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Title: Unité de classe contre les divisions capitalistes !
Description: A partir de Convergence 84, l'article critique l'antiracisme et les « mini-idéologies » qui fragmentent le prolétariat, ainsi que les mouvements de libération nationale (Afrique du Sud, Nouvelle-Calédonie), et appelle à l'organisation révolutionnaire contre l'exploitation.
Date: 01/10/1984
Category: Alarme n.º 26
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1984-10-unite-de-classe-contre-les-divisions-capitalistes
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*Alarme*, n° 26, octobre-novembre-décembre 1984 (p. 8-11). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n26.pdf)

"Convergence 84 a renouvellé, un an après, la "marche des beurs" sur Paris. Le durcissement de la gauche "fraternelle" contre la fraction immigrée du prolétariat en France (contrôles policiers, question des regrouppements familiaux, etc) se compense ici par une récupération de grand style. Syndicats, partis, ligues ; LICRA, MRAP, gauchistes, antiracistes, P"C", P"S", CGT, CFDT, tout le gratin était là, indigné contre le racisme, pour que les immigrés se sentent bien en France, "terre d'accueil et d'asile".

Pour ces dignes practiciens du bulldozer, expulseurs et policiers, tous ceux qui vivent en France ont droit à la dignité et peut-être à la citoyenneté.

Mais de *quelle dignité*, de *quelle citoyenneté* s'agit-il ?

De celle du travailleur, abruti par ce travail dont il a trop et dont le manque réduit le chômeur à la mendicité ? De celle de l'électeur, dindon permanent de la farce électorale, période digne du jour des fous, où les esclaves croient devenir maîtres une fois par an ?

Rouleurs comme marcheurs, ils veulent en finir avec le racisme, ce sursaut abject du misérable contre un misérable sur lequel il peut enfin taper parcequ'il est étranger. Mais la misère et les frontières ne séparent pas les défenseurs de l'ordre établi, quelquesoit leur race, sexe, âge ou parti. Alors que justement, les *prolétaires sont séparés en races, mais aussi en sexes, âges, qualifications, hiérarchies, situation face à l'emploi*, etc... Ils sont séparés en une multitude de catégories antagoniques qui ne sont que des fractions concurrentes sur le marché du travail.

Le fait d'être séparés en couches antagoniques signifie en fait que les individus (prétenduement indivisibles) sont eux-mêmes séparés en plusieurs êtres distincts, comme un saucisson finement coupé en tranches, que l'on fait tenir par une enveloppe d'aluminium. En effet, l'individu commence par être un prolétaire, productif ou non, et sa vie est divisée en deux grands moments : le travail et le non-travail (il convient d'être prudent avec les mots loisirs, repos, etc). Le moment travail est celui où il échange sa force de travail contre une valeur lui permettant de la reconstituer. La quantité de force de travail activée crée plus que la valeur de sa reconstitution. Ce supplément est la plus-value, la richesse du capital. Plus le travail est productif, moins il faut de temps pour produire l'équivalent nécessaire (le salaire) à la reproduction de la force du travailleur, plus ce dernier crée de valeur supplémentaire dans le même temps, plus il est exploité.

Aliénant son existence à la force qui vent bien la prendre, il est coupé du produit de son travail, privé des instruments de production et finalement séparé de cet autre, *l'être vivant* qu'il pourrait être.

Divisé par et dans l'activité essentielle à sa survie, l'individu n'en retrouve pas pour autant l'intégrité de son être hors de la sphère "travail". Au contraire, à ses besoins multiples, découlant de la richesse de sa personnalité et de la société, ne correspondent pas des relations et activités librement réalisées, mais des moments de vie figés en catégories qui s'autonomisent, brisent toute unité de la vie individuelle, l'émiettent et forment de fausses unités collectives.

Ainsi le sentiment d'être femme, hors des relations patriarcales, devient féminisme, aimer la forêt devient écologisme, parler une langue dialectale, non nationale, devient régionalisme, nationalisme, ne pas hiérarchiser les hommes selon leur couleur ou nationalité devient antiracisme, l'horreur de la guerre devient pacifisme, l'indignation devant la faim devient tiers mondisme, etc...

Toutes ces communautés, auquelles on peut appartenir successivement ou simultanément, masquent l'absence totale de vie collective à titre humain (le communisme) car masquent le fondement de la vie présente : l'exploitation, l'échange marchand, la loi de la valeur. Toutes ces mini-idéologies découlent de la principale déformation de ce qu'est le communisme, à savoir, elles ne peuvent apparaître que dans et par l'effritement du stalinisme, c'est-à-dire qu'elles sont un produit de l'échec de la révolution et de l'absence présente de perspective communiste claire.

L'anti-racisme, en cherchant primordialement à construire une communauté humaine sans considération pour les relations sociales déjà existantes, ne fait que permettre leur perpétuation. Qui pis est, en réduisant les problèmes de classe à des questions de races, de droits de l'homme et de convivialité inter-classistes, il s'oppose directement à la constitution en classe des prolétaires.

Son impact est particulièrement net aux USA dans les années 60-70 ou aujourd'hui en Afrique du Sud, où depuis une dizaine d'années, les prolétaires, lycéens ou ouvriers, chômeurs ou mineurs, s'affrontent en grèves, émeutes, etc... à leurs conditions d'exploités, face à une répression et une organisation sociale particulièrement odieuses. Mais conjointement à l'amplification de leur mouvement, ce n'est pas une organisation prolétarienne qui se développe, l'organisation syndicale et cléricale des prolétaires. Malgré la volonté inconsciente du communisme qui sourd dans chaque mêlée où les prolétaires se battent, le but consciemment et clairement indiqué, l'encadrement idéologique et la pratique quotidienne, contribuent et réussissent jusqu'à présent, à imposer une alternative pour et dans ce système, et à étouffer une alternative communiste.

L'octroi du prix Nobel de la paix à un évêque noir d'Afrique du Sud, est un symptome précurseur de ce qui risque d'arriver là-bas si les prolétaires ne se débarassent pas de cette influence néfaste. Après le départ des "racistes blancs", il y aura la république anti-raciste où les prolétaires noirs seront démocratiquement exploités. Il suffit de jetter un oeil sur le Zaïre pour voire que l'exploitation anti-raciste ne convient pas plus aux prolétaires que la précédente, une fois passée l'euphorie de la "libération". Quant à l'indépendance et la dignité nationales, l'Agola et la Rhodesie-Zimbabwé sont les vivantes réalisations des victoires du peuple noir" libéré de tout sauf du salariat. Pas plus que l'argent n'a d'odeur, le capital n'a de couleur !

L'insistance toute particulière que les gouvernemtns occidentaux ou orientaux mettent à condamner le régime d'"Apartheid" s'explique par le caractère particulièrement violent de la domination du capital. Il sert d'alibi, de repoussoir : "regardez comme c'est terrible là-bas et fermez-la !" "Soutenez la juste lutte démocratique et anti-raciste en Afrique du Sud et sachez consommer et apprécier avec modération les misérables miettes des pays libres".

La reconnaissance des leaders religieux ou syndicalistes à l'échelle internationale représente une caution et un exemple à montrer pour les dirigeants qui "éduquent" ainsi "leurs" prolétaires "libres" en même temps que ceux d'Afrique du Sud ou de tout autre pays dans le même cas (Pologne).

C'est la garantie du soutien d'autres nations intéressées à un changement d'équipe gouvernante, et la menace sous-jacente d'hostilités si tout ne se passe pas dans les limites démocratiques fixées et reconnues internationalement.

C'est ce processus qui se déroule dans tout mouvement de libération nationale, et qui prend des proportions d'autant plus importantes que la nation en question est potentiellement riche.

Le fait que les luttes de "libération nationale" se déroulent dans d'anciennes colonies dont la possession était entre autre, justifiée par une idéologie raciste fondée sur un discours scientifique, complique ces processus superficiellement, mais sans altérer leur mécanisme fondamental. Le but est la gestion des richesses du territoire par une couche capitaliste autochtone, au nom de la liberté bafouée par les colons et pour l'égalité, la dignité et la citoyenneté de tous ceux qui ont souffert de l'injustice...

Ainsi en est-il de la Nouvell-Calédonie, où les bureaucrates du FLNKS appellent les prolétaires, essentiellement ruraux, à combattre pour "la Nouvelle-Calédonie aux Néo-Calédoniens", "l'identité Néo-Calédonienne" et autres foutaises : les prolétaires étant dépossédés de tout, ils ne possèdent ni patrie, ni identité autre que celle de l'exploitation.

Le programme de tous ces mouvements, de Convergence 84 à la Nouvelle-Calédonie en passant par l'Afrique du Sud, copie *au mieux* celui des révolutions bourgeoises des XVI°, XVII°, XVIII° siècles. L'organisation, elle, est syndicale, voire stalinienne. A tous les titres, dans leurs buts comme dans leurs moyens, ces mouvements sont réactionnaires et s'opposent à la constitution en classe du prolétariat et donc à la révolution.

Leur caractère antiprolétarien provient d'abord du décalage entre leur contenu capitaliste et leur réalité pratique, où ce sont des prolétaires qui se mobilisent pour ces objectifs et ne font ainsi que construire des armes pour leurs adversaires sans s'ouvrir de perspective propre, du fait de l'assujettissement de toutes les couches capitalistes "nationales" à un bloc, à un impérialisme ou à autre.

Mais le plus important, c'est que justement il y ait cette absence de perspectives propres au prolétariat, c'est-à-dire absence d'organisation et donc de mémoire consciente et agissante de la classe. Cela ne peut se comprendre si l'on ne conçoit pas la profondeur de la contre-révolution mondiale à partir de la Russie, contre-révolution qui brise l'assaut mondial du prolétariat contre le vieux monde, qui donne les preuves de la maturité puis de la sénilité de ce dernier au début du siècle ; preuve complétée par la réalisation du marché mondial et de la guerre (14-18). En brisant toutes les entraves locales des anciens régimes, le capitalisme a créé son irréductible antagoniste, le prolétariat international et les conditions de la subversion complète de ce monde. Entre ces conditions objectives du communisme et la survivance d'un système qui ne développe plus aucun devenir pour l'humanité, il y a un décalage qui constitue la décadence dont la source remonte à l'échec de la révolution mondiale (1917-1937) et dont le verrou est la contre-révolution stalinienne, moteur et fosse septique de la gigantesque *réaction* que constitue ce système.

C'est à cette source que puisent tous les mouvements qui posent partiellement ou qui déforment la question de l'exploitation. Or quelquesoit sa situation, immigré, colonisé, métropolitain, "ségrégé", etc, un prolétaire est un esclave salarié qui ne peut résoudre dans le cadre de ce système son problème fondamental : celui de l'exploitation.

Et si l'apréhension, l'exposition et la résolution du problème ne peuvent pas se faire dans les cadres capitalistes (nationalistes, staliniens, syndicalistes, cléricaux et autres idéologies qui en découlent) mais en-dehors et contre eux, on ne peut pour autant s'en remettre à la spontanéité de la révolution, bien que spontanément (ce qui diffère radicalement d'"obligatoirement") par sa situation dans les rapports sociaux, le prolétaire soit amené à la révolte.

Contrairement à la période antérieure à la décadence, l'organisation du prolétariat ne surgit pas spontanément de la société, à cause de sa destruction mondiale et massive au cours de la première moitié de ce siècle. Ainsi les infimes minorités révolutionnaires ne voient-elles pas leur rôle diminuer devant "une organisation grandissante des travailleurs" mais croître face à la désorientation individuelle des prolétaires révoltés, dupés, bafoués et vaincus en ordre dispersé. L'organisation est aujourd'hui devenue la priorité, la condition sine qua non de l'irruption victorieuse de la classe révolutionnaire. C'est dire si l'intervention des révolutionnaires *déjà* organisés se doit d'être tranchante et doit poser une alternative communiste aux problèmes que pose le Capital, sur tous les plans et particulièrement sur celui de l'attaque du capital lui-même, de la plus-value, pierre d'achoppement de la lutte immédiate dans la perspective de la transformation radicale de la société.

Cela signifie que l'intervention doit peser *qualitativement* sur les luttes, en n'appelant non pas tant à la violence ou à l'extension du mouvement qu'en définissant et indiquant son contenu, ses buts.

Dès aujourd'hui, il faut refuser les licenciements, les expulsions, les accroissements d'horaire, d'intensité de travail, les diminutions de prestations chômage et santé ; il faut proclamer haut et fort que *l'insécurité, c'est celle de celui qui n'a rien face à la propriété privée et la police*, que le racisme ne se résolvera pas par l'égalité des droits (au contraire) mais par la lutte commune pour des objectifs anti-capitalistes (eh oui ! et on n'ira pas pleurer pour le soutien des syndicats), etc.

Le mouvement des mineurs britanniques nous rappelle que la violence n'est rien, contre la police, tant qu'elle n'est pas dirigée *d'abord* contre les syndicats et partis *législatifs* qui doivent être expropriés (locaux, imprimeries, moyens de transport,...) comme partie de l'Etat capitaliste. Mais cet aspect du mouvement, la lutte pour le pouvoir, ne signifie rien si la moindre parcelle de pouvoir prolétarien ne s'attache pas à dissoudre et briser les liens sociaux capitalistes, en imposant le travail pour tous et donc le droit à la paresse, c'est-à-dire la diminution massive des heures ouvrables proportionnellement au nombre de travailleurs et aux nouveaux moyens techniques. A l'expropriation des moyens de production correspond celle des logements, la distribution des produits, la refonte de l'urbanisme, en préfiguration de la suppression de l'antagonisme ville-campagne, la reprise des moyens de communication afin d'appeler les prolétaires du monde entier à s'unir et à lutter contre leur exploitation, contre "leur" nation, à centraliser leurs réalisations dont l'exemple suscitera de nouveaux enthousiasmes révolutionnaires, non pas tant par la prise du pouvoir que par la nature et les réalisations de ce pouvoir dont le principe directeur est l'abolition du salariat : à chacun selon ses besoins.
