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Title: A propos du capitalisme d'Etat
Description: Le capitalisme d'Etat, aboutissement de la concentration du capital et produit de la contre-révolution russe, est la forme la plus despotique de domination capitaliste et non une étape vers le socialisme.
Date: 01/10/1980
Category: Alarme n.º 10
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1980-10-a-propos-du-capitalisme-d-etat
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*Alarme*, n° 10, octobre-novembre-décembre 1980 (p. 13-14). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n10.pdf)

Le capitalisme, système mondial que nous subissons aujourd'hui, a été le produit de la lutte de classes, lutte qui amena la classe bourgeoise au pouvoir. Celle-ci s'appuyant sur les couches pauvres de la société, balaya les institutions féodales, préconisa la libre concurrence et développa les forces productives industrielles dans le monde, le tout au nom du concept "égalité, liberté, fraternité" utilisé comme une massue contre une classe qui commençais à se constituer en tant que telle, ayant des intérêts spécifiques à défendre contre la nouvelle classe dirigeante. Les journées de Février puis de Juin 1848 ainsi que la commune de Paris le montrent très bien. Le régime bourgeois a désormais un ennemi qu'il ne peut négliger, car au fur et à mesure que son système s'universalise et que les forces productives s'accroissent et se concentrent, son ennemi s'accroît et s'organise.

Mais le bourgeois, propriétaire individuel des moyens de production est confronté également à la dynamique même du système qu'il chérit qu'il défend et dont il se nourrit. La machine qu'il a aidé à mettre en marche lui échappera de plus en plus en tant que propriétaire individuel au point qu'il s'effacera complètement en tant que tel. Le "bourgeois insatiable et cruel" disparait. Le système "insatiable et plus cruel encore" continue. Cela est dû à la loi intrinsèque au capitalisme, de concentration et de centralisation du capital. La dynamique même du capitalisme a éliminé et élimine la propriété individuelle des moyens de production, passant par les sociétés par actions, les trusts et aboutissant à son ultime conséquence, la concentration de tous les moyens au main de l'Etat.

Dans les changements subits par la propriété (individuelle, de groupe, par action, d'Etat) la base même du fonctionnement économique du système ne s'est en rien altérée, en effet elle repose toujours sur ceux qui n'ont rien d'autre que leur force de travail à échanger, sur l'esclavage salariée, l'extortion de travail non payé (plus-value). Le Capitalisme d'Etat représente donc l'aboutissement du système qu'avait façonné la bourgeoisie. En énonçant ces simples constatations nous n'avons fait qu'ébaucher le problème sur le capitalisme d'Etat. En effet, il y a des forces qui sont directement intéressées par cette forme de propriété et qui donc la défendent. Là réside l'importance du problème pour le devenir de l'humanité, d'autant plus que ces forces nous la présentent comme progressiste ou carrément comme forme de propriété socialiste.

Le capitalisme d'Etat, n'est pas apparu en tant que tel la première fois par simple "évolution" du capital mais a été la conséquence de l'échec de la première tentative en 1917 de révolution mondiale et de sa transformation en contre-révolution victorieuse. De là proviennent toutes les incomprhensions théorico-pratiques et toute la racaille s'étant accomoder à la défaite et au massacre du prolétariat insurgé. Mais il ne s'agit pas ici d'argumenter nos positions sur la révolution et contre-révolution russe (cf principalement le livre *Parti-Etat stalisme-révolution*).

Ceux qui ont vu et qui continuent à voir dans le système russe le modèle du genre ou bien qui se le représentent comme tel critiquant quand même le manque de démocratie, sont comme les charognards, ils se nourrisent de la putréfaction des corps. En effet arrivé à ce stade de concentration et d'accumulation le système du salariat est un corps en plein pourrissement, c'est la barbarie dans le sens plein du terme. Il est clair que les pays dits socialistes sont régits par les mêmes lois économiques d'exploitation que les régimes se reconnaissant comme capitalistes. Ils basent leur existence sur l'achat et la vente de la force de travail, sur la loi de la valeur, pierre angulaire de leur économie. Mais dans ces pays, la production et reproduction élargie du capital est réalisée avec un mépris encore plus grand de l'homme. Tout est déterminé par et pour le renforcement de l'Etat-Patron qui ne se préoccupe que de presser au maximum le rendement des producteurs afin de s'approprier le plus de plus-value possible. Sachant de quoi est capable la religion force est de constater (cas de la Pologne aujourd'hui) qu'il y a plus pernicieuse et réactionnaire qu'elle, l'Etat-Patron. Toutes les justifications théoriques du capitalisme d'Etat ne peuvent que tomber en friche devant la réalité criante. Mais même si nous détournions nos yeux de l'atrocité de cette forme de domination du capital, les arguments du genre Etat Ouvrier Dégénéré, Socialisme, Progressiste, ne tiennent vraiment pas debout.

Etat Ouvrier Dégénéré ? Depuis plus de 40 ans de "dégénérescence" n'a-t-il pas eu le temps de se regénérer grâce à l'économie soit-disant socialiste ? Non et pour cause car son économie est capitaliste et donc repose sur le même rapport de production que dans les pays occidentaux. Un ouvrier qu'il soit russe chinois ou français subit la même exploitation. Les sacrifices qu'on lui impose au nom d'Allah, du Pape, de la sauvegarde de l'économie nationale ou du "socialisme" a le même résultat dans sa vie réelle, celui d'être le pilier qui maintien les pierres qui l'écrasent. Trotsky lui-même fondateur de cette théorie avait pourtant tenu à préciser : "Si en dépit de toutes vraissemblances, durant la présente guerre, ou immédiatement après elle, la révolution d'Octobre, ne trouvait pas sa continuation dans un pays avancé, si au contraire le prolétariat se trouvait partout rejeté en arrière, nous devrions alors, sans aucun doute, poser la révision de notre conception de la présente époque et de ses forces motrices..."

Socialisme ? Allez demander aux ouvriers Polonais russes ou chinois les bienfaits que leur procure le règne de l'économie socialiste.

Progressif ? L'église pourrait presque apparaitre comme étant moins réactionnaire que le Parti-Etat-Patron. Vous avouerez que c'est peu dire !

La propriété des moyens de production au mains de l'Etat ne rapproche pas du socialisme et ne rend pas les tâches socialistes plus faciles à réaliser. Cela se sont les faits matériels qui nous le confirment depuis la révolution russe jusqu'à nos jours. La position exprimée par Engels lui-même dans "socialisme utopique, socialisme scientifique" est à rejeter puisqu'il considérait que la propriété d'Etat tout en ne transformant en rien la nature capitaliste de l'Etat rapprochait le problème de sa solution. En effet, les révolutionnaires ne doivent pas reproduire au pied de la lettre toutes les belles phrases des théoritiens du passé s'ils ne veulent pas tomber dans un dogmatisme anti-révolutionnaire. Ils doivent à tout moment confronter la théorie avec les faits, même si la théorie s'en trouve totalement transformer. Pour notre part nous reprenons complètement ce qu'écrivit en 1883 Gabriel Deville (cf ce présent numéro d'*Alarme*) dans son apperçu sur le socialisme scientifique : "Il n'y a pas à perfectionner, mais à supprimer l'Etat, qui n'est que l'organisation de la classe exploitante pour garantir son exploitation et maintenir dans la soumission ses exploités. Or c'est un mauvais système pour détruire quelque chose que de commencer par le fortifier. Et ce serait augmenter la force de résistance de l'Etat que de favoriser l'accaparement par lui des moyens de production, c'est-à-dire de domination. Ne voyons-nous pas les ouvriers des industries d'Etat courbés, comparativement aux autres, sous un joug plus pénible à secouer ?"

Oui le capitalisme d'Etat est la forme la plus despotique de domination du capitalisme. S'ajoute à cela qu'on veut nous la faire passer pour socialiste. Toute mesure ne visant pas à briser l'accumulation du capital, ainsi que sa concentration et centralisation est réactionnaire. Seules les mesures visant à sa destruction sont progressistes, car elles seules sont à l'ordre du jour. Les conditions matérielles sont archi-mûres pour accomplir cela.

> "IL N'EST PLUS L'HEURE DE DEVELOPPER LE CAPITALISME NULLE PART, MAIS CELLE DE L'ABATTRE PARTOUT".
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> (*Pour un second manifeste communiste* du F.O.R.)
