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Title: Logique Delors, logique du capital
Description: Réponse à la formule de Jacques Delors « on ne peut répartir plus qu'on ne produit » : production et répartition capitalistes sont faites pour la plus-value, et seule la révolution permettra de produire et de distribuer selon les besoins.
Date: 01/10/1982
Category: Alarme n.º 18
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1982-10-logique-delors-logique-du-capital
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*Alarme*, n° 18, octobre-novembre-décembre 1982 (p. 12-13). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n18.pdf)

M. Delors vient de déclarer " qu'on ne peut répartir plus qu'on ne produit". De cette phrase qui a priori peut sembler juste, il en concluait apparament logiquement qu'il fallait modérer les revendications salariales ... et qu'il faut produire plus pour répartir plus.

En réalité que l'on ne puisse pas répartir plus que l'on produit est indéniable mais la déduction qui en est faite est, elle, complètement fausse. Autrement dit, nous n'avons pas à limiter nos revendications, nous n'avons pas à produire plus et mieux, sous prétexte que patrons et Etat n'ont rien de plus à nous donner, n'ont rien de plus à nous céder, sous prétexte qu'il n'y a plus rien à partager. Parce que :

1) Ces prétextes sont faux
2) Le problème n'est pas là.

Si M. Delors, au lieu d'énoncer cette évidence, avait expliqué et défini les termes de cette évidence, à savoir :

1) La production, le mode de production actuel
2) La répartition de la production,

il aurait pu alors, logiquement, énoncer des conclusions totalement différentes et opposées aux précédentes ; des conclusions réclamant la destruction de cette société où la production se fait en fonction des profits d'une couche d'exploiteurs et contre les besoins humains historiques et sociaux de l'humanité représentée aujourd'hui par le prolétariat, d'une société où la répartition de la production repose sur la spoliation des producteurs.

Mais M. Delors n'est pas là pour nous expliquer ce problème fondamental, sa perspective n'est pas de détruire ce monde pourri mais d'en vivre, M. Delors n'est pas un révolutionnaire, il est membre d'un gouvernement "ouvrier". Il n'est pas un cas particulier au sein de la bureaucratie des partis et syndicats "ouvriers"; tous ces leaders ("ouvriers") ont malgré un verbiage d'une autre nuance, les mêmes intérêts fondamentaux : qu'on produise sagement des marchandises qui ne nous appartiennent pas. Cette phrase de M. Delors, on aurait pu l'entendre dans la bouche de M. Maire ou de M. Krasucky qui en ont d'ailleurs exprimées de semblables ainsi que leurs compères de la dite droite.

La réalité est pourtant simple à saisir : nous classe ouvrière, produisons (par une contribution physique ou intellectuelle, directe ou indirecte) toutes les richesses existantes, des belles maisons du 16° arrondissement de Paris aux lugubres H.L.M. des banlieues lointaines, des voitures luxueuses aux modèles les plus simples, des fusées américaines aux fusées russes, des machines les plus sophistiquées à celles que nous utilisons quotidiennement. Une partie importante de notre production est complètement nocive pour l'humanité : production massive d'armes toujours plus puissantes (100 millions d'hommes travaillent pour la guerre), symbole d'une société en pleine décadence, qui a la possibilité de non seulement se détruire elle-même et par là-même de détruire toutes les conditions objectives rendant le communisme possible, mais qui peut aussi détruire le genre humain à jamais. Apportons là une précision : le capitalisme idéal (sans production de guerre ...) n'a jamais existé, n'existe pas et n'existera jamais. Les rapports de production capitalistes par eux-mêmes engendrent naturellement la guerre et donc la production qui s'y rapporte. Ce sont ces rapports eux-mêmes qui sont à détruire pour construire une société sans classe (et donc sans production de guerre).

Maintenant, quels sont les impératifs de cette production : notre consomation ? Décidons nous de la production en fonction de nos besoins ? Certainement pas car, concernant notre production, nous ne décidons de rien, nous sommes là pour produire, produire des marchandises. Nous-mêmes possédons une marchandise : notre force de travail, qui a la spécificité de créer de la valeur, et que nous échangeons en moyenne à sa juste valeur, par le moyen du salaire, contre la possibilité d'obtenir certaines marchandises. La valeur de notre force de travail étant déterminée par la valeur des marchandises (aliments, logement, etc.) nécessaires à sa production et à sa reproduction journalière, vu les conditions du marché. La valeur de toute marchandise est mesurée par le temps de travail social nécessaire à sa production. La valeur de notre force de travail - et son prix : le salaire - au cours d'un mois, est nettement inférieur à la valeur ajoutée par notre travail, au cours de ce même mois. La valeur de cette différence constitue la plus-value qui nous est extorquée au cours d'un mois par les capitalistes. Le but de ceux qui dirigent la production, c'est-à dire des bureaucraties étatique, syndicales et patronales, est d'augmenter toujours plus cette plus-value qu'ils extorquent sur notre dos. La production n'est donc pas faite en fonction de nos besoins, mais pour une exploitation toujours plus forte de notre force de travail, ce qui est complètement nocif. Les exemples à ce sujet sont nombreux; ainsi ce système a les capacités de construire un très grand nombre de centres de soins dans les innombrables régions du monde où leur manque se fait cruellement sentir, mais au lieu de produire en fonction de besoins vitaux les plus urgents, sont produits des stocks immenses d'armes ultra-sophistiquées correspondant aux besoins du capital.

Quant à la répartition, elle n'est pas indépendante de la production, au contraire, elle est induite par celle-ci. Si la production est faite en fonction des besoins du capitalisme, il en est de même de la distribution. On produit en fonction du profit, on répartit donc en fonction du profit. C'est-à dire que notre paie, comme nous l'avons dit plus haut, sert uniquement à recréer notre force de travail. Elle est plus ou moins importante suivant la valeur de notre force de travail, celle d'un O.S étant estimée moins forte que celle d'un ouvrier qualifié elle-même moins forte que celle d'un ingénieur etc... Ainsi avant tout notre paie sert à pouvoir louer un appartement où nous pourrons nous reposer après le travail, pour la journée de travail qui suit, sert à acheter de quoi manger, sert à reprendre ses forces quatre ou cinq semaines par an (les vacances) et à acquérir plus ou moins d'appareils disponibles sur le marché. La répartition sociale reproduit ainsi la misère engendrée par les rapports de production.

Par exemple, si le capitalisme pouvait répartir comme il le prétend - c'est-à dire en fonction des besoins humains [ilegible] et non en fonction des profits, la faim dans le monde aurait tôt fait de disparaitre, ne serait-ce qu'au vu des stocks de nourriture existants.

Ceci étant dit rapidement, il est clair que tant que nous resterons prolétaires, que nous n'existerons qu'en tant que force de travail, qu'en tant que marchandises, la répartition se fera fondamentalement à nos dépens. Dans cette société, nous ne sommes pas là pour même consommer mais pour suer de la plus-value. Il ne s'agit pas de produire plus pour répartir plus, mais de produire de manière complètement différente et opposée, pour répartir de manière complètement différente et opposée. Mais ceci n'est possible que par une révolution sociale qui fera disparaitre la division en classes dans la société. Il ne s'agit plus qu'une classe possède tous les moyens de production - la terre, les usines,... - et exploite les prolétaires qui n'ont rien d'autre que leur force de travail. Non, le prolétariat doit tendre à récupérer dans ses luttes, toute la production et tous les moyens de production; il s'agit d'exproprier le capital pour le détruire en tant que capital, pour enfin produire et distribuer en fonction de nos besoins. Pour cela, le pouvoir capitaliste doit être attaqué et détruit. L'Etat capitaliste et la classe/caste décadente à laquelle il sert d'organisme de coercition doivent disparaitre.
