---
Title: J-O: encore une médaille pour le capital
Description: À propos du boycott des Jeux Olympiques de Moscou, l'article dénonce les rencontres sportives internationales comme instrument du nationalisme et de la domination capitaliste.
Date: 01/07/1980
Category: Alarme n.º 9
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1980-07-j-o-encore-une-medaille-pour-le-capital
---


*Alarme*, n° 9, juillet-août-septembre 1980 (p. 4-5). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n09.pdf)

Boycott ou pas boycott? Cette simple question résume à elle seule la dose de connerie qui a pu être distillée par les masses-média à l'occasion des Jeux Olympiques de Moscou, capitale du "socialisme". A l'origine de cette question débile, deux évenements survenus l'hiver dernier: l'invasion de l'Afghanistan par les troupes de l'impérialisme russe et la mise en résidence surveillée du "dissident" Sakharov. Comme toujours en pareil cas, deux camps se sont opposés. D'un côté les "occidentaux" (entendez par là les défenseurs du bloc américain: Japon, France, R.F.A, et tous ses satellites) ont pour la plupart décidé à la demande des U.S.A de boycotter les Jeux Olympiques; et bien sûr, comme d'habitude, ces braves "humanistes libéraux" ont arboré le drapeau de la "non-ingérence" et des "Droits de l'Homme" pour justifier la non-participation de leur élite musclée à la foire aux bestiaux sportifs. De l'autre côté nous retrouvons les preux défenseurs du "socialisme modèle" (mettez l'adjectif que vous voulez: albanien, cubain, algérien...) ou du "socialisme globalement positif", autrement dit du grand gourou du capitalisme d'état, l'URSS; pour les staliniens et l'extrême gauche donc, il fallait que les J-O se déroulent au nom de la non-intrusion de la Politique dans les vestiaires sportifs. Ces arguments sont l'essentiel de ceux avancés par la vermine capitaliste mondiale pour mystifier le prolétariat mondial en le poussant une nouvelle fois hors du seul terrain où il aurait eu quelque chose à gagner: celui de la lutte de classe. Car pendant toute cette période, le mensonge, l'hypocrisie et le pouvoir de l'idéologie capitaliste régnant sur toute la planète ont été total: le Capitalisme, système social basé sur le travail salarié, l'exploitation de l'homme par l'homme est sorti grand vainqueur des Jeux Olympiques de l'aliénation.

Notre rôle en tant que fraction révolutionnaire du prolétariat n'est pas de savoir s'il fallait ou non participer aux J-O, ni de dire lequel des deux camps impérialistes a profité de la publicité de ces Jeux, notre but est de dénoncer les J-O et les rencontres sportives inter-nations en général pour ce qu'elles sont réellement: une arène où chaque Etat s'affronte aux autres pour remporter une victoire de prestige mais surtout sur la partie de la classe ouvrière qu'il domine et exploite; car malgré toutes les belles idées de "fraternité", de "saine émulation" et autres belles phrases "désintéressées" dont on nous abreuve, les confrontations sportives internationales demeureront toujours une arme de prédilection pour les défenseurs du capitalisme.

L'identification faite, au travers du sport, à une communauté humaine par la majorité des prolétaires, ce sentiment de fierté et de valorisation que la participation d'un membre de cette communauté suscite est un des ressorts fondamentaux sur lesquels s'appuie l'exacerbation du nationalisme, la concurrence à l'échelon de pays entiers et illusoirement fondés sur des interêts communs à tous les individus d'un même Etat cachant ainsi l'inhumanité de la réalité sociale: la contradiction entre Capital et Salariat, la lutte de deux classes aux intérêts totalements opposés. Et ce besoin de communauté humaine est une des forces que les gardiens de l'ordre capitaliste exploite pour opposer les différents prolétariats nationaux à l'occasion de réunions sportives ponctuelles afin de leur faire oublier leur condition d'esclaves modernes et qu'ils ne prennent jamais conscience de leur appartenance à une classe sans frontières et n'ayant qu'un seul intérêt: la destruction de la société de classes pour l'instauration de la seule communauté humaine réelle et viable qu'est la société communiste. Quant aux arguments en faveur du boycott ou du non boycott, ces fameux "Droits de l'Homme" ou la vieille formule "ne pas mélanger le sport et la politique" ne sont eux aussi que les masques qui couvrent ce qu'est réellement ce monde: une poubelle! Parler des "Droits de l'Homme" est chose aisée pour la classe qui nous exploite, car ce sont des "droits" qu'elle a imposé au reste de l'humanité. Il n'y a pas plus de "Droits de l'Homme" dans cette société de classes que sur la planète Mars; le seul droit pour le prolétaire c'est celui de se prostituer chaque jour pour assurer sa mesquine survie, c'est le droit à la misère sociale et aux brimades, à l'humiliation quotidienne d'une vie privée de sens, fliquée, muselée, bâtarde et monotone. Evidemment chaque camp défend son beefsteack et si les "occidentaux" se réfèrent tant à cette mascarade des "Droits de l'homme" c'est que leur arbitraire, leur oppression sont plus sournois, plus insidieux que dans le camp "socialiste" où l'Etat ne prend pas de gants pour étrangler le prolétariat. Et si l'enjeu de ces J-O a été une nouvelle fois l'occasion pour les partisans du capitalisme "privé" et du capitalisme d'Etat de mystifier les prolétaires à leur propre compte, c'est toujours pour la sauvegarde de leurs intérêts économiques de classe ou de bureaucrates: le profit, la plus-value extirpée du travail de millions d'individus.

La production en série et planifiée de champions drogués, la rentabilité exigée d'eux, la distribution de médailles, les hymnes nationaux et les drapeaux, tout ces caractéristiques de cette société trahissent, malgré sa propre idéologie, la réalité politique et sociale d'un monde pourri: la production marchande, les primes de rendement, la carotte de la réussite sociale, et la concurrence de chaque économie nationale face aux autres économies nationales.

La lutte inter-capitaliste dans les stades constitue la répétition constante de l'affrontement latent et plus dramatique que constitue la guerre, la résolution des contradictions de ce système par la destruction. A l'image du sport où l'on distribue des médailles, le capital y reproduit une nouvelle fois celle de sa barbarie: la distribution de médailles pour les plus sanguinaires, ceux qui tuent et font tuer plus rapidement et plus efficacement, médailles et décorations pour l'élite de l'armée au sein de laquelle, comme chacun le sait, existe une "saine émulation" entre les différents corps qui la composent: la rentabilité meurtrière n'en sera que meilleure.

Et la gloire nationale se jugera alors non plus au nombre de médailles, mais à la statistique du nombre de morts, morts pour la "patrie" ou pour la "bonne cause", morts en fait toujours, toujours pour la préservation de la société de classes. Ainsi boycott ou pas boycott, ces grandes rencontres internationales ne sont que le prélude à la défense d'un camp "de la bonne cause" que le prolétariat devra assumer pour sauvegarder, contre ses propres intérêts, ce monde sordide et barbare qui ne le tolère que comme bétail. La destruction de la société d'exploitation sera nécessairement aussi la destruction des illusions nationalistes, illusions que la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière est seule capable d'effacer, comme s'effaceront tous les aspects de l'idéologie capitaliste: la religion ou la pseudo liberté dans une civilisation totalement aliénée par le travail salarié.
