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Title: Vous avez dit concret ? Révolution sociale !
Description: Contre les remèdes partiels et les tactiques immédiatistes, le communisme comme combat de classe pour supprimer l'exploitation et se réapproprier le sur-travail social, selon le programme des « tâches de notre époque ».
Date: 01/04/1985
Category: Alarme n.º 28
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1985-04-vous-avez-dit-concret-revolution-sociale
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*Alarme*, n° 28, avril-mai-juin 1985 (p. 13-15). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n28.pdf)

Il est rare de rencontrer un individu qui soit satisfait de sa vie ou plutôt de la vie qu'il subit pour exprimer un sentiment plus général. Nous — qu'on nous excuse d'anticiper — parlerions plus de sa survie. Même s'il n'a pas conscience à chaque instant de la dégénérescence et des cataclysmes, tel que la guerre mondiale, qui menacent l'humanité, il ne cesse pas en toute occasion d'incriminer parfois jusqu'au ridicule la Vie, le Monde, les hommes et pourquoi pas la Météo...

Il n'est pas rare non plus de le voire osciller entre un comportement désespéré et un amour quasi religieux de sa condition au gré des tourmentes d'un société dont les rapports sociaux marchands dominent totalement les hommes. Il ne manque pas d'escroqs reconnus et reconnaissables à l'instar des spécialistes de la vie en société (des non-parvenus à l'affut préfèrent l'expression de vie communautaire voire "communiste") avec leurs valises de projets ou des contre-projets pour exploiter cette situation afin de s'offrir une position sinon prestigieuse, au moins confortable au sein d'une société violente, injuste et contraignante. Nous n'insisterons pas plus car face au "mal de vivre" qui fait jacasser la terre entière, nous n'avons aucun paradis à promettre, nous n'en possédons ni les moyens ni le désir.

Notre parti pris est aussi évident que notre volonté consciente de rompre avec les états d'âme, les méthodes de penser et les prétendus moyens d'action que nous impose, par les médias, la société capitaliste dont la caractéristique essentielle et la survie comme forme de société demeurent l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est, il faut le souligner, cette société qui domine de l'Ethiopie au Japon en passant par la Russie, qui domine mondialement". En effet, où que l'on soit, aucune survie n'est possible sans le commerce de la force de travail. Par conséquent aucun "mal" particulier, aucune conséquence de ce système contraignant (ci-joint la liste habituelle et non restrictive : le massacre des hommes et de la nature, la condition féminine, la faim, le chômage, le racisme...) sinon tous à la fois, ne s'imposent immédiatement comme une priorité en soi, encore moins comme le prétendent les gauchistes, une étape à franchir dans les cadres du système pour susciter une soit-disant "prise de conscience".

Soit dit en passant, cette conscience n'est absolument pas une action pratique mais un ensemble de voeux pieux, une idéalisation schématique et religieuse de l'homme faisant abstraction des conditions sociales. Pour insufler cette conscience, ou pour en opérer la prise, avec toute la mentalité doctorale, méprisante que cela suppose, il faudrait vouloir et pouvoir dominer des rapports sociaux reposant sur la pire injustice et la pire inconscience : l'exploitation de l'homme par l'homme encore une fois ! Nous n'insisterons jamais assez sur ce point car il constitue la rupture fondamentale par laquelle commence le communisme. En effet le communisme est un combat pour supprimer la racine de toute les oppressions, la division de l'humanité en classes. Ce n'est certainement pas une vision idyllique et bornée de n'importe quel individu broyé par le capitalisme, justifiant sa passivité ou ses compromis avec la réalité du système par la passivité générale toutes classes confondues ou par l'incapacité temporaire de la classe ouvrière. Dès lors on comprend pourquoi et dans quelle mesure le communisme est avant tout un combat de classe.

C'est celui du prolétariat contraint d'augmenter sans cesse une richesse sociale qui s'étale devant lui comme un objet de culte c'est-à dire globalement intouchable. Celui du prolétariat contraint de vendre sa force de travail pour faire survivre le système d'exploitation et sa condition de classe opprimée. Celui du prolétariat dépourvu socialement de toutes possibilités de se cultiver y compris et surtout du point de vue révolutionnaire (ce qui explique en partie son imperméabilité au tacticisme gauchisant pour lequel il n'existe que comme pâte à modeler). C'est cette condition qui l'empêche de savoir et de remettre en cause de façon générale et pratique telle ou telle oppression particulière. Il ne peut nier l'inhumanité du système sans nier sa propre condition et par là la source de toutes les oppressions. Autant de raisons matérielles pour que le prolétariat révolutionnaire veuille cesser préalablement d'être une classe exploitée, et non demeurer un troupeau d'esclaves anti-racistes, amoureux des paquerettes ou, quel comble, réclamant le droit au travail sans aucune considération de classe, c'est-à dire de communauté d'intérêt telle que nous l'avons définie précedemment.

Il n'est pas besoin de sortir de Saint-Cyr ni même d'être un révolutionnaire professionnel pour finalement comprendre que la classe ouvrière ne doit pas être nécessairement moins mais plus du tout exploitée et que cela signifie un ensemble de mesures pratiques à réaliser afin d'affaiblir puis dans la foulée, de détruire de capitalisme. C'est de cette nécessité et de cette volonté dont dépendent à la fois l'indispensable Unité de Classe Internationale ainsi que la non moins indispensable Dictature de classe.

D'aucuns, sociologues promus révolutionnaires par l'affirmation d'un nouveau "mode de vie" de même que leurs équivalents jésuitiques, apôtres de la révolution politique préalable, nous accuserons de rester dans les limbes de la Théorie marxiste (notez au passage leur savoir ou leur référence "incontestable" !). Il est toutefois bon de noter que l'un et l'autre, du haut de leurs chaires, repoussent le communisme à la fin des temps ou veulent l'accomplir de façon magique. Il est par contre obligatoire de préciser que l'un et l'autre négligent ou refusent de combattre pied à pied les efforts de la contre-révolution stalinienne (ses résidus gauchistes et syndicalistes compris) pour occulter la dynamique sociale du capitalisme et pour empêcher conséquemment toute révolution sociale.

C'est donc à la fois le but et les moyens de celle-ci que nous devons réaffirmer avec force. Il est commun d'admettre que le prolétariat produit plus qu'il ne consomme, limité en cela par son salaire et qu'il dégage un sur-travail social assimilable, dans le système du salariat, à de la plus-value. Certains vont jusqu'à admettre que le salaire équivaut à la reproduction de la force de travail. Notre intransigeance vis-à-vis des généreux esprits stoppant leurs concessions à cette remise en cause latente pour lui préférer les "avantages" concrets des tactiques immédiatistes, concerne précisément cette reproduction.

En effet les conditions de celle-ci, c'est à dire la situation matérielle de la classe sont soumises à des conditions techniques données obtenues par la transformation d'une partie de la plus-value déjà extraite. Compte tenu de la concurrence internationale et des capacités productives de la technologie la plus avancée, il est évident que les capitalistes ou capitalismes nationaux, propriétaires des instruments de production, non seulement accaparent mais orientent prioritairement la plus-value vers la constitution d'une technologie de plus en plus sophistiquée et abrutissante au détriment des moyens de subsistance de la classe ouvrière. Puisque le but de la révolution sociale est de mettre les moyens de production au service de l'humanité sans distinction de race, sexe, etc, le prolétariat compris comme une classe internationale et révolutionnaire doit, sans plus attendre, "adopter un programme de revendications (de mesures pratiques) qui concordent avec les possibilités maxima de la technique et de la culture moderne mises au service de l'humanité" (*Pour un second manifeste communiste*) afin de se réapproprier le sur-travail social utilisé sous forme de plus-value par les capitalistes, contre le développement de la société.

C'est dans cet esprit que le F.O.R a adopté un programme révolutionnaire condensé dans les "tâches de notre époque" (*Pour un second manifeste communiste*) qu'il soumet au jugement et à la volonté concrète du prolétariat révolutionnaire d'en finir une fois pour toute avec la situation matérielle que lui réserve le capitalisme décadent.
