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Title: Tour d'horizon international: Irlande
Description: Sur la mort des grévistes de la faim de l'IRA, l'article dénonce le nationalisme irlandais et appelle le prolétariat d'Irlande du Nord à s'unir comme classe internationale contre toutes les fractions capitalistes.
Date: 01/04/1981
Category: Alarme n.º 12
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1981-04-tour-d-horizon-international-irlande
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*Alarme*, n° 12, avril-mai-juin 1981 (p. 16-17). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n12.pdf)

La mort de plusieurs militants de l'IRA (Armée Républicaine Irlandaise) a de nouveau attiré l'attention sur le "problème irlandais". Grévistes de la faim, Bobby Sands, élu député de l'IRA, Francis Hughes, etc..., sont allés jusqu'au bout de leur passivité: le statut de "prisonnier politique" ne leur ayant pas été reconnu par l'Etat de Mrs Thatcher, ils se sont laissés mourir de faim dans la fameuse prison de Long Kesh, petit paradis pénitenciaire de la Justice Britannique.

Toute cause ayant besoin de martyrs, ces militants de l'IRA sont morts pour rien si ce n'est pour la gloire de leur organisation pour laquelle d'autres grévistes de la faim sont prêts à succomber. L'IRA provisoire est pratiquement la seule organisation de résistance à "l'envahisseur anglais": c'est elle qui dispose d'armes et qui prône l'éviction de l'armée anglaise par la force; depuis une dizaine d'années, attentats "aveugles", meurtres de soldats, représailles, ont fait une publicité dynamique et explosive à l'IRA provisoire, branche anti-démocratique de l'IRA officielle.

La radicalité de l'IRA a attiré vers elle beaucoup d'individus dont la révolte spontanée contre leurs misérables conditions de survie a été dévoyée vers la fange nationaliste et religieuse de la revendication d'un Etat irlandais indépendant. En Irlande du Nord, comme partout ailleurs, règne en maître la dictature du Capital sur la classe ouvrière, et comme partout il y a lutte de classes pour l'appropriation de la richesse sociale.

Le prolétariat irlandais, subjectivement séparé en catholiques et protestants par la force de l'idéologie tant religieuse que chauvine de l'Etat anglais, subit la misère sociale de toute classe ouvrière nationale unie derrière *son* Etat, *sa* police, *sa* justice et *son* économie. La division des travailleurs par la nationalité, la religion ou l'octroi de privilèges (les ouvriers protestants d'Irlande du Nord bénéficient de divers avantages et priorités sur l'emploi, le logement, etc...) ne font qu'exacerber la méfiance, la haine et l'individualisme de ces mêmes travailleurs entre eux pour le plus grand profit de la classe capitaliste.

Chômage, inflation, sont aussi le lot du prolétariat d'Irlande du Nord dont l'économie subit elle aussi les déboires de la restructuration de l'appareil productif. La présence des troupes de Sa Majesté après les mouvements revendicatifs et indépendantistes des 70, et les heurts entre catholiques et protestants qui les avaient accompagnés, s'est maintenue depuis, au temps pour préserver la "paix politique" démocratique que le terrorisme de l'IRA provisoire venait compromettre, mais aussi pour préserver la paix sociale que les mouvements revendicatifs avaient troublée. L'Armée est officiellement la force nécessaire pour saugarder les frontières nationales mais elle est aussi potentiellement la force nécessaire pour réprimer les troubles sociaux.

Sous prétexte du terrorisme de l'IRA, l'armée anglaise (malgré les alternances Travaillistes/Conservateurs au pouvoir) impose aujourd'hui sa "présence" contre toute vélleité de lutte, même minable, des ouvriers ou des indépendantistes.

La grève de la faim est une nouvelle manière de pression nationale et internationale de l'IRA sur l'opinion publique et le gouvernement britannique; elle est aussi et surtout une barbarie supplémentaire de cette société décadente divisée en classes, en Etats, divisions dont la caducité s'oppose à tout progrès social. L'IRA nationaliste souhaite et revendique un Etat indépendant, des "droits" pour ses détenus et pour cela elle doit être dénoncée pour ce qu'elle est: de la pourriture au même titre que tous ceux, de Thatcher à l'opposition républicaine qui demande le départ des troupes anglaises jusqu'aux bons humanistes qui perpétuent ou sont prêts à perpétuer la domination d'une classe sur une autre, tous ceux qui ne remettent pas en cause l'exploitation de l'homme par l'homme, la destruction des frontières et sont prêts demain à lacher "leurs citoyens" sur les champs de bataille économiques ou guerriers. La grève de la faim est pour cette racaille une des formes "démocratiques" d'opposition à l'Etat et au Capital. Les grèves de la faim sont maintenant chose courante soutenue et encouragée partout ( en France, la CGT soutient des grévistes de la faim frappés de sanctions, en Espagne des chômeurs ont fait grève de la faim avec la bénédiction de la gauche, etc...). En Irlande du Nord, le prolétarait catholique n'a d'autre solution que de s'attaquer à l'armée anglaise mais elle doit se placer sur un tout autre terrain: la lutte des exploités contre les exploiteurs, la lutte ouverte par la force et la violence contre sa propre armée et sa propre police, la lutte sans distinction de religion, contre l'IRA et tous les salauds qui dévoyent leur haine de la société présente sur un quelconque drapeau ou une quelconque frange de prolétaires. L'unité du prolétariat irlandais ne se fera que quand il prendra conscience d'appartenir à une *classe internationale* soumise partout à la repression et à la misère: cette prise de conscience ne sera possible qu'en s'attaquant à toute la vermine syndicale, religieuse, nationaliste, "démocratique" qui s'oppose à son émancipation et à l'émancipation de l'humanité entière: les barrières sociales et mentales commenceront de tomber en même temps que se dresseront les premières barricades de la révolution socialiste, en Irlande du Nord comme partout ailleurs.
