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Title: Economisme contre communisme
Description: Critique de la science économique comme science inhumaine et du matérialisme vulgaire des révolutionnaires qui ne voient le prolétariat que mû par le besoin de consommation et la crise.
Date: 01/07/1984
Category: Alarme n.º 25
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1984-07-economisme-contre-communisme
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*Alarme*, n° 25, juillet-août-septembre 1984 (p. 5-6). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n25.pdf)

Inflation, déflation, exportation, importation, crise... ces termes reviennent dans l'information quotidienne, ils précèdent la météorologie et semblent être des entités presque aussi naturelles que les coups de vent, les brises marines, les anti-cyclones et les tempêtes.

Certains chefs politiques font eux-mêmes de telles comparaisons : la nation en proie à la crise économique n'est autre, pour eux, que le navire soumis à la tempête ; les gouvernements ou capitaines font au mieux des intérêts communs face aux éléments naturels déchaînés.

Alors quelle est la solution ? Comme toujours, l'homme doit continuer à progresser le long du chemin sans fin de la maîtrise de la nature, de manière à ce que le genre humain évite les crises économiques avec autant de facilité qu'il peut éviter aujourd'hui la foudre grâce au paratonnerre.

Voilà, en la caricaturant à peine, la vision et la compréhension du monde qui nous est injectée à grosse dose journalière avec une seringue à effets intra-matière grise. La science économique nous apparait donc comme une science humaine et son premier axiome semble être : le capitalisme, mode naturel de l'organisation de la société, a toujours existé, existe et existera toujours. Les lois du marché semblent aussi naturelles que celles de la gravitation.

Or si l'on peut supposer que l'économie est bien une science, peut-on lui donner la caractéristique d'humaine ? Pour nous, non, dans la mesure où elle nie tout ce qu'il y a d'humain en l'homme, elle est une science inhumaine. Expliquons-nous. Lorsque Napoléon demande à Laplace où est dieu dans son système, ce dernier répond : "je n'ai pas besoin de cette hypothèse". Si nous posons la même question quant à l'homme dans le système capitaliste et dans la science économique, la réponse ne peut être que similaire : "l'hypothèse -être humain- n'est pas nécessaire dans le système capitaliste". En effet l'individu dans ce système n'est que capital variable, ses révoltes, ses désirs, ses passions, en un mot ses réactions humaines sont niées : il ne mange pas pour vivre, il vit pour manger.

L'Homo sapiens a beaucoup progressé au cours des siècles mais le voici arrivé après environ 3/4 de siècle de décadence à l'Homo économicus ou homme moderne pâle caricature de l'humain, arraché à ses racines, automatisé, informatisé, malaxé, exploité, individu produit à grande échelle non pas par manipulation génétique mais par manipulation sociale, fruit d'un abrutissement généralisé.

Cet article serait bâtard s'il s'attaquait uniquement à la "science économique". Il a surtout pour but de critiquer la société qui produit une telle science, et les pratiques, présentes et futures, des groupes et personnes révolutionnaires qui ne considèrent le prolétariat que comme classe se mouvant uniquement sous la contrainte du besoin en terme de consommation : pénuries ...

L'économie s'est mise au goût du jour et elle utilise les techniques et sciences modernes. Elle s'appuierait même selon certains sur le matérialisme : l'homme uniquement sujet de besoins (non pas historiques ou sociaux, mais strictement liés à la consommation), n'est-ce pas matérialiste ? Pas pour nous, car c'est au mieux du matérialisme vulgaire : si le prolétaire ne peut être qu'un consommateur on peut alors se demander pour quoi et comment le jeune prolétariat réalisa la Commune de Paris ou la révolution en Espagne. On peut demander aux personnes et groupes révolutionnaires s'ils le sont parce qu'il y a une pénurie de biens de consommaton en Europe. Peut être le manque de magnétoscopes ?

Non, soyons sérieux ! Quel révolutionnaire conséquent peut adopter comme fondement une thèorie (et une pratique induite) qui nie l'humain, qui le caricature en modèle automatisé qui réagit lorsque le courant vient à manquer, de manière aussi sure et non mécanique que l'hydrogène et l'oxygène réagissent pour former de l'eau lorsque certaines conditions sont remplies. Le prolétariat sujet de l'histoire ne pourra pas se contenter de réagir quasi-automatiquement pour vaincre et en tant que sujet il devra réagir avec une conscience de classe. Pour que triomphe la révolution communiste il faut qu'une fraction importante du prolétariat ait des aspirations sociales en opposition radicale avec la société capitaliste. Qu'elle mette à la base de ses aspirations des besoins non satisfaits en terme de consommation, c'est -puisque l'homme est un être social- réduire la société à une ruche dans laquelle la reine restreindrait l'accès au miel, déclenchant la révolte de la ruche qui la supprimerait, déclarant le gourmandisme intégral. Ce matérialisme là est inconsistant, il nie toute subjectivité au prolétariat et donc se nie lui-même. Les groupes révolutionnaires qui se trouvent sur ce terrain-là se fourvoient complètement.

Il convient de rappeler que le communisme ne sera pas le fait d'une société animalière mais d'une société humaine.

Quant à la société présente, l'économie en est la science infuse qui se dégage le plus directement d'elle. Elle théorise, synthétise et modélise la base de la société. Une critique sur le fond de cette science ne peut donc être qu'une critique sur le fond de cette société.

Le modèle automatisé de cette théorie correspond donc à l'homme déshumanisé, atomisé, qui s'impose toujours plus aujourd'hui soit dans nos rencontres avec les autres, soit même jusqu'à nos rencontres avec nous-même. Les progrès techniques indéniables se retournent souvent contre le prolétariat et l'humanité en général. Progrès technique (ou croissance des forces productives) et progrès social prennent des chemins opposés, en cela réside la décadence et en rien d'autre. Le prolétariat a montré (vague révolutionnaire 1917-1937) qu'il pouvait en finir avec le capitalisme, les forces productives qui seront le support matériel du communisme ont suffisamment cru pour ne plus permettre que l'organisation communiste de la société. A partir de là le capitalisme n'a plus de raison d'être : sa survie détruit tous les jours par la guerre, les accidents du travail de la route, le stress,... et risque de détruire à tout jamais la planète en 67 minutes et 34 secondes par exemple si un météorite quelconque venait à détruire un satellite militaire russe ou américain (chacun croyant à une attaque de l'autre).

Penser que le révolution communiste n'est possible et la société en décadence que s'il existe une crise économique amène à des abérations du genre : sans crise économique, le capitalisme est progressiste, si la plus-value est extorquée et réalisée, peu importe que le prolétariat soit davantage exploité, sacrifié en cas de guerre, peu importe que le communisme soit possible comme on l'a vu au début du siècle. Pour ceux qui le pensent, la société est progressive et le communisme impossible (précisons que pour nous le capitalisme ascendant du XIXe siècle ne nie pas la possibilité du communisme). Les dogmes froids sont à mettre de côté pour la révolution sociale ; avec ou sans crise économique le capitalisme est décadent. Seul, aujourd'hui, la révolution communiste est à l'ordre du jour, le prolétariat doit se mettre en branle et en finir avec cette société, pour cela nous ne pourons adopter des méthodes de raisonnement qui sont celles de la classe dominante et émanent directement de la décadence du capitalisme.
