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Title: « Le prolétariat est révolutionnaire ou il n'est rien ! »
Description: Le prolétaire, réduit à une marchandise par le salariat, ne cesse de l'être qu'en combattant ; l'abolition du travail salarié implique des perspectives d'action concrètes, dont la lutte contre la hiérarchie au sein même du prolétariat.
Date: 01/07/1984
Category: Alarme n.º 25
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1984-07-le-proletariat-est-revolutionnaire-ou-il-n-est-rien
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*Alarme*, n° 25, juillet-août-septembre 1984 (p. 8-10). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n25.pdf)

Sous le règne du capital sur le travail, du capitalisme sur la société, le prolétaire est une marchandise et rien de plus. Il est dépossédé de tout à l'exception de sa force de travail qu'il est contraint de vendre au possésseur/administrateur des moyens de production. Il est dépossédé de toute humanité et ne constitue qu'un rouage nécessaire à la survie d'une société basée sur le profit et non sur les besoins de chaque être social.

C'est ainsi fondamentalement, malgré les diverses phraséologies humanistoïdes des racailles dirigeantes qui se succèdent au pouvoir, que sont considérés les exploités sur la croûte terrestre.

> " On reproche (à Ricardo \*) de ne pas se soucier des "êtres humains" et de n'avoir en vue dans son étude de la production capitaliste, que le développement des forces productives, quels que soient les sacrifices en hommes et en valeurs au prix desquels ce progrès ait été acheté. C'EST LA JUSTEMENT SON MERITE."
>
> (Marx, Capital livre III)

Oui, c'est là justement son mérite en tant que scientifique étudiant les faits et rien que les faits. Notre mérite, en tant que force vivante et agissante, sera d'anihiler les causes qui produisent ces faits si justement décrits. Ces faits, aussi durs soient-ils, nous ne les nions pas, nous voulons les combattre. C'est en les combattant que nous cessons d'être une vulgaire marchandise qui ne se distingue du blé et du coton que par sa capacité à ajouter de la valeur à la valeur déjà existante. Pour le reste, il n'y a pas de différence. Exactement comme la valeur de toute marchandise, la valeur de la force de travail est déterminée en moyenne par la quantité de travail nécessaire à sa production. Sous le régime du salariat comme les différentes sortes de travail ont des valeurs différentes, elles doivent nécessairement avoir des prix différents sur le marché du travail. Réclamer une rémunération égale ou même juste sous le régime capitaliste, c'est réclamer la liberté sur la base du système de l'esclavage.

Pour aussi cru que cela puisse paraître, il faut voir la réalité en face pour être à même de prendre le taureau par les cornes.

D'autre part, l'exploitation de l'homme par l'homme sous la domination salariale est beaucoup plus perfide que sous l'emprise des systèmes antérieurs. En effet dans un cas (celui de l'exploitation capitaliste) le travail non payé paraît être fourni volontairement puisque les parties payées et non payées du travail sont inséparablement entremêlées, et dans l'autre (cas du servage par exemple) arraché par la contrainte. Cette partie non payée du travail est ce que l'on appelle la plus-value, valeur indispensable au capital pour son accumulation. Sans elle il ne peut vivre.

Cette forme d'exploitation est l'aboutissement de l'évolution par secousses successives de l'humanité jusqu'à nos jours. Elle domine intégralement la surface du globe de l'émisphère nord à l'hémisphère sud, sous Castro comme sous Deng Chiao Ping, sous pinochet comme sous Mitterrand, au moment même où toutes les conditions objectives sont réunies pour abolir frontières, Etat et classes sociales. De là provient sa décadence et sa barbarie qui accentuent à l'extrême ce qu'initialement elle contenait d'anti-humain.

Le prolétariat quant à lui de par sa place dans les rapports de production, a tendance à agir en tant que force antithétique face au capital. Mais sa conscience révolutionnaire de classe ne s'affirme pas de façon linéaire et progressivement ascendante. Victoires et défaites jalonnent le chemin de son émancipation. Malheureusement, la défaite qu'il a subit lors de sa première et unique vague internationale de lutte (1917-37), a corrompu l'essence même de son combat classite. Cette défaite a comme catalyseur le rouleau compresseur que le stalinisme comme élément plus conscient et décidé a employé contre la subversion de la société marchande. S'ajoute comme facteur anti-prolétarien, le rouage désormais indispensable au capital qu'est le syndicalisme, plus apte encore, quelle que soit sa tendance, à s'immiscer là où le combat de classe pourrait s'affirmer plus vigoureusement.

C'est entre la Russie dite socialiste et le syndicat "préoccupé" du beefteack de l'ouvrier, que les prolétaires ont, mis à part quelques escapades dont nous devons tirer profit, été pressurés afin qu'ils ne se manifestent pas en tant que classe sociale consciente.

Le mythe russe s'effondre chaque jour un peu plus. Les syndicats qui jouent toujours activement leur rôle, se plaignent des désertions en leur sain. Les luttes défensives d'un prolétariat acculé par les restructurations se situent, avec ou sans débordement de la structure syndicale, généralement sur le terrain et la logique capitalistes. Quant aux révolutionnaires organisés, ils tiennent dans un mouchoir de poche et sont souvent plus préoccupés de façonner des grandes envolées lyriques et générales sur l'inéluctabilité de la remontée des luttes, que de se mouiller, dans la mesure de leur force, dans tous les aspects de la lutte de classe (organisation, contenu des revendications, anti-syndicalisme pratique...)

En tant que prolétaires révolutionnaires nous devons intervenir à tous les niveaux possibles relativement à la situation, sans attendre que l'ensemble du prolétariat en lutte comprenne ce que nous avons déjà compris. C'est dans ce sens que nous réaffirmons ici même les bases énoncées dans notre "pour un second manifeste communiste" ainsi que l'orientation générale des "tâches de notre époque" qui en découle. Notre combat doit, aujourd'hui plus que jamais, s'attaquer au fondement même de l'esclavage moderne, le travail salarié. "Abolition du travail salarié" est un mot d'ordre révolutionnaire et même le mot d'ordre révolutionnaire par excellence. Mais avant tout, il est une compilation de perspectives d'actions proprement révolutionnaires qui doivent être comprises, même confusément, par ceux qui doivent s'émanciper du travail aliéné. Ces perspectives d'actions inextricablement liées entre elles touchent tous les aspects de la société actuelle ; le politique, l'économique, l'organisationnel, le social.

Pour survivre, le capitalisme lutte par tous les moyens contre notre constitution en classe indépendante pour profiter pleinement de la plus-value nécessaire à son besoin constant d'accumulation. Pour casser cette accumulation et rendre effective l'union grandissante des prolétaires, nous devons intervenir activement :

- pour la réduction radicale de la journée de travail et de son intensité, ainsi que pour l'augmentation massive du salaire réel.
- contre l'appendice capitaliste qu'est le syndicat par l'organisation indépendante de classe
- Contre l'économie capitaliste privée, étatique, nationale et supra nationale.

Comme il ne peut s'agir en aucun cas d'améliorer ou de développer l'économie fondée sur le "capital-salariat" mais d'en finir avec elle, il est indispensable de lier les perspectives d'actions sans solution de continuité aux mesures suprêmes de la révolution prolétarienne mondiale réalisables qu'avec la dictature révolutionnaire du prolétariat.

Mais de ces orientations générales de lutte il en est une qui est trop souvent laissée pour compte, y compris parmi les révolutionnaires qui ne se contentent pas de déblatérer trois ou quatre crédos du programme communiste, laissant la spontaneité des masses se démêner dans les fonds boueux de la lutte quotidienne ; c'est de la hierarchie dont nous voulons parler.

Prise dans son ensemble, en général, la classe prolétarienne d'un point de vue capitaliste perçoit plus ou moins le prix de sa valeur marchande estimée en argent. Mais n'oublions pas le célèbre adage "diviser pour règner", et constatons la hierarchisation incroyable qui existe au sein même du prolétariat ; hierarchie fomentée et défendue par ceux là même qui prétendent le défendre, le syndicat principalement. De ces miettes obtenues par abdication individuelle ou collective des éléments sociologiquement constitutifs de notre classe, nous n'en voulons point. Ces éléments nous devons les dénoncer et les combattre de la même manière que les jaunes lors des grèves. Le prolétariat a beaucoup plus besoin "de son courage, de son respect de soi, de sa fierté, et de son goût de l'indépendance que de son pain". Surtout lorsque ce pain est obtenu par trahison à sa classe. Cette hierarchie, nous devons la combattre là où nous nous trouvons et dans tous les mouvements si nous voulons effectivement contribuer à l'union grandissante du prolétariat en vue de la subversion communiste de la société.

Mais voilà, il est souvent plus facile de parler abstraitement de la société future que d'impulser ce qui devrait être le b.a. ba de tout communiste dans la pratique. D'autre part le refus de la hierarchisation dans notre classe doit constituer la base du refus de la hierarchisation en général. C'est avec un mouvement uni et solidaire que nous ferons éclater en mille morceaux le capital et sa logique. Cette perspective d'action et sa mise en pratique constitue de plus une garantie supplémentaire contre tous les risques de dégénérescence de la future révolution communiste. De même que c'est en s'organisant qu'il apprend à s'organiser, c'est en luttant contre toutes les divisions en son sein que le prolétariat apprend l'union fraternelle de classe. C'est à cette tâche que nous nous attelons depuis toujours. C'est à cette tâche qu'il faut s'atteler.

Cet apprentissage par la lutte de classe est fondamentale pour qu'abolition du salariat ne soit pas qu'une belle phrase inscrite sur quelques murs, et pour que la suppression de la division du travail ainsi que les classes sociales elles-mêmes soient un jour réalité. C'est l'édifice tel qu'il est actuellement que nous devons abattre pour que l'ensemble de l'humanité puisse bénéficier de ses énormes possibilités, et que les capacités individuelles et collectives puissent profiter à l'ensemble de l'espèce sans différenciation sociale aucune.
