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Title: Tour d'horizon international: Pologne
Description: Sur la vague de grèves en Pologne et les 21 revendications de Gdansk, l'article met en garde contre le terrain démocratique, nationaliste et autogestionnaire et contre les syndicats « libres ».
Date: 01/07/1980
Category: Alarme n.º 9
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1980-07-tour-d-horizon-international-pologne
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*Alarme*, n° 9, juillet-août-septembre 1980 (p. 18-19). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n09.pdf)

Une forte vague de grève a lieu actuellement en Pologne. Le mouvement, parti sur des revendications relatives aux hausses de prix des produits de première nécéssité, s'est rapidement étendu à la plupart des ports de la Baltique, ainsi que plus ou moins dans l'intérieur du pays. Les mouvements de revendication se sont aussi développés, pour arriver dernièrement aux 21 revendications du comité inter-entreprises de Gdansk. Le mouvement, tout en ayant des cotés positifs: solidarité de classe, etc... ne s'attaque pas au capital; en effet, il reste actuellement en grande partie influencé par le K.O.R. ("opposition"), et est ammené par ce dernier sur le terrain "démocratique", nationaliste, sur le terrain autogestionnaire.

Ce terrain est une impasse pour le prolétariat.

Le terrain du prolétariat c'est celui de l'attaque du centre nerveux du capital, l'attaque de la plus value, par des revendications qui ne doivent pas être considérées comme fin en soi, mais comme devant donner le plus de dynamique possible au mouvement révolutionnaire. Par exemple: baisse *massive* des heures de travail, toute augmentation de la production doit revenir au prolétariat, (voir "Pour un second manifeste", du F.O.R.)... Cette attaque du Capital ne peut se faire qu'en dehors et *contre tous* les syndicats. Car tout syndicat qu'il soit "libre" ou non, c'est-à-dire controlé totalement ou pas totalement par l'Etat, est un organisme contre-révolutionnaire (voir "Syndicalisme et décadence" dans le même numéro).

Les révolutionnaires ne peuvent donc que s'opposer à la création de syndicats "libres". De plus, un syndicat réellement libre, indépendant de l'Etat est impossible en période de "paix sociale", dans la mesure où deux organes capitalistes qui ne sont pas en lutte ouverte pour la prise du pouvoir, collaborent plus ou moins étroitement, pour maintenir l'exploitation.

[ilegible] déclaré qu'ils ne céderaient pas sur les revendications des grévistes. En fait ils n'estiment pas encore que la situation le nécessite, mais si la situation le nécessite, une partie au moins du capitalisme international, par l'intermédiaire du capitalisme polonais, peux parfaitement céder provisoirement sur les 21 revendications. Si les syndicats officiels ne sont plus aptes à tenir les prolétaires, il s'agira d'en créer des "libres" qui eux seront une arme adaptée aux circonstances dans le cas où le mouvement se cantonerait sur le terrain gouvernement-"opposition". S'il en a besoin l'Etat Polonais peut céder bien plus que ce programme, pour pouvoir mieux détruire le mouvement.

En Pologne comme dans tous les pays du monde, le jeu gouvernement/"opposition" est bien utile au capital. L'alternative révolution sociale, communisme ou exploitation renforcée et barbarie, est aisi remplacée malgré la lutte du prolétariat, par l'alternative mauvais dirigeant/bon dirigeant. Le prolétariat est ainsi dévoyé de son terrain de classe. Et en effet en Pologne chacune des 21 revendications est sur le terrain gouvernement-"opposition". Il ne s'agit pas pour les révolutionnaires de demander de nouveaux syndicats, de nouvelles forces pour le capital, mais de les détruire. Il ne s'agit pas de réclamer "l'accès au médias des représentants de toutes les églises" ni d'afficher les photos du Pape dans telle ou telle usine en grève, ni d'écouter la messe aux entrées de telle ou telles usines occupées. Mais de détruire la religion comme appui du capital. Il ne s'agit pas de "sortir le pays de la crise", ni de crier "vive la Pologne", ni de lutter pour l'autogestion, mais de détruire le capital et ainsi toutes les frontières, et toute la misère que nous subissons. Il ne s'agit pas de réclamer "l'échelle mobile des salaires" à l'heure où, *seule* la révolution sociale est à l'ordre du jour, et donc seules sont à l'ordre du jour les revendications qui attaquent la plus-value et qui n'ont pas à tenir compte de ce que peut nous donner le capital, mais qui visent uniquement à la destruction de celui-ci.

L'Est comme l'Ouest tremble à l'éventualité d'un mouvement révolutionnaire en Pologne, sur lequel peut déboucher la vague actuelle de grève. Et c'est principalement ainsi qu'il faut comprendre les déclarations et actions de personalités occidentales, leur appui ou à l'"opposition" ou au gouvernement suivant qu'ils estiment que l'une est plus apte que l'autre à contrôler, puis à mater la vague de grève. De Schmitt, chancelier allemand qui semble avoir opté pour le gouvernement polonais et qui vient de lui offrir un prêt, à Strauss, leader de l'"opposition" allemande qui, lui, soutient l'"opposition" polonaise et voudrait que le prêt en question soit subordonné à la satisfaction des 21 revendications, en passant par les syndicats (CGT soutien au gouvernement, CFDT soutien à l'opposition) et par l'église qui louvoie encore entre "opposition" et gouvernement. Toutes les forces, tous les défenseurs du capitalisme, s'empressent comme des hyènes autour de cette vague de grèves, soit pour la dévoyer et l'utiliser, soit pour la détruire au nom des "droits de l'homme" ou de tout autre foutaise. Finalement le prolétariat international et entre-autre polonais, doit donc s'il veut vaincre, s'il veut en finir avec l'esclavage salarié, s'attaquer à toutes les forces capitalistes: "opposition", syndicats, religion etc... pour en faire table rase.

Le 24/08/80.
