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Title: Du pareil au même
Description: Article de Munis traduit d'Alarma : la « révolution » palestinienne, comme les luttes de libération nationale qui l'ont précédée, sert le capital et la préparation de la guerre ; ni Palestiniens ni Juifs n'ont droit à se constituer en nation.
Author: G. Munis
Date: 01/10/1982
Category: Alarme n.º 18
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1982-10-du-pareil-au-meme
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*Alarme*, n° 18, octobre-novembre-décembre 1982 (p. 15-17). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n18.pdf)

La sagesse populaire qui se dégage du propos moqueur choisi ici comme titre, devrait suffire pour définir la sanglante bagarre israelo-palestinienne. Cependant par les temps qui courent, une telle sagesse paraît science hermétique, non précisément pour les gens de peu de culture, mais pour l'esprit des savants et des cultes, pour toute cette ripopée de partis, syndicats, intellectuels de gauche. La dégradation des idées politiques et sociales est arrivée à un tel point, que termes et concepts signifient presque toujours de fait le contraire de leur contenu réel, sain. Le cas de la " révolution " palestinienne n'est que le plus récent d'une longue liste d'appâts destinés à recruter de la chair à canon quand il s'agit la lutte armée ou bien une masse moutonnière la déservant.

Dans ce cas également, le préparatif de la grande extermination humaine façonné sans équivoque possible par les deux grands blocs impérialistes est implicite.

Un bref rappel : depuis la fin de la dernière guerre mondiale - sans aller plus loin - nous avons assisté à ce qui est arrivé en Chine, au Vietnam et dans le reste de la péninsule indochinoise, à Cuba, en Algérie, en Angola, au Bangladesh, au Yemen, en Ethiopie, et autres Nicaragua de moindre importance. Invariablement, les cris de toute cette ripopée de pseudo-gauchistes déjà mentionnés étaient : " indépendance nationale ", " révolution " et même " socialisme " ; la nourriture constante : " a bas l'impérialisme ! ". La réalité, une fois les nouveaux régimes installés a été diamétralement opposée. Il n'y a eu ni révolution, ni socialisme, et l'indépendance nationale n'a été qu'une dépendence vis à vis de l'autre empire et des fois même un retour effronté ou dissimulé au premier. A l'intérieur de chacun de ces pays, exploitation du prolétariat et despotisme policier se sont accrus comme seul moyen d'étayer les pouvoirs résultant de la réorganisation du capitalisme dans sa forme étatique partielle ou complète. De sorte que la foule d'exités qui leur donna la main pour les hisser jusqu'à l'Etat, est coupable de complicité. Foule complice de leurs incontestables crimes sanglants, aboutissement de leur crime principal, leur nature réactionnaire tant sur le plan économique que politique.

Ces mêmes exités se pavanent avec leur gauchisme et leur générosité etc... en répétant leurs cris, c'est-à-dire leur escroquerie qui n'est pas qu'idéologique en faveur d'un futur Etat palestinien. Comme si l'escroquerie n'était pas évidente, ses auteurs apparaissent en plus en compagnie de toute l'ancienne canaille réactionnaire mondiale exceptée la canaille israelienne. Depuis les dirigeants russes et leurs proches jusqu'aux esclavagistes d'Arabie Saoudite et autres champs pétrolifères, les néo-nazis et l'impérialisme américain en passant par ceux qui se disent de gauche, trotskistes et anarchistes inclus, l'action mondiale est en faveur de la palestine (1). Qu'une telle action ait pu se produire s'explique - cause générale - par la situation d'un monde socialement embourbé, avec un grand retard par rapport aux possibilités de transformation radicale qui existent en son sein, par une situation globalement réactionnaire donc ; deuxièmement elle s'explique - cause particulière - par les gisements de pétrole du monde arabe et par l'importance stratégique territoriale de la majorité des pays ainsi dénommés. Ces deux facteurs sont des enjeux de première importance pour les deux blocs militaires en vue de la troisième guerre mondiale ou en vue d'autres guerres inter-impérialistes secondaires, celles qui ont lieu par clients interposés.

Depuis de nombreuses décennies, tout progrès ou développement de la société s'avère impossible par voie nationale. Que les promoteurs de l'indépendance invoquent Allah à quatre pattes, Jehovah en se donnant des coups de têtes contre le mur des lamentations, la version chrétienne, ou bien Marx et la révolution athée, cela ne change rien. Et le résultat, en cas de victoire, et la "cause" elle-même avant la victoire et indépendamment de la bonne foi de ceux qui servent de chair à canon, sont contraires à l'émancipation de la grande masse pauvre. Comme l'a dit le Ferment Ouvrier Révolutionnaire de nombreuses fois, l'existence même de ces luttes, présuppose l'inactivité même des exploités, l'élimination de leur lutte de classe, en faveur des intérêts de leurs exploiteurs. Et voilà pourquoi, "du pareil au même" au singulier ou au pluriel, est devenu la première devise de l'alphabet révolutionnaire. Celui qui ne ressent pas un profond mépris - aujourd'hui jusqu'à la nausée - pour tous ces protagonistes et défenseurs de pseudo-indépendantisme, tombent intentionnellement ou inconsciemment dans le camps ennemi. Il faut le dire sans tergiversation et à plein poumon : les palestiniens n'ont pas le droit de se constituer en nation, à posséder un territoire et un Etat. Le droit capitaliste finira par les lui concéder d'une manière ou d'une autre, même avec le consentement d'Israel. Mais c'est précisément ce droit qu'il s'agit d'abolir pour pouvoir parler sans escroquerie de révolution. La preuve irréfutable de ce qui vient d'être dit est donnée par Israel même, le peuple persécuté par excellence, celui de l' "holocauste" nazi, le peuple "sans distinction de classes", image du pauvre "juif errant" battu depuis la domination religieuse du christianisme. A peine constitué en entité nationale, il organise un Etat semi-théocratique, ultra équipé militairement, comme les grandes puissances, dépendant d'un des blocs impérialistes, et, incapable, par exclusivisme nationaliste et étroitesse mentale de "peuple élu", d'offrir à ses cohabitants palestiniens une meilleure situation économico-politique que celle qui existait avant l'établissement de l'Etat israelien. Cela lui aurait été facile sans même rompre avec sa propre étroitesse ébraïco-capitaliste. Le "problème palestinien" aurait cessé d'exister comme tel. Alors serait apparu clairement la possibilité immédiate - expression de la nécessité sociale - d'une lutte a-nationale commune aux travailleurs israeliens et palestiniens contre leurs exploiteurs dont le caractère humain actuel est celui de Beguin et Arafat, et représenté idéologiquement par le judaïsme et l'islamisme. Eviter que la nécessité sociale ne se transforme en possibilité pratique est ce dont il s'agira toujour et dans tous les cas, pour tous les crieurs concernés : gouvernements, partis et syndicats, unis ou divisés.

Il va de soi, d'après ce qui vient d'être dit, que les juifs non plus n'avaient pas le droit de s'ériger en nation, mais uniquement le droit de vivre là où il leur plaisait et particulièrement là où leurs ancêtres habitaient avant la diaspora ; de même que les palestiniens arrivés par la suite dans le même terroir. Créer une nation, c'est avant tout, organiser l'exploitation dans des frontières déterminées et se donner la possibilité d'exploiter en dehors même de ces frontières. Quel que soit la raison véridique que l'on allègue d'un point de vue national, les conséquences qui en résultent ne sont pas fausses mais contraires au devenir historique, elles sont superlativement réactionnaires. N'est imaginable que la solution qui consiste à arracher les bornes et supprimer les patries, et donc arracher les instruments de travail au capital apparait comme une nécessité simultanée.

Seules ces mesures initiales, et non des agencements ou des trifouillages, constituent ce qui s'appel révolution. A défaut de révolution, l'escroquerie sociale est permanente, les tueries comme celles de Bérouth et de la rue des Rosiers à Paris ne cesseront pas, sauf capitulation d'un des camps. Hormis le degré de répulsion, dans les deux cas la bande des victimes est autant coupable par sa politique réactionnaire que la bande des victimaires.

Il n'est pas nécessaire d'imaginer la révolution dont parle sans cesse l'OLP. Les modèles qui lui sont offerts abondent dans et en dehors du monde islamique ou arabe. Le plus draconien et dont on parle le plus, l'Iran, est celui qui possède toutes les caractéristiques négatives des autres dans tous les domaines - politique, économique, culturel. On en parle comme d'une révolution, et la presse mondiale reproduit l'apellation, alors que son premier pas fut contre-révolutionnaire. L'odieux et sanguinaire régime du Chah, suscita un soulèvement général, mais encadré par le sacerdoce islamique et inspiré par le Coran, Mollahs et Ayatolas imposèrent sur le champs un régime encore plus odieux et sanguinaire que celui du Chah. La bestialité théocratique de Khomeiny et de ses bandes de cléricaux, de flics et d'assassins, armature de l'Etat, allie l'ancienne barbarie coranique à la barbarie de la science moderne à son service. Qu'une telle chose ait pu se produire prouve jusqu'à quel point les "du pareil au même" dominent et manipulent le monde à leur guise. Les soutenir directement ou indirectement, pratiquement ou seulement verbalement, c'est trahir la cause du prolétariat.

(1) Rappelons-nous : Franco était également un tenant de la "cause" palestinienne et arabe en général, tout comme le sont ses descendants à la sauce européenne.

*( Traduit de Alarma n°14. article de Munis sept 1982 )*
