour le Vietnam comme pour la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie de nourrir ces milliers d'êtres humains. Pourtant, une telle invocation se ferait sur des bases fausses car ces pays ne manquent pas de moyens pour nourrir ces réfugiés, pas plus que ne manquent de moyens de les nourrir des pays plus industrialisés et plus riches comme la France, les Etats-Unis ou l'Angleterre, mais qui, cependant, les acceptent au compte-goutte. Ce ne sont pas les limites naturelles qui gênent la production effreinée d'armement par exemple ou encore la construction, qui débutera prochainement, d'un très gros complexe hydro-électrique au Vietnam. Alors, pourquoi empêcheraient-elles que soient nourris ces milliers de déshérités?

Le journal "Le Monde" rappelait dans ses colonnes l'histoire, survenue en 1939, d'un navire chargé de réfugiés juifs fuyant l'Allemagne Nazie et qui a erré à travers tout l'Atlantique Nord sans trouver un seul pays pendant des mois qui accepte le débarquement de ces réfugiés. Les Etats-Unis, l'Angleterre, tous les avaient repoussés. Et d'autres exemples semblables peuvent être donnés pour le cas du drame juif. Il n'était pas dans l'intérêt des capitalismes Anglais et Américain de se charger des juifs fugitifs ou menacés de mort, de même qu'il était dans l'intérêt du capitalisme allemand de s'en débarrasser. Et en réalité la solution des chambres à gaz arrangea autant l'un que les autres. Dans le cas des réfugiés indochinois, ce qui se passe est comparable, excepté que, dans un cas, les chambres à gaz et les fours crématoires étaient la solution, tandis que dans l'autre, c'est la fusillade et la noyade. Comme dans le cas des juifs où les Alliés n'étaient pas moins coupables de la tuerie que les Nazis, maintenant, dans le cas des réfugiés indochinois, la Thaïlande, l'Indonésie, la Malaisie et le reste du monde ne sont pas moins coupables que le Vietnam ou le Cambodge de ce drame.

Par ailleurs, notons le choix opéré par l'Etat capitaliste vietnamien pour l'émigration: les exilés sont, pour beaucoup, d'origine chinoise, pouvant servir ainsi de boucs émissaires comme les juifs les ont étés à leur tour en Allemagne Nazie, et la population d'origine chinoise composant en outre une certaine partie non négligeable de la petite bourgeoisie, son exil représente des bénéfices en vue pour le régime vietnamien.

Il est vain, si l'on veut, honnêtement, tenter de résoudre ce drame de chercher un autre véritable coupable que le capitalisme et d'autres solutions que sa destruction. Les demi-mesures ne règlent les problèmes qu'à moitié et préparent le terrain à d'autres encore plus grands. Il ne peut être question de réclamer que soient prises des mesures qui ne touchent pas à la racine du mal mais au contraire la masquent. Nous ne devons pas tranquiliser notre conscience par quelque minable contribution financière au sauvetage d'un nombre infime de menacés. Au contraire, il faut que nous restions lucides sur la cause de ce drame comme de bien d'autres et que nous nous tournions résolument vers la révolution socialiste, seul moyen d'en finir avec toute cette misère, cette pourriture dans lesquelles nous baignons. Le drame des réfugiés indochinois est notre propre drame: nous aussi, nous serons à un moment ou à un autre de notre vie des "ordures" pour le système, chômeurs ou retraités.
