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Title: Lutte de classes, mouvement, but
Description: La lutte quotidienne du prolétariat ne peut être séparée de son but historique, le communisme, et doit s'opposer directement au fonctionnement du capitalisme et à ses syndicats.
Date: 01/04/1984
Category: Alarme n.º 24
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1984-04-lutte-de-classes-mouvement-but
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*Alarme*, n° 24, avril-mai-juin 1984 (p. 8-10). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n24.pdf)

"Lutte contre le chômage", "création d'emploi", "relance par la consomation", "congés de reconversion", "mutation industrielle", "lutte anti-crise économique", inflation, "balance du commerce extérieur", "produit national brut", "déficit extérieur", "rapport impor-export", etc...

Que l'on comprenne ou que l'on ne comprenne pas ces termes, ils représentent le riche vocabulaire de cette fin de 20eme siècle, où, au nom de l'immédiatisme le plus étriqué, le problème du changement radical des rapports sociaux est repoussé jusqu'à son dernier retranchement : LE NEANT. Au nom des tactiques et des stratégies les plus diverses, au nom de la compréhension plus ou moins scientifique de la réalité présente, seul nous est imposé comme alternative possible ce qui s'aligne sur l'existence du système comme totalité opprimante, même si des changements occasionnels peuvent intervenir dans les parties.

Or les changements en soi pouvant intervenir dans les parties n'altèrent en rien la totalité opprimante dont la base fondamentale est la dictature du capital sur le travail. Le prolétaire est maintenu dans son rôle de marchandise créatrice de valeur, indépendamment de la conjoncture économique du capitalisme et de la forme politique qui l'administre. D'ailleurs l'expérience du réformisme originel (ceux qui s'en revendiquent aujourd'hui n'en sont qu'un produit altéré et beaucoup plus réactionnaire) en a plus qu'amplement donné la preuve.

Ces quelques vérités sont tellement enfouies sous le tas d'immondices "des étapes nécessaires" et des "moindres mals" qu'elles n'apparaissent même plus chez ceux qui ont encore l'affront de se revendiquer de l'émancipation sociale, alors qu'objectivement ils contribuent à la survie du système d'exploitation. En clair, l'affirmation du communisme, société sans classes et sans échanges marchands, si elle apparait, ne semble être qu'un pâle reflet d'un rêve consciemment réprimé au bénéfice d'une pratique faussement revendicative et étapiste, circonscrite par ce que le capitalisme lui même nous impose comme praxis possible et réalisable. Le communisme comme seule alternative à l'organisation sociale de l'humanité est, de ce fait, écarté en permanence.

La non affirmation catégorique du seul devenir humain possible devient négation de ce même devenir, et par conséquent une autre forme réactionnaire de discours et de pratique alimentant la dynamo capitaliste, au détriment des besoins immédiats et historiques d'une classe qui ne peut s'affirmer que dans la perspective de mieux se détruire, en balayant une fois pour toute les classes sociales elles-mêmes.

Ce qui vient d'être dit, n'a rien d'une idéologie pure, planant par définition au dessus de la réalité sociale et de ses possibilités intrinsèques. Au contraire, de l'affirmation de la nécessité du communisme, basée sur la réalité présente, découlent les tâches quotidiennes de la lutte de classe tendant à la réalisation d'une société humaine. Oublier cette perspective, c'est tomber de plein nez dans ce que le capitalisme de par lui-même accepte comme étant du domaine du possible. C'est ce réalisme qu'il pratique jour après jours en utilisant principalement son rouage indispensable qu'est le syndicalisme avec toutes les luttes bidons et les négotiations qu'il soustend. Ce que le capitalisme accepte du haut de la dictature qu'il impose à la société, ce sont des partenaires sociaux tout aussi responsables que lui devant le salariat qui l'alimente. Ce qu'il n'accepte pas ou qu'il doit parfois subir la peur au ventre, c'est la lutte du prolétariat en tant que classe antagonique qui se dresse face à ses intérêts.

Or notre but en tant que révolutionnaires, en tant que communistes, ainsi que l'intérêt réel de l'ensemble du prolétariat ne peut d'aucune façon coincider aujourd'hui avec le but et l'intérêt de ceux qui nous oppriment et nous exploitent, d'autant plus que les conditions matérielles permettant d'anéantir définitivement l'existence des classes sociales existent amplement à l'échelle planétaire. Dans la lutte, le communisme ne peut être posé comme une utopie pour demain, mais bel et bien comme une urgence et une nécessité pour aujourd'hui.

Ceci étant dit, il serait illusoire de croire que la conscience communiste puisse apparaitre par un apprentissage et une assimilation progressive par l'ensemble du prolétariat, de la théorie révolutionnaire injectée à petite ou à grande dose par ceux qui prétendraient l'incarner. Le prolétariat international, s'il réalise la seule révolution totalement émancipatrice pour l'homme dans l'histoire qui fut la sienne, ne la fera pas à partir d'une compréhension théorisée du monde qui l'écrase. Car enfin il n'est pas pour rien classe dépossédée de tout à l'exception de sa force de travail. Cela ne signifie pas non plus qu'il soit irrémédiablement condamné à une conscience "trade-unioniste" dont doit profiter l'élite de la révolution pour lui imposer altruistement la subversion totale du vieux monde. Dans ce cas il n'y aurait pas plus de révolution sociale que d'haricots sur la lune.

D'aucun peut alors nous rétorquer, que posé en ces termes, le communisme est impossible et que nous nous mordons la queue pour mieux éviter les sempiternels problèmes réels auxquels nous sommes confrontés dans la société, à savoir : lutte contre le chômage, création d'emplois, relance par la consommation, congés de reconversion, mutation industrielle, inflation, et le grand etc. déjà mentionné au début de cet article. Mais privilégier et ne tenir compte que de l'immédiatisme, c'est se mordre la queue en respectant la logique capitaliste, sans résoudre un tant soit peu une seule de ses contradictions. En effet, la contradiction première entre capital et travail est telle, que la seule façon de résoudre toutes celles qui en découlent, passe aujourd'hui par l'élimination pure et simple de la première. Les "produisons français", les "consommons français" et autres gadgets perfides pour lier l'intérêt du travail à celui du capital, ne tombent pas du ciel à l'heure où ce dernier est contraint, poussé par la logique de la concurrence, d'employer des moyens techniques capables, utilisés en faveur de l'humanité, de libérer l'homme de la nécessité et des heures fastidieuses passées à sa survie. Alors les revendications qui tiennent compte de la réalité capitaliste et de ses nécessités, non merci, et sans façon !

D'autre part, la seule affirmation d'abolition du salariat et des classes sociales, opposée à la lutte revendicative quotidienne, participe au mythe religieux d'une profession de foi, inopérante parceque profession de foi et non liée directement au mouvement des classes sociales au sein de la société. Participent à ce même mythe ceux qui déplacent le centre de gravité à cet autre aspect de la question qu'est l'auto-organisation du prolétariat, la généralisation des luttes et la prise du pouvoir. Peu importe, à les lire, le contenu même de la lutte, pour autant que l'intensité de la crise économique irrémédiable du capital pousse le prolétariat vers les chemins tortueux de la conscience de classe.

Que leur pratique soit réactionnaire, où que leurs idées générales soient révolutionnaires, les deux cas ici cités ont ceci en commun : la séparation en divers aspects de ce qui constitue dans la vie réelle et dans son devenir, une unité organique. Aucun des aspects, de toutes les façons liés entre eux, ne peut être laissé pour compte lorsque c'est la totalité que l'on veut transformer de fond en comble. Sans quoi, d'une façon ou d'une autre, c'est cette même totalité qui finit par s'imposer.

En fait, comme nous l'avons déjà dit par ailleurs, le prolétariat, ainsi que ses fractions les plus conscientes et décidées, doit réapprendre la lutte de classes. En effet, l'école de guerre du communisme pour le prolétariat dans son ensemble et ses fractions les plus actives en particulier, c'est la lutte quotidienne. La conscience de classe est une activité pratique. Mais nous entendons par lutte, non ce qui correspond aux nécessités même du capitalisme (les non-luttes revendicatives syndicales), mais ce qui s'oppose directement à son propre fonctionnement et à la base sur laquelle il repose : l'extraction de plus-value facilitée par la non-organisation du prolétariat en classe.

Réapprendre la lutte de classe, venons-nous d'écrire, ce qui ne signifie d'aucune façon, reproduire comme un dogme ce que cette lutte a pu être dans le passé, car la situation objective est forcément différente d'une part, et que de plus nous devons tirer subjectivement parti de l'écrasement par le contre-révolutionnaire pouvoir russe de l'immense vague subversive de 1917-1937.

Que l'on tourne autour du pot à l'aide de tergiversations "dialectiques", ou qu'on se le cache, malgré les balbutiements du mouvement ouvrier depuis l'écrasement de sa première et unique vague internationale, nous subissons encore le poids désastreux de la contre-révolution russe, même si le discrédit de la "patrie du socialisme" croît, et c'est tant mieux et important, chaque jour davantage. Le virus détracteur qu'elle a inoculé à l'échelle planétaire au sein de la seule classe susceptible d'émanciper l'humanité, perpétue ses ravages, sous divers aspects, et sans faire systématiquement référence, pour des raisons tactiques évidentes, au pays qui l'a engendré. Ce virus nous devons le détruire, et pour ce faire nous devons nous y opposer partout, sans attendre béatement que ce soit l'ensemble de la classe elle-même qui le fasse, alors que l'immense majorité de celle-ci n'a même pas conscience de son existence meurtrière. Pour ce faire, nous devons contribuer à donner un contenu subversif aux luttes inévitables qui se produisent tous les jours.

Nous venons de voir que la lutte quotidienne ne peut être séparée du but historique. Le mouvement de la classe et son but forment un tout. C'est par le mouvement que le but peut être atteint. Tout ce qui entrave le mouvemnt vers son but naturel doit être combattu comme ennemi du mouvemnt et par conséquent de son but.

- Nous devons répondre à l'organisation du capitalisme par l'auto-organisation de la classe prolétarienne. Non à la représentativité syndicale. Elisons nos propres délégués révocables à tout instant. Non à la concertation capitularde. Imposons nos intérêts, même s'ils ne peuvent être complètement satisfaits qu'avec la destruction du pouvoir capitaliste et de son organisation sociale. En attendant, qu'ils sachent que nous nous organisons en vue d'être chaque fois davantage, et que nous ne comptons que sur notre propre force.
- Nous devons répondre au pouvoir politique capitaliste par le pouvoir de notre solidarité de classe. Celle-ci ne sera effective que si nous la pratiquons nous-mêmes, et d'une façon systématique.
- Nous devons répondre à l'économie capitaliste en attaquant son accumulation. L'attaquer dès maintenant, c'est lutter pour une baisse massive des heures de travail, et pour un salaire réel toujours plus élevé. C'est récuser la hierarchie qui nous est imposée pour mieux nous diviser. C'est refuser tout licenciement ainsi que le chômage tout aussi avilissant que le travail qu'on nous impose. C'est, de toute façon, ne pas tenir compte des intérêts du capital qui nous exploite.

REVENDIQUER, OUI, MAIS POUR NE PLUS AVOIR A LE FAIRE. L'URGENCE DE NOTRE BUT, LA DICTATURE DU PROLETARIAT, POUR L'ABOLITION DU TRAVAIL SALARIE. PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSONS-NOUS.

> Une nouvelle organisation révolutionnaire est indispensable au prolétariat mondial. Cependant, à moins qu'elle n'incorpore à sa pensée les sévères expériences idéologiques et organisationnelles survenues depuis 1914, sa constitution s'avèrera impossible, ou du moins gravement défectueuse. Les défaites du passé doivent jalonner le chemin de la victoire. Une telle organisation doit surpasser les traditionnels rassemblements de partis nationaux et rejeter aussi tout "centralisme" permettant à une poignée de dirigeants de mettre " la base " devant des décisions disciplinaires accomplies. Elle doit préfigurer le futur monde sans frontière ni classe. Dans cette intention nous adoptons ce Manifeste que nous proposons à tous les groupes et à tous les individus révolutionnaires du monde. Il faut rompre d'une manière tranchante avec des tactiques et des idées mortes, dire sans réticence toute la vérité à la classe ouvrière, rectifier sans regret tout ce qui fait obstacle à la renaissance de la révolution, que ces obstacles proviennent de Lénine, de Trotzky ou de Marx, et adopter un programme de revendications qui concorde avec les possibilités maxima de la technique et de la culture modernes mises au service de l'humanité.
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> (Pour un second manifeste communiste, du Ferment Ouvrier Révolutionnaire, 1961)
