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Title: Bolivie : un tour de Paz-Paz anti-ouvrier
Description: La marche des mineurs d'Oruro vers La Paz en 1986, encadrée par la COB, et l'histoire de la collaboration de cette centrale syndicale avec l'Etat bolivien, des thèses de Pulacayo à la co-gestion de la COMIBOL.
Date: 01/07/1986
Category: Alarme n.º 33
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1986-07-bolivie-un-tour-de-paz-paz-anti-ouvrier
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*Alarme*, n° 33, juillet-août-septembre 1986 (p. 15, 17-18). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n33.pdf)

A l'appel syndical de la Centrale Ouvrière Bolivienne, sept mille ouvriers des mines d'étain d'Oruro se sont mis en marche "pour la paix et la vie" jusqu'à la capitale, la Paz. Le 2 septembre 86, les mineurs ont décidé de rentrer et de retourner au travail à la suite de la création d'une commission médiatrice entre la COB et le gouvernement.

Cette marche, dont le mot d'ordre est "pour la paix et la vie" est le meilleur symbole du long chemin parcouru de concert par l'Eglise, les syndicats et l'Etat. En effet, la vie pour les mineurs représente le sauvetage de l'exploitation des mines d'étain, opposé au démantèlement projeté par l'Etat. La paix présuppose le renoncement à la lutte révolutionnaire pour changer la situation de la classe exploitée, dépossédée de tout et espérant le paradis de dieu. Curés, semi-curés et syndicalistes s'évertuent à déformer les véritables causes de l'esclavage moderne du prolétariat afin de concilier et réconcilier des classes irréductiblement opposées. C'est de là que viennent ces pénitences de jeune dites grèves de la faim dans les moments de tension ces dernières années.

La COMIBOL, c'est-à-dire le complexe minier nationalisé en 1952 par le MNR, est au bord de la faillite à cause de la brutale baisse des cours mondiaux. D'après les propositions de la COB, dans la bouche de son indispensable représentant Juan Lechin, la crise peut être résolue en s'y attaquant sur deux fronts. D'une part avec la modernisation et l'investissement, d'autre part en réduisant le nombre de postes administratifs. Ces propositions que nous connaissons déjà tous, sont les habituels remèdes qu'utilise le capital pour restructurer l'économie nationale et l'imbriquer mieux dans le capitalisme mondial. Comme tout syndicat, la COB négocie avec l'Etat le taux d'exploitation de ses affiliés et de la classe dans son ensemble. Par ailleurs, comme rouage du système capitaliste, il doit se prononcer en faveur d'un plan de sauvetage de ce système et de son économie nationale, dont le corollaire est d'intensifier l'exploitation, de réduire les coûts, bref, d'être compétitif. Ainsi la fonction de la COB et des syndicats en général est de négocier la force productive du prolétariat avec le patronat ou l'Etat, et de s'opposer fondamentalement à la révolution pour éviter sa propre destruction en tant que pierre angulaire de la perpétuation du système capitaliste.

La marche des mineurs en Bolivie est un bon thermomètre de l'état actuel des luttes du prolétariat au niveau local et mondial. La première constatation que l'on peut faire, c'est que ces luttes sont encadrées et dirigées par les syndicats, ici la COB ; et la seconde, c'est que les revendications sont défensives, et que leur contenu est le simple maintien du poste de travail y compris en cas d'intensification de l'exploitation (moins de salaire, plus d'heures de travail etc...). Cette marche massive de 7000 mineurs vers la Paz n'a pu échapper à cette situation, même si en Bolivie et dans d'autres pays d'Amérique Latine les débordements contre la police sont courants. Le contenu de la marche ne change guère, même si 800 mineurs ont pu accomplir leur objectif : arriver au centre de la Paz. Ce fut une marche funèbre pour négocier un compromis déjà établi entre la COB et l'Etat. Une marche syndicale caractérisée par une défaite ouvrière.

Sans l'ombre d'un doute, la COB est en Amérique Latine l'exemple classique de la fonction des syndicats contre la révolution. Sa collaboration avec l'Etat remonte à son origine. Ainsi dès 1946, la FSTMB (plus tard au sein de la COB) a approuvé les thèses de Pulacayo présentées par le courant trotskiste. Ce texte définissait la stratégie de la COB en faveur de la co-direction et de la co-administration des entreprises de l'Etat, tout en soumettant les entreprises du secteur privé au contrôle ouvrier (en fait syndical) de la production. En 1952, l'espace politique pour cette collaboration repose sur le gouvernement nationaliste de Paz Estensoro, membre du MNR, qui matérialise les bases de cette union en nationalisant les mines d'étain, permettant ainsi la création de la COB.

Dès l'origine, la volonté de participation de la COB au monde politique révèle sa fonction contre-révolutionnaire. Quatre membres de la COB ont participé au premier gouvernement de Paz Estensoro, ministres "ouvriers" occupant des postes importants ; accomplissant cette fonction au sein même de l'Etat. Cette expérience a pris fin en 1956 sans pouvoir y inclure la co-gestion dans les entreprises de l'Etat. Puis en 1970, le général J. Jose Torres propose la même expérience de participation gouvernementale à la COB. Cependant la COB refuse, considérant nécessaire d'avoir la moitié des ministres d'origine syndicale. Cette représentation syndicale est accompagnée du voeux de la centrale que les délégués doivent être soumis en permanence à la révocabilité devant le syndicat. Cette discussion et surtout l'indécision du gouvernement Torres ont permis l'apparition des "asambleas populares" contrôlées par la COB afin de discuter de la participation des ministres à ce gouvernement. En réalité le débat mené par les trotskistes (*dès l'origine plus nombreux que les staliniens dans le pays*) et d'autres courants dans ces assemblées, a eu pour unique objectif de faire pression sur le gouvernement pour qu'il accepte les vieilles aspirations des thèses de Pulacayo. A aucun moment ce débat ne mit en question la signification de cette participation et l'appui sans condition au gouvernement soi-disant progressiste de Torres, en un mot au système capitaliste. Ces assemblées liées au bon fonctionnement du capital furent interdites et réprimées par le coup d'Etat militaire. Cependant il est important de remarquer que la répression des militaires eu lieu à cause d'une éventuelle participation syndicale au gouvernement et surtout du fait que les asambleas populares pourraient devenir un embryon de pouvoir ouvrier si celles-ci rompaient avec les illusions du programme de gouvernement capitaliste de la COB.

Ce qui empêche la COB et les militaires de s'entendre c'est le danger constant de débordements prolétariens, dans la mesure où leurs méthodes sont différentes. Pour la COB c'est la participation des travailleurs (en fait du syndicat) dans l'administration de l'Etat capitaliste qui pourra empêcher tout embryon révolutionnaire. Pour les militaires, éduqués à l'école de la répression directe, seul l'ordre et le travail permettent de résoudre la crise. Pour l'instant les uns et les autres ont su jouer leur rôle de mur infranchissable pour les idées révolutionnaires. Ainsi la ligne de la COB se caractérise d'un côté par l'appui aux gouvernements dits progressistes, militaires ou civiles, et de l'autre par sa participation directe dans la gestion de l'Etat, proposition qui apparait constamment dans ses discours et congrès.

On comprend bien alors que le secrétaire de la COB Lechin n'ait pas voulu de postes dans le gouvernement de H. Siles Zuazo, dans la mesure où il exigeait une majorité de membres de la COB dans la composition du gouvernement. Mais il obtint tout de même entière satisfaction quant à son programme capitaliste de gouvernement. Ainsi en délimitant ses différences avec le gouvernement, la COB se prononça pour une réforme sur le mode de gestion sans toucher à la propriété d'Etat ou privée. En échange le gouvernement accepta que la gestion de la COMIBOL soit effectuée par une majorité de quatre membres de la COB sur un total de 7 membres, soit la majorité dans l'administration de tous les secteurs : prospection, commercialisation, production, achat etc... Cette réforme laissa la porte ouverte à la COB pour qu'elle puisse étendre la gestion à toutes les entreprises d'Etat, tout en soumettant les entreprises privées au contrôle ouvrier syndical.

Le prolétariat mondial et le bolivien par conséquent doit comprendre que cette marche est réactionnaire afin de ne plus tomber dans le jeu du capitalisme a travers les syndicats. Ce bilan doit mettre en relief le manque énorme des idées révolutionnaires aujourd'hui dont la cause fondamentale provient de la contre-révolution en russie, avant-garde agissante de la contre-révolution mondiale, ce qui permit aux staliniens, aux trotskistes et à toutes les fractions (se disant de gauche) du capital de mener les ouvriers et le prolétariat en général vers une lutte stérile et contraire à leurs intérêts. En clair le prolétariat doit comprendre que la nécessité qu'il a en tant que classe de cesser d'être exploité aboutit à la révolution communiste, et qu'il doit tout faire pour ne plus être le jouet du Parti-Etat ou du syndicat-Etat.

Le prolétariat doit s'imposer et refuser tout programme capitaliste, qu'il provienne de la COB ou des fractions (qui se disent de gauche) du capitalisme, des staliniens ou des trotskistes qui collaborent mutuellement dans la COB. En refusant cette collaboration d'union sacrée dont le fruit amer de cet amour est le programme capitaliste dans sa version co-gouvernement et co-administration, les idées révolutionnaires pourront à nouveau germer et la lutte décisive pour l'abolition du travail salarié, base pour l'avènement du communisme au niveau planétaire, sera enfin une réalité.

Les mineurs, les prolétaires en Bolivie ne doivent plus s'embarquer dans le jeu des appareils et des fractions, soeurs entre elles, du mouvement nationaliste MNR, toutes disposées à confondre et à dévier les véritables aspirations de la classe prolétarienne. Ni la co-administration, ni le contrôle ouvrier de la production ne sont les drapeaux de la révolution. Les richesses produites par le prolétariat lui appartiennent et elles devront revenir ensuite à la société dans son ensemble. Les mineurs doivent marquer cette rupture en dénonçant la COB (et ses marches) pour le danger énorme qu'elle représente pour la révolution, en se réunissant dans des assemblées révocables à tout moment, non manipulées par le syndicat, dans une lutte ouverte contre l'exploitation capitaliste. Sans tenir compte de l'économie capitaliste nationale, les revendications doivent s'attaquer à l'accumulation du capital sur la base générale de moins de travail et plus de paye. En outre l'extension de cette lutte révolutionnaire ne doit pas avoir de frontière, et peut se faire, par exemple dans le cas des mineurs (mais non par esprit corporatiste) en envoyant des délégations à tous les centres miniers et industriels en général, au Pérou, au Brésil, au Chili, qui sont les plus proches, en demandant la solidarité et qu'ils fassent la même chose dans leurs pays. Le vaste mouvement d'ensemble pourra avoir une répercussion mondiale, seule issue à la situation des mineurs, des prolétaires, en Bolivie et dans le monde entier.
