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Title: Tract du FOR distribué à la fête de Lutte Ouvrière au mois de juin 1979
Description: Adressé aux militants de Lutte ouvrière, le tract critique les nationalisations, le contrôle ouvrier, l'appui au PC-PS et aux syndicats et la thèse de l'« État ouvrier dégénéré », et oppose le mot d'ordre d'abolition du salariat.
Date: 01/07/1979
Category: Alarme n.º 5
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1979-07-tract-du-for-distribue-a-la-fete-de-lutte-ouvriere
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*Alarme*, n° 5, juillet-août-septembre 1979 (p. 7-8). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n05.pdf)

Militants de Lutte Ouvrière, vous pensez travailler (et travailler d'arrache pied) pour la révolution? Vous vous trompez et vous êtes trompés. Vous croyez dépenser vos forces pour que disparaisse le capitalisme et l'exploitation de l'homme par l'homme, mais, en réalité, vous vous dépensez pour la conservation du capitalisme. Vous usez votre vitalité et votre bonne volonté dans un travail militant ereintant vous relégant à un rôle de simple rouage de l'Organisation et toute cette dépense d'énergie est fournie non point pour le socialisme mais pour l'instauration du capitalisme d'Etat, stade supérieur de la concentration du capital.

Toute la tactique de L.O. tourne autour des nationalisations et du contrôle ouvrier de la production, et pour réaliser ces objectifs qu'elle présente comme une étape dans la transition du capitalisme au socialisme, elle appuie les partis présentés comme "ouvriers": PC-PS et utilise ses militants pour travailler à l'intérieur des syndicats dans le but de toucher les prolétaires et éventuellement d'en prendre la direction. Notons encore le soutien de L.O. aux "luttes de libération nationale" et sa considération de la Russie comme d'un Etat "ouvrier dégénéré" dont elle assume la défense.

Le prolétariat mondial ne se trouve pas en état cataleptique depuis 17 et beaucoup de choses ont changé. La tactique des communistes, elle, doit, ne peut qu'évoluer en rapport avec les perspectives du combat prolétarien, et une organisation ou un courant politique, révolutionnaires à un moment donné, s'ils figent la tactique qu'ils avaient adoptée alors, passent rapidement de révolutionnaires à non révolutionnaires, puis éventuellement à contre-révolutionnaires. De plus, la fixation des positions entraine par contre-coup et comme naturellement des déformations de celles-ci par le simple fait qu'elles sont figées alors qu'elles n'étaient pas destinées à l'être.

Trotsky défendait apparemment la majorité des positions que vous défendez aujourd'hui, mais Trotsky est mort depuis 40 ans et lui-même n'avait pas assez de recul par rapport aux événements qu'il avait vécu et qu'il était en train de vivre. Du temps s'est écoulé et les enseignements accumulés depuis 17 sont très riches. Après la révolution il y a eu la contre-révolution russe, dont la transcendence négative ne finit pas de se faire sentir lourdement et partout, jusque dans vos propres conceptions. La défaite, entre 17 et 37 d'une vague révolutionnaire internationale sans précédents, le second carnage impérialiste, le rétablissement et la croissance du capitalisme occidental qui s'ensuivirent, le désarroi des masses, n'ont été possibles que grâce à la contre-révolution stalinienne et à ses partis. "Oui, répond L.O., c'est là la conséquence des erreurs opportunistes de la bureaucratie stalinienne". Non, affirmons-nous, il n'y a point d'opportunisme; cette suite d'événements, si catastrophique pour le prolétariat mondial n'a jamais connu une telle période de servitude, cadre parfaitement avec les intérêts les plus profonds du système économique (capitalisme d'Etat) qui constitue la base de la contre-révolution stalinienne; elle en a fait son apothéose. L'unité est complète entre cette économie et son pouvoir. Il ne peut être question d'"excroissance bureaucratique sur le corps du socialisme".

Or, L.O. a toujours présent parmi ses dogmes celui selon lequel le stalinisme considéré comme réformiste basculerait entre le prolétariat et la bourgeoisie. En fait, le stalinisme ne s'oppose à la bourgeoisie et aux trusts que dans la mesure où il représente un capitalisme encore plus homogène, mises à part les rivalités entre impérialismes. L.O. joue les bolcheviques face aux socialistes révolutionnaires et aux mencheviques, maintenant représentés, selon elle, par le P.C.-C.G.T. et par de potentiels Kerensky issus de sa direction, mais le jour où un tel Kerensky paraîtra, au lieu de la liberté dans les soviets dont jouirent les bolcheviques, vous aurez la corde au cou, ou à tout le moins un cachot pour réfléchir sur les rapports entre l'économie et la politique tandis que vos dirigeants profiteront peut-être, devenus membres de la bureaucratie dirigeante, du rôle qu'ils auront joué.

Sans saisir la nature du système social russe, chinois, etc..., et donc celle du stalinisme comme parti d'opposition où que ce soit, il devient impossible de comprendre le capitalisme contemporain, ses luttes de rapine par nations faibles interposées, sa crise de décadence, tout autre qu'une crise cyclique ou qu'une crise généralisée de surproduction; il devient surtout impossible de le combattre comme il faut et de l'abattre, quoi que ce ne soit pas là une condition suffisante. La concentration du capital et le dirigisme en occident ont été amenés par la rotation caractéristique du système, plusieurs fois centenaire, tandis qu'en Russie, loin d'être un acquis de la révolution d'Octobre comme vous l'affirmez, elle découle de son échec. La non transformation de cette révolution permanente en révolution socialiste par suite de la non extension spatiale de la révolution prolétarienne engendra une contre-révolution qui, pour mieux s'accorder avec la tendance immanente du grand capital, devait nécessairement être non bourgeoise, les bourgeois en tant que propriétaires individuels se trouvant plus que dépassés par le volume du capital international.

Ce dépassement est à la source de la décadence du sytème quel que soit ici ou là son régime ou son niveau industriel, tandis que son incompréhension rejette loin en arrière des exigence du combat prolétarien toute politique du type de celle de L.O., et même mieux, les fait radicalement s'opposer.

En Occident pas plus qu'en Russie, le prolétariat ne peut se dresser contre le système en alliance avec le stalinisme et les syndicats. Mais vous recherchez cette alliance, vous la pratiquez dans les faits, vous confondez l'opposition entre deux tendances de défenseurs du capitalisme avec l'opposition entre capital et salariat, les organisations destinées à encadrer et vendre la force de travail (en attendant de l'acheter) avec les organisations des travailleurs eux-mêmes. Ainsi vos appels au stalinisme servent surtout à voiler aux ouvriers sa nature réactionnaire, et vos efforts pour créer des groupes dans les syndicats vous interdisent la transformation des ouvriers révoltés en révolutionnaires tout en étouffant vos propres possibilités.

Aucun des textes "sacrés" qui vous rassurent ne peut prouver que le stalinisme soit réformiste, pas davantage nier que les syndicats se sont avérés des rouages du capitalisme, charpente de la législation dite sociale qui est le statut de l'esclavage salarial. Il n'y a pas de textes sacrés pour les révolutionnaires.

Les revendications ouvrières doivent être tirées des possibilités de la technique conjointement avec les exigences de la révolution; or celles de L.O. sont en réalité tirées des revendications du stalinisme et des syndicats, qui sont à leur tour des chutes de la programmation capitaliste et presque toujours tacitement accordées avant des simulacres de grève. Aucune ne tend à soulever la classe ouvrière contre le système. Mais de quoi d'autre peut-il s'agir à l'heure actuelle? Peut-on considérer comme révolutionnaires ceux qui ne s'efforcent pas de faire tourner tout sujet d'agitation prolétarienne autour du mot d'ordre: ABOLITION DU SALARIAT?

Un siècle s'est écoulé depuis que Marx et Engels proposaient de substituer cette revendication-là aux réactionnaires réclamations d'un "salaire juste". Ils ne soupçonnaient pas que des individus se prétendant communistes se montreraient incapables de l'arborer et d'en faire le pivot de leur activité, aujourd'hui que la technique permet une rapide disparition des classes économiques, seuil du communisme.

Mais c'est seulement ce qui découle de cette exigence qui peut faire l'unité du prolétariat dans chaque pays, tout à l'opposé de l'unité avec les syndicats et le stalinisme, et sur un autre plan provoquer la révolte internationaliste du prolétariat russe, américain et chinois, acte décisif de la révolution mondiale. Et la lutte du prolétariat révolutionnaire contre le stalinisme sera aussi une lutte contre votre organisation et celles du même genre (L"C""R", O"C""I", maoisme, etc...).
