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Title: Lexique de la truanderie politique contemporaine comparé au lexique révolutionnaire (III)
Description: Troisième partie du lexique traduit d'Alarma (1971) : les mots « déstalinisation » et « autogestion » dans leur acception truandée et dans leur acception révolutionnaire.
Date: 01/04/1982
Category: Alarme n.º 16
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1982-04-lexique-de-la-truanderie-politique-contemporaine-iii
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*Alarme*, n° 16, avril-mai-juin 1982 (p. 11-14). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n16.pdf)

*Traduit d'ALARMA ancienne série n° 16, Janvier 1971*

## Destalinization

### Acception truandée

Micmac démagogique de la haute bureaucratie russe mis en branle pour décharger sur le cadavre de Staline sa propre responsabilité des incontestables crimes politiques et sanglants perpétués du vivant de ce dernier. Se sachant haie sur toute l'étendue de son empire, la caste dictatoriale a voulu profiter de la mort du dictateur pour avoir la population à bien, ou pour apaiser sa haine. C'est ce que reconnaissait explicitement Kroutchef en déclarant que la dénonciation de Staline était devenue indispensable pour combler l'énorme fossé existant entre la classe ouvrière et le Parti. Ce dernier gouverne et s'impose partout entouré d'une hostilité silencieuse, d'une opposition générale qui même sans articulation organique et sans orientation politique claire affaiblit l'efficacité ( quand elle ne l'annule pas ) des plans économiques et des projets gouvernementaux. Ses complices et successeurs croyaient palier à ces graves difficultés en mettant la terreur policière permanente sur le dos de Staline. La dénonciation de Staline est du style grossier caracteristiquement stalinien, tant par son énorme tromperie que par l'explication du terrorisme offerte par les dénonciateurs. Ce ne pouvait être autrement, car le stalinisme, ce n'est ni Staline en personne, ni les "violations" de la légalité " soviétique ", moins encore " le culte de la personalité " autant dire le démon. Non, le stalinisme se situe précisément au delà des violations et des abus, c'est la légalité même dite à tord soviétique (1). Elle fut imposée en même temps que la contre-révolution se consolidait comme capitalisme d'Etat et c'est son expression juridique. Pour cela même, tout acte, toute déclaration d'un représentant de ce régime - ou de ses commenditaires dans le monde - ne peuvent être que des actes ou que des déclarations staliniennes, sans que le masque adopté importe. Le déshonnorant servilisme avec lequel toute la haute et basse bureaucratie vanta le chef, rampa et se prosterna à ses pieds, est également une requête du régime, son émanation spirituelle. Il s'agit des rapports " humains " qui émanent de la structure économico-politique et de la légalité de la contre-révolution. Aucun crime de Staline n'aurait existé s'ils n'avaient correspondu aux intérêts présents et aux besoins futurs du régime, de l'ensemble des individus qui l'incarnaient s'octroyant tant et plus de privilèges que l'ancienne noblesse et bourgeoisie. Il s'agit donc de CRIMES DE LA CONTRE-REVOLUTION STALINIENNE, et non seulement de celui qui la dirigeait. Et le plus grand de ces crimes, dénoncé dans la partie du lexique publiée dans le numéro antérieur d'Alarme, est la destruction de toutes les tentatives de révolution mondiale, à commencer par la révolution russe et se parachévant par l'espagnole. De là proviennent tous les autres crimes y compris la falsification systématique de l'histoire et des idées.

Il ne peut y avoir d'autre explication matérialiste. Loin de cette explication, la bureaucratie, continuatrice de la contre-révolution, se montre incapable de dire autre chose que des niaiseries sur les abus, les violations ou les erreures personnelles de Staline. Par contre elle le vante toujours pour son oeuvre sociale, ce qu'il y a de plus criminel en lui, et qui se trouve à l'origine des déportations en Sibérie par dizaines de millions, des assassinats par dizaines de milliers, des procès abjects de Moscou et autres, de l'exploitation redoublée et de l'enchainement total du prolétariat, en somme de la réactionnaire légalité russe.

C'est ce qui explique que les méthodes de Staline n'aient disparu à aucun moment : ni la terreur, ni les fausses accusations contre les opposants actifs ou passifs, ni même la violation de la légalité. La bureaucratie n'a même pas réussi, en son propre sein, à établir des relations sures, comme celles des privilégiés des autres despotismes, comme par exemple le franquisme. C'est un despotisme asiatique sur la base du grand capital industriel.

Le micmac de la destalinization a tout au moins servi à encourager tous les opposants, qui élèvent la voix chaque fois un peu plus ; d'autre part, aspect non moins important, ça a servi à mettre en évidence mieux que jamais la méprisable qualité de l'homme stalinien. Les mêmes individus qui devant le simple nom de Staline entraient en trance délirante, lui juraient fidélité personnelle et présentaient les plus horrible des crimes de son règne comme des mesures de salubrité pour l'humanité, ont applaudi ses accusateurs, ont eux-mêmes accusé et rejettent sur son génie l'immondice dont ils sont les co-auteurs et qu'ils ont en eux jusqu'à la moelle. Demain ils applaudiraient à toute hypothétique restalinization. La contre-révolution ne pouvait engendrer des créatures moins viles que celles-là.

Enfin, si l'oeuvre générale du stalinisme se caractérise par un recul prolongé de la révolution mondiale, et par une prostitution des consciences, prostitution plus accentuée en Russie et ses copies conformes, Chine et Cuba comprises, une offensive révolutionnaire gigantesque est en gestation par réaction contre lui.

A lui mieux qu'à quiconque correspond le dicton : " Dans l'histoire, comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie ".

### Acception révolutionnaire

Elle est très simple, elle est résumée, tout ajout étant superflu, par la dernière déclaration de Natalia Sedova Trotsky :

> " La terreur policière et les calomnies de Staline n'étaient que l'aspect politique d'une lutte à mort contre la révolution, menée par l'ensemble de la bureaucratie. On ne peut donc attendre le rétablissement de toute la vérité que de l'anéantissement de cette bureaucratie par la classe ouvrière qu'elle a réduite à l'esclavage. Je n'espère rien du Parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anti-communistes. Toute déstalinisation s'avèrera un leurre, si elle ne va pas jusqu'à la prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions policières, politiques, militaires et économiques, base de la contre-révolution qui a établi le capitalisme d'Etat stalinien ".

(1) Les soviets furent officiellement dissouts il y a environ 45 ans aujourd'hui, et annulés comme organes d'expression et de pouvoir depuis bien longtemps avant.

## Autogestion

### Acception truandée

Fut introduite par Tito avec l'intention de dépasser la stagnation de l'économie yougoslave et de tromper le prolétariat mondial sur la nature de cette dernière. A connu par la suite une certaine vogue dans les pays comme l'algérie et même en Russie. A obtenu l'approbation de certains groupes européen dits gauchistes en tant que revendication et projet. Le mot se réfère à l'autogestion de chaque entreprise par elle-même, comportant des limites passées sous silence par ses défenseurs. Nous parlerons plus en avant de certaines d'entre elles.

Avant il faut préciser que l'autogestion dans un sens strict et archistrict est comme la prose que monsieur Jourdain utilisait sans le savoir. De la même façon, les messieurs Jourdain qui pululent aujourd'hui en politique, ignorent que devant leurs yeux, ils ont autant d'exemples d'autogestion que d'entreprises de propriété individuelle, bourgeoises, simplement perçues comme telles, et même les entreprises par action, pour autant qu'elles ne soient pas financièrement dominées par des banques ou par des trusts. Jusqu'à l'apparition du grand capital industriel, presque toutes les entreprises s'autogéraient : elles étaient ce qu'on veut nous présenter aujourd'hui comme une nouveauté, presque comme une découverte. En effet, chacune faisait son propre projet de production (plan), coordonnait ses divers aspects, surveillait son application dans le processus de travail, plaçait ses produits sur le marché, distribuait la plus-value obtenue selon les convenances du cycle de production suivant. L'entreprise, personnifiée par le capitaliste propriétaire, était maître de réinvestir, accumuler ou gaspiller les bénéfices. L'autogestion des truands politiques actuels comporte bon nombre de restrictions. Il suffit d'en signaler les deux principales pour nous éclairer :

1) Ce que doit produire une entreprise - quantité et qualité - lui est signalé impérativement ou à titre indicatif par une direction économique (plan) placée au-dessus d'elle ;

2) les bénéfices de toutes les entreprises sont concentrés et utilisés à volonté par cette même direction, assignant une partie des bénéfices à chaque entreprise selon ses mérites. A son tour, cette dernière est distribuée selon les échelons de bons services par la direction de l'entreprise, toujours sous l'emprise du Parti unique.

Pourquoi alors parler d'autogestion, puisque cela suffit à la rendre impossible ? Tout simplement parce que les inventeurs du procédé que le terme autogestion désigne, sont des arnaqueurs politiques qui se présentent comme des amis du prolétariat, étant de fait et de droit, là où ils gouvernent, ses exploiteurs attitrés. Ce que fait en réalité la direction économique est de décharger sur les travailleurs de chaque entreprise la responsabilité de l'exécution de ses décisions, forçant ainsi la collaboration entre capital et travail si chère aux anciens réactionnaires, depuis Hitler et Mussolini jusqu'à Franco et Papandreu. Le fait même de parler d'autogestion des entreprises montre la nature capitaliste de ces dernières. En effet, là où elle existe, quelque soit le pays, les ouvriers se voient contraints de vendre leur force de travail aux propriétaires du capital, instruments de travail compris. Le prix qu'ils en perçoivent est inférieur à la valeur que leur travail ajoute au produits fabriqués. La différence, la plus-value, est propriété d'usage et d'abus de la haute direction économique. Comme cette direction se confond avec le gouvernement dictatorial qui concentre entre ses mains le pouvoir policier, juridique et législatif, on comprendra ce que le préfixe auto ajoute au fonctionnement capitaliste des entreprises. Tel le protestantisme qui demandait à chaque chrétien de devenir son propre sacerdote, le capitalisme des autogestionnaires demande à chaque ouvrier, avec tout le poids de leurs pouvoirs illimités, d'être son propre contremaître, son propre chronométreur ; il lui demande de s'ériger en représentant du Capital face à sa propre nature et conscience d'homme exploité. La paye de l'ouvrier change alors en fonction de la prospérité du capital investi dans l'entreprise, et en fonction de sa vénération ou de son irrévérence envers les normes de production et de discipline qui lui sont dictées. Depuis plus d'un siècle les capitalistes ont appris à admettre aux ouvriers à titre de participation aux bénéfices une partie du salaire une fois la contabilité établie.

### Acception révolutionnaire

Inexistante. Toute autogestion, "vraie" ou "fausse", est capitaliste. Les révolutionnaires revendiquent la gestion ouvrière de l'économie (distribution comprise) à l'échelle nationale, internationale, mondiale. La classe ouvrière elle-même, à travers des organismes spécialement choisis à cet effet, détermine le projet de production ou plan, par rapport à la nécessité historique urgente de la suppression du travail salarié, début obligatoire de la disparition du capitalisme et des classes. Ce qui constitue aujourd'hui (Etats-Unis, Russie, Chine et autres pays sans exception) la plus-value ou temps de travail non payé aux ouvriers, gratuitement réalisée pour le capital, irait alors, en partie à la consommation immédiate, en partie à la création de nouvelles sources de production - et non à des investissements de capital - le tout toujours décidé et étroitement surveillé par les représentants librement élus, de manière que chaque individu ou groupe d'individus soit en condition de vérifier comment le produit social destiné à la consommation immédiate est distribué et ce qu'il advient du produit non consommé. Nous nous trouvons à mille lieues des tromperies verbales, magouilles organiques, pressions économiques et policières de l'autogestion. Entre le capitalisme, quelqu'en soit la forme, et l'organisation du socialisme immédiatement après la révolution, les mutations qui les distinguent sont plus grandes qu'entre le singe et l'homme. La chaîne qui maintient l'ouvrier comme esclave et l'humanité entière aliénée est faite de travail salarié. Il ne s'agit pas de la renforcer avec des primes, des supposées participations aux bénéfices et d'autres prétextes qui obligent l'ouvrier à intensifier son travail pour gagner un peu plus, sans qu'il ne soit jamais maître des produits. Non, la révolution permet à la classe entière de consommer plus, sans vendre sa force de travail, d'augmenter la production en diminuant le temps qui lui est consacré. Les applications techniques peuvent mener jusqu'à l'automation complète de tous les moyens de production non directement liés aux cycle annuel agricole. Il n'y a pas révolution là où l'homme n'est pas maître de son travail et par conséquent des produits de ce travail.

*Suite du lexique dans le prochain numéro.*
