---
Title: Haïti-Philippines : quoi de neuf ?
Description: La chute de Duvalier et de Marcos, orchestrée par les fractions capitalistes nationales et internationales, remplace la dictature par une démocratie qui garantit la même exploitation.
Date: 01/01/1986
Category: Alarme n.º 31-32
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1986-01-haiti-philippines-quoi-de-neuf
---


*Alarme*, n° 31-32, 1er semestre 1986 (p. 28-29). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n31-32.pdf)

Deux dictateurs, Marcos et Duvalier ont pris, avec quelques jours d'intervalle le chemin de l'exile doré. Il semblerait que pour la maison blanche, et pour tous les démocrates, les dictatures ne sont plus à la mode. Elles font vieillotes et impopulaires.

En Haiti, le départ en douceur de "baby Doc" a provoqué le déchaînement de toute la population, qui après 28 ans de dictature en a profité, ne serait-ce que pour quelques jours, pour faire sa propre justice en s'en prenant surtout aux tontons Macous, qui après l'arrivée au pouvoir de Papa Doc, faisaient régner la terreur. Ils avaient tous les droits. Mais le renversement de la dynastie Duvalier s'est réalisé avant tout grâce à l'accord des USA, et d'une fraction plus intelligente du capital national, qui considéraient que le contraste mal dissimulé entre le faste de la famille Duvalier et de ses acolites, et la misère grandissante en Haiti était trop grande. Cette situation jugée dangereuse pouvait provoquer un mécontentement incontrolable de la population ; il fallait donc agir et se débarrasser de ce dictateur encombrant et sans utilité aucune pour le maintien de la paix sociale.

Quant aux Philippines, le départ de Marcos a été également relativement facile, d'autant plus que la succession était déjà prévue depuis des mois. En effet, Cory Aquino, semblait depuis le début faire l'affaire : femme de son mari martyr, catholique pratiquante (Cory priez pour nous était la devise de sa campagne électorale), elle était issue d'une famille bourgeoise honorable. Cette femme est l'image parfaite de la crapule démocrate d'après dictature. Sans la participation active d'un secteur de l'armée et de l'église, ce renversement de situation n'aurait pas été possible.

Avec 26 milliards de dollars de dette extérieure, lâché par les banques et par le monde des affaires, devenu terriblement impopulaire, Marcos n'obéissait plus aux normes du capitalisme international. Mais que ces deux dictateurs déchus se rassurent (ils le sont de toute façon), la maison blanche et l'Elysée leurs assureront des vieux jours heureux et tranquilles. Le principal c'est la survie du système capitaliste lui-même, peu importe jusqu'à un certain point qui aura la tâche de le diriger pour les grandes puissances qui se partagent le monde. Un grand nombre de pays qui ont été pendant des décennies sous la botte de dictatures, jouissent aujourd'hui d'une "démocratie exemplaire" (Pérou, Argentine, Espagne etc...). Ce changement de situation a été possible en partie grâce à la contre-révolution stalinienne qui, lorsqu'elle ne peut s'imposer directement elle-même, n'a semé, dans la conscience des travailleurs que des aspirations démocratiques pour détourner le prolétariat de son véritable et unique objectif actuel. La forme démocratique du capital suffit souvent pour contenir le prolétariat. A ce propos l'église a joué un rôle de premier ordre dans cette escalade démocratique perpétuant la dictature du capital sur le travail. C'est elle, avec la bénédiction du bloc capitaliste occidental, et d'un secteur du capitalisme national, qui a été à la tête de toutes les manifestations de mécontentement incapables par là-même de mettre en péril les intérêts du capitalisme national et international. Dans l'opposition on trouve aussi des groupuscules marginaux appartenant à la vieille garde maoiste qui puisent leur force dans les secteurs les plus arriérés du prolétariat, et la désintégration du prolétariat sous le vocable de peuple. Ces groupuscules d'apparence radicale mènent l'opposition à travers la guerrilla en détournant le prolétariat de ses véritables intérêts. Malgré des manifestations plus ou moins dures de la part de la population, il faut affirmer clairement que la chute de Marcos et Duvalier est surtout due aux diverses fractions capitalistes nationales et internationales dans la mesure où le prolétariat n'a pas su prendre la tête du mouvement dit populaire, en s'affirmant comme seule classe révolutionnaire. Encore une fois, et à défaut d'une alternative révolutionnaire le prolétariat a été utilisé comme masse maléable et comme chair à canon dans un conflit inter-capitaliste.

Il faut que les travailleurs de ces pays, comme partout ailleurs bien entendu, luttent contre l'illusion de liberté semée dans leurs consciences. Ils n'ont été libérés que d'une forme de domination plus brutale et plus sauvage, mais le nouveau système démocratique assure avec la même efficacité l'exploitation accrue et la misère des prolétaires. Quelle que soit la forme que le capitalisme prenne, il sera toujours l'ennemi mortel du prolétariat, d'autant que cette forme est pratiquement toujours sujète à la volonté des grandes puissances dites démocratiques ou mensongèrement socialistes. Le capitalisme est une entité mondiale malgré sa parcellisation en frontières nationales.

Aux Philippines et en Haiti l'enthousiasme populaire provoqué par le départ des dictateurs, fut mis au service des nouveaux maîtres de l'Etat, qui une fois au pouvoir ont tout fait pour étouffer une véritable riposte prolétarienne, prétextant comme toujours le danger d'un coup d'Etat qui mettrait en place un autre "méchant" dictateur. Ce sont des mensonges qui empêchent les prolétaires de mesurer leur propre force capable de bâtir une nouvelle société sans classes, ni exploitation où les noires années de répression ne seront qu'un mauvais souvenir.

Certains diront que la forme démocratique du pouvoir est nécessaire à tout changement de société, ou qu'une démocratie est préférable à une dictature. Nous disons NON. Cuba, Nicaragua, Iran suffisent pour affirmer que dans les pays dits "libérés", la misère, les inégalités, l'exploitation, la répression etc... existent toujours. Au nom de la "reconstruction nationale" les travailleurs de ces pays doivent se soumettre à des conditions de vie semblables aux pires années de l'exclavages antiques. Quelque soit le régime politique qui domine le capital derrière des frontières nationales, lorsque le prolétariat agit sur son terrain de classe il reçoit comme réponse artillerie, mitraille, repression et toute la monstruosité de la barbarie du monde capitaliste décadent contemporain.
