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Title: Décadence et syndicalisme
Description: L'article distingue crise économique et crise sociale du capitalisme, situe sa décadence au début du siècle et explique pourquoi les syndicats sont devenus des organes capitalistes et contre-révolutionnaires.
Date: 01/07/1980
Category: Alarme n.º 9
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1980-07-decadence-et-syndicalisme
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*Alarme*, n° 9, juillet-août-septembre 1980 (p. 14-16). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n09.pdf)

Un système est en crise économique lorsqu'il n'est plus apte à remplir sa fonction économique; la fonction économique du capital étant l'extortion toujours plus grande de plus-value, le capitalisme n'est pas aujourd'hui en crise économique. En effet notre exploitation par les capitalistes fonctionne relativement bien pour eux, la plus-value extorquée augmente, sinon comment expliquer le fait que les forces productives continuent de croître.

Un système est en crise sociale, en décadence, pour les révolutionnaires lorsqu'il a fini de remplir sa fonction sociale, lorsqu'il n'a plus de raison d'être sociale. Or pour les communistes, le capitalisme ne peut avoir qu'une raison d'être sociale: la construction des conditions objectives, matérielles de sa destruction révolutionnaire consciente par une classe sociale, le prolétariat.

Le capitalisme *indépendamment* d'une crise économique dans le cas de l'existence prouvée de cette dernière, est en crise de décadence depuis le début du siècle. En effet il a unifié le monde, il a créé un prolétariat potentiellement très puissant capable de l'abattre partout et d'en finir avec les sociétés inhumaines; il a développé les forces productives comme aucune société ne l'avait fait auparavant. Et c'est précisément ce niveau atteint par les forces productives qui permettra par la révolution et après la révolution socialiste une rapide marche vers le communisme intégral. La première preuve de cette décadence nous l'avons à la fois avec la 1° guerre mondiale (prouvant mondialement la brutalité d'un système mondial) et avec la vague révolutionnaire de 1917 à 1937. De la Russie à l'Espagne en passant par la Chine et l'Allemagne, le prolétariat montre qu'il est assez fort pour détruire le capitalisme mondial et bâtir sur ses cendres le communisme. Le prolétariat donne la preuve pratique de la décadence d'un système n'ayant plus raison d'exister. Le capitalisme bande toutes ses forces pour barrer la route au communisme, à la seule société que représente le progrès, il devient donc *entièrement* réactionnaire.

Croissance économique et développement social qui au 19ème siècle avaient fait route commune divergent et s'opposent, la croissance économique ne se fait plus [al]ors qu'en rongeant, qu'en détruisant le développement social. En effet, le prolétariat naissant, malgré l'exploitation forcenée qu'il subissait, avait bénéficié socialement au 19ème siècle (entre autre grâce à ses luttes) de la croissance économique capitaliste; il a extrêmement forci, il a acquis relativement à la situation antérieure, un peu de culture, de liberté, de possibilités nutritives, et surtout il a pu s'exprimer en tant que classe indépendante ayant des intérêts propres face à l'exploitation de l'homme par l'homme. Depuis que le prolétariat a montré qu'il était une force révolutionnaire internationale capable de détruire le capitalisme, ce dernier n'ayant plus aucune raison d'être se maintient artificiellement empêchant par là même le passage révolutionnaire à un type de société réellement humaine permettant un réel développement social. Le capitalisme empêche ce passage révolutionnaire par l'anéantissement et l'écrasement du prolétariat qui n'est classe révolutionnaire qu'historiquement de par sa place dans les relations de production.

Mais pour écraser le prolétariat, il faut de nouveaux organismes spécialisés à cette tâche. Le syndicat se révèle être aux yeux des capitalistes l'arme anti-ouvrière la plus forte en capitalisme décadent avec le stalinisme qui sut maintenir l'ordre capitaliste quand la bourgeoisie s'en révélait incapable.

D'organes ouvriers, les syndicats sont devenus des organes capitalistes en milieu ouvrier. Expliquons brièvement ce changement.

Le syndicat n'a jamais été révolutionnaire, ni même à de rares exceptions près réformiste, c'est-à-dire qu'il ne s'est jamais proposé ni la destruction révolutionnaire ni la destruction par réforme du capitalisme. C'est un organisme de par nature intrinsèque dont les limites ne dépassaient pas le cadre du capitalisme. Quand ce dernier est devenu décadent, le syndicat n'a donc pu que suivre le même chemin s'affirmant de plus en plus comme rouage indispensable au maintient d'un système devant être abattu. Le syndicat devient donc réactionnaire et contre-révolutionnaire.

Le syndicat a permi globalement au 19ème siècle une accélération du développement social parceque celui-ci était encore lié à la croissance économique. En ce sens, tout en n'étant pas révolutionnaire, il était positif, car il permettait d'accélérer la maturation des conditions objectives. Lorsque ces conditions objectives sont réunies et que le capitalisme n'est pas détruit, alors il devient décadent et tout organisme qui reste sur le terrain capitaliste, qui ne lutte pas directement et uniquement contre la condition d'esclaves salariés et pour le communisme, cesse d'être un organisme prolétarien. A partir d'une certaine accumulation et centralisation du capital, de par l'économie dirigée, le despotisme augmente au détriment des libertés que consentaient le capitalisme naissant. Et nous n'inventons rien lorsque nous constatons que le syndicat s'est si bien adapté à ce changement qu'il est le roi du despotisme en milieu ouvrier, c'est "le défenseur" de droit divin de la classe ouvrière allant même jusqu'à avoir 100% du droit d'embauche dans certaines entreprises. Et cela ne peut être en aucun cas dû à l'esprit machiavélique d'une poignée de délégués mais bien dû à la nature et à la fonction du syndicat. Cette aide au développement social qu'apportait le syndicalisme n'existe donc plus, car comment accélérer un développement qui n'existe plus. Le fait qu'il se maintienne en vie, et avec la force qu'il a prouve que c'est un organisme capitaliste, favorisant non plus un quelconque développement mais la marche vers une barbarie chaque fois plus grande.

Le capitalisme a développé la seule classe qui historiquement est capable d'abattre toute société d'exploitation en abattant celle dans laquelle il se trouve, et aujourd'hui plus que jamais, alors que toutes les conditions matérielles existent, toutes les contradictions contenues dans les sociétés inhumaines ne peuvent trouver de solution que par la résolution de la contradiction exploiteurs-exploités, capital-salariat. Tout organisme politique et économique ne peut se trouver objectivement que dans un camp ou dans l'autre, il n'y a pas de demi-mesure, ni de forces progressives à appuyer favorisant l'accès au communisme en dehors du prolétariat insurgé.

Le syndicat est capitaliste et il joue bien son rôle, celui de maquereaux des salariés, il isole ou essaie de récupérer toutes les luttes; attaque les travailleurs les plus révoltés; dans certains pays capitalistes représentant le devenir réactionnaire et meurtrier du capital, à savoir les pays capitalistes d'Etat, il est même intégré à l'Etat et achète directement la force de travail, aux bureaucrates syndicaux va en partie la plus-value.

Aujourd'hui les "luttes" syndicales sont des non-luttes, elles ne sont même pas sur le terrain revendicatif du prolétariat. Nous devons combattre tout organisme qui par l'énoncé de ses revendications *n'attaque pas et ne vise pas à attaquer* l'accumulation du capital et donc par là-même le capital et l'exploitation. Or, les revendications syndicales sont toutes réactionnaires, aucune n'attaque la plus-value sauf dans certains cas lorsqu'il faut prendre le train en marche pour mieux pouvoir l'arrêter plus tard. En ce sens l'action syndicale n'est pas sur le terrain de la revendication de classe, pis, elle l'empêche. Les révolutionnaires ne peuvent juger les revendications qu'en fonction de l'objectif général de la lutte des classes: la révolution sociale. Les revendications à défendre ne peuvent être que celles qui s'attaquent aux fondements de l'exploitation. Tout le contraire de la revendication syndicale.

De plus et pour finir, nous aurions pu aborder la question d'un autre point de vue. En effet, au moment où les conditions matérielles objectives sont réunies pour la transformation communiste de la société, tout organisme de masse qui se maintient en période de "paix sociale" est forcément réactionnaire. En effet, la révolution sociale étant *elle-seule* à l'ordre du jour, une organisation prolétarienne dès qu'elle acquiert une certaine influence l'utilise pour détruire le capitalisme et donc empêche la "paix sociale".

Les révolutionnaires doivent donc combattre toute idée de création d'organisation de masse se maintenant en période de "paix sociale", toute idée donc d'appui même critique au syndicat mais au contraire s'organiser sur des positions révolutionnaires qui conjuguées à l'action de classe sont seules garantes de l'unité prolétarienne, de la révolution et du communisme.
