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Title: Tour d'horizon international: Espagne
Description: Sur la tentative de coup d'Etat du 23 février 1981 en Espagne, la tutelle de l'armée et la responsabilité des partis et syndicats dans la paralysie de la classe ouvrière.
Date: 01/01/1981
Category: Alarme n.º 11
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1981-01-tour-d-horizon-international-espagne
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*Alarme*, n° 11, janvier-février-mars 1981 (p. 16-17). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n11.pdf)

Lors de la 1° session parlementaire, après l'affaire du lieutenat-colonel Tejero : tonitruante ovation à notre sauveur ! – avocat commis d'office de tous les espagnols accusés par l'armée, autrement dit le roi. 98 heures après cette soirée, 1,5 millions de madrilènes, des centaines de milliers dans d'autres villes défilaient pour la "liberté, la démocratie et la constitution", toute pancarte ou consigne interdite par les 4 partis et les syndicats organisateurs. Tout de suite après, chacun vaquait à ses occupations, mais sans se sentir sauvé, sinon miné par le soucis de se sentir à la merci des mitrailleurs. Une réflexion rigoureuse de l'événement s'impose à tous ceux qui ne croient en aucun sauveur "dieu, roi ou tribun".

Que l'armée ait envisagé de faire encore des siennes était non pas prévisible, mais ablolument certain. Pour l'armée, l'Espagne est son Amérique, conquête de guerre, son territoire d'occupation, non seulement politique, mais quelque chose comme ce qu'est la Turquie pour ses militaires respectifs, ou encore quoique sur un plan bien pire, ce qu'est la Russie mal nommée soviétique pour le Parti-Etat et dont tous les dirigeants compte parmi les hauts dignitaires de l'armée. Personne n'ignore cette vérité, mais le gouvernement et la pseudo-opposition ne cessent de cajoler ces messieurs les généraux, sous prétexte de les apaiser, et en même temps ils utilisent ses bravaches pour inspirer la peur et la passivité à la multitude et à la classe ouvrière en premier lieu. Ils étaient au courrant de source sûre, non seulement depuis l'opération Galaxie, mais par les déclarations et activités ostentatoires des officiers généraux et de leurs auxiliaires "fascistes", qu'ils se préparaient à "se couvrir de gloire" dans une autre de leurs batailles sur le "front intérieur". Non obstant, les complaisances et les cajoleries continuaient, constitution en main.

En 5 années de monarchie en apparat européen, la déception de la classe ouvrière, avec entière raison, frisait le dégoût. Mais pas à cause du gouvernement, à l'armée, aux franquistes en habits démocratiques ou sans déguisement, mais bien plutôt à la connivence passée et présente des partis et syndicats prétendus ouvriers. Ils déçoivent ceux qui les considèrent comme des amis et non comme des ennemis déclarés et reconnus comme tels. Le nationalisme de l'ETA, aussi réactionnaire que tout autre, ses assassinats perpétrés par des exécuteurs obtus, sans idées, mais avec des subventions, est pour beaucoup dans la passivité de la masse prolétaire, et a servi de détonateur aux tentatives militaires. Ceci est vrai mais incomplet car l'ETA est un sous-produit du comportement pro-capitaliste des partis et syndicats cités aussi bien à l'échelle espagnole qu'internationale. Si il y avait réellement eu une politique prolétarienne de la part du prolétariat, l'ETA s'y serait asphyxiée. C'est un fait prouvé que la réactivation du nationalisme, surtout depuis la dernière guerre mondiale, a été fonction directe des intérêts des impérialismes en conflit, mais non sans une paralisation préalable de la lutte ouvrière pour l'abolition de ce système. Les Gonzalez, les Carrillo et autres suppôts d'Espagne et de tous les autres pays sont les coupables immédiats et intentionnels d'une telle paralisation. Et grâce à eux, le monde regorge aujourd'hui de nationalismes, de pistolérismes et de pseudo-démocratismes tous circonscrits dans les préparatifs d'extermination atomique russo-américaine. Grâce à eux, la classe travailleuse se retrouve exangue, incapable de faire quoi que ce soit face aux militaires, et grâce à eux aussi, l'ETA continuera son western obtus, bien plus criminel pour une activité éventuelle prolétarienne que pour les assassinés.

Avant et après la mort de Franco il y avait une mobilisation ouvrière constante et saine, une poussée pleine d'espérence, qui permettait d'envisager le maximum : en finir avec le capitalisme. Qu'en ont fait les partis "communistes" et "socialistes" ? ils l'ont désarticulée, démoralisée, pervertie, l'ont laissée flaque et débile, en la livrant à la merci de l'appareil militaire... ou à celle de leurs propres appareils. Ils l'ont métamorphosée en néant. Dans de telles conditions il n'y a pas de classe ouvrière, mais une somme de millions d'individus isolés et sans action collective possible. Et quand la classe en tant que telle n'entre pas en lice, quatres coups de feu en l'air applatissent tout le monde. Les images télévisées de la "souveraineté nationale" à genou derrière les sièges du parlement, le 23 Février, restent édifiantes pour la postérité.

Nonobstant, ces messieurs les généraux, "grands d'Espagne" par la capacité de feux devant un prolétariat désarmé, ont reculé volontairement. Ce qui les a principalement forcé à le faire, c'est que, même pour les esprits les plus réactionnaires, leur coup d'Etat n'avait aucune raison d'être. Les plus grands intérêts capitalistes, y compris ceux de l'église et de l'armée même, étaient garantis, d'avantage qu'auparavant, non seulement par le gouvernement, mais aussi par les syndicats et partis d'opposition en consensus permanent d'union national, que cela se reflète ou non dans la distribution des porte-feuilles ministériels. Pour sa part, la classe ouvrière ne représentait pas à ce moment là le moindre danger pour les intérêts post-franquistes. Il s'agissait donc d'un coup d'Etat... pour en finir avec l'ETA ! Illustration éclatante de l'esprit militaire. Encore une tentative de ce genre et l'ETA déclupera ses effectifs qui pourtant en forte régression.

Repli tactique, cependant. Par delà les arrestations, procès et condamnations si il y en a, l'armée continuera de se réserver, avec ou sans monarque, avec ou sans constitution la satisfaction d'imposer son despotisme à sa guise. Mais il est très important, pour l'avenir, de comprendre dans quelles conditions s'est effectué le repli. Il faudrait écouter et rendre public les enregistrements des communications entre la Zarzuela (palais du roi ) et les généraux, ainsi qu'entre ces derniers pendant la soirée du 23, la nuit suivante et la matinée du 24. L'immense décalage entre les tirs au parlement et le message royale de l'aube du 24, ainsi que les manoeuvres et fanfaronnades postérieurs des militaires et consorts, suscitent un soupçon : le premier sauvé a été l'homme qui est apparu ensuite comme le sauveur des institutions : le roi.

De toute façon, la tutelle de l'armée, plus ou moins contraignante sur le gouvernement et les appendices de l'Etat, vieille habitude bien plus profondément ancrée après 6 lustres de dictature et encouragée à maintes reprises par le dictateur en personne, ne cessera qu'avec la disparition de l'armée elle-même.

Telle qu'elle est, l'armée espagnole ( ses professionnels ) répond aux nécessités réactionnaire du capitalisme en Espagne, tardif en soi, dépassé objectivement par le devenir et subjectivement par l'histoire concrête en cet instant universel que fut la deuxieme moitié de 1936. Les appareils politiques et syndicaux qui ont brisé l'oeuvre révolutionnaire d'alors, sont les mêmes qu'aujourd'hui, [ilegible] et rampent dans la moindre honte au pied du système et de son armée. Ne pas se débarrasser d'eux et de leur influence castatrice signifie l'apesantissement du joug sur les masses travailleuses, que ce soit par l'oeuvre parlementaire ou par l'action sans fard de l'armée ou par celle des appareils politiques et syndicaux existants.

ORGANISER CETTE RUPTURE EST LA TACHE LA PLUS URGEANTE ET IMPORTANTE D'AUJOURD'HUI ET DE L'AVENIR IMMEDIAT.

SAUVONS-NOUS DES SAUVEURS !
