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Title: Angleterre : fin d'une agonie
Description: Bilan de la défaite de la grève des mineurs britanniques : faiblesse de la conscience de classe, carcan syndical, rôle des trotskistes, et revendications capables d'unir le prolétariat contre le capital.
Date: 01/01/1985
Category: Alarme n.º 27
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1985-01-angleterre-fin-d-une-agonie
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*Alarme*, n° 27, janvier-février-mars 1985 (p. 15-16). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n27.pdf)

La défaite des mineurs britaniques après un an d'une grève moribonde appelle plusieurs commentaires.

Dans le numéro précédent de ALARME, l'analyse que nous développions posait clairement l'alternative qui s'offrait aux grévistes et, par delà eux, à la classe ouvrière dans son ensemble. Aujourd'hui que la tendance à la reprise est irréversible, qu'elle confirme confirme la faiblesse des groupes révolutionnaires et du prolétariat, la lutte de classe en Grande-Bretagne subira la démoralisation propre à tout mouvement vaincu de l'intérieur renforçant du coup le pouvoir de la classe capitaliste.

Malgré la vision économiciste et catastrophiste de certains groupes, la lutte de classe, l'affrontement prolétariat classe capitaliste tourne incontestablement à l'avantage du capital par le biais justement des restructurations économiques mises en oeuvre. La classe ouvrière semble aux abois, dénuée de perspectives, prête à beaucoup accepter (réduction de salaire, chômage technique, baisse du pouvoir d'achat, surexploitation, politique d'austérité etc...) pour assurer la survie de ses membres, assurer la défense inconditionnelle du travail salarié. La résignation et l'apathie qu'elle manifeste de nos jours creusent d'avantage encore le lit de ses nombreuses défaites. Au travers de toutes ces luttes sporadiques, même si elles se situaient sur une base radicalisée et spontanée, les actions n'en étaient pas moins le minimum à mettre en oeuvre pour ne pas sombrer dans le complet écrasement idéologique, économique, social et politique du capital. La lutte de classe est inhérente à celui-ci. C'est dire que le prolétariat est contraint par sa position dans le rapport social capital-salariat à la revendication. Mais cela ne signifie pas que ces luttes se situent sur un terrain de classe ou qu'elles sont le fruit de la maturité de sa conscience. La grève des mineurs britaniques, des services publics belge en 1983, de Longwy ou des dockers de Rotterdam, en ont fait la démonstration. Sans dénier à ces mouvements leur détermination, leur refus de céder à l'Etat et son économie nationale, il faut tout de même les situer à leur juste niveau.

- L'incapacité à briser le carcan syndical, de promouvoir une auto-organisation de classe contre celui-ci,
- L'isolement des secteurs qui rentrent en lutte,
- La soumission au corporatisme, à la défense d'intérêts spécifiques,
- L'absence de solidarité active du prolétariat national et international sont les traits dominants des luttes éclatées qui animent le climat social actuel.

Quoi qu'on en puisse penser, la généralisation et l'expansion des conflits ne se limitent pas à un voeux pieux ou incantatoire. Pour les révolutionnaires, les tâches politiques et sociales soivent absolument être mises en avant. Elles sont le ciment capable d'unir par la pratique les prolétaires radicalisés au reste de la classe.

- Refuser les licenciements, non pas parce que tel ou tel secteur peut être rentabilisé sans licenciements et pour les bienfaits de l'économie capitaliste, mais parce que le travail salarié constitue l'unique ressource pour assurer la survie du prolétaire.
- Indissociable de ce refus l'exigence de la diminution du temps de travail et de l'accroissement des salaires réels.
- Réappropriation et distribution du produit du travail à l'ensemble du prolétariat.
- Droit au travail pour tous, c'est-à-dire généraliser la répartition de celui-ci à toutes les franges de prolétaires exclues non du processus économique capitaliste mais du processus de jouissance sociale de la production.

Toutes ces revendications qui constituent une orientation minimale n'est pas un programme, c'est une attaque frontale contre l'idéologie stalino-capitaliste de rentabilisation de la force de travail ; elle marque la régression de l'exploitation et de la plus-value extorquée aux prolétaires.

"Ventre affamé n'a pas d'oreil" dit l'adage et en cette période de "crise économique" cette maxime pourrait prendre l'allure d'un faire-part.

Pour le prolétariat international, l'agression économique qu'il subit est un reflet de sa faiblesse idéologique. 60 années de contre-révolution stalinienne, de nationalisme béat, d'atomisation, de répression meurtrière ont rouillé le ressort de l'internationalisme prolétarien et du défaitisme révolutionnaire. De plus si l'échec actuel des différentes luttes qu'encadrent les syndicats et la classe politique capitaliste est si fort, le prolétariat lui-même en prote aussi la responsabilité. Sa spontaneité n'exclut pas l'arriération de sa conscience declasse. De la sympathie à la réelle solidarité, à la conscience d'une comunauté d'intérêts subversive il y a un gouffre tout comme il en existe un entre l'avant-garde révolutionnaire et le mouvement trotskiste, fossoyeur de la lutte du prolétariat en fidèle chien de garde du stalinisme. La grève des mineurs britaniques à illustrer une nouvelle fois la subordination des trotskistes à l'ordre capitaliste. La seule alternative réelle qu'ils mirent en avant était ... la chute du gouvernement Thatcher et l'avènement des travaillistes au pouvoir. En fait c'était fourvoyer les prolétaires en lutte sur le terrain vaseux de la démocratie ! De plus en confinant l'appel à la solidarité de classe à une supplique au TUC ils ont castré les mineurs dans leur détermination et leur besoin d'extension pratique du mouvement.

Pour terminer, il nous parait opportun de réaffirmer une vérité que beaucoup omettent embarqués dans leurs calculs savants sur la crise économique du capital : au travers de la vague révolutionnaire 17-37, la classe ouvrière internationale a montré la possibilité d'en finir avec la société de classe, montrant par là-même que le communisme et lui seul était à l'ordre du jour. Le propre des militants révolutionnaires n'est pas de chercher dans un bréviaire quelconque la recette rédemptrice du diable capitaliste, mais au contraire de mettre en évidence le rapport social capital-salariat. Son antagonisme mortel se situe non dans le fonctionnement économique défectueux de la société marchande, mais dans celui essentiel prolétariat-classe capitaliste. La société sans classes sera le produit d'une classe consciente de son rôle historique et non le produit de ventres que l'on continuera à vider et à remplir par la sonde salariale.
