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Title: Plus jamais ça
Description: Après la mort d'un manifestant en décembre 1986, le FOR rappelle la fonction de la police et des syndicats comme gardiens de la propriété, critique l'idéologie sécuritaire comme le culte de la délinquance, et appelle à l'organisation collective du prolétariat.
Date: 01/10/1986
Category: Alarme n.º 34
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1986-10-plus-jamais-ca
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*Alarme*, n° 34, octobre-novembre-décembre 1986 (p. 9-11). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n34.pdf)

A la lumière des derniers coups de feu, grenades lacrymogènes, incendies et autres joyeusetés que nous inflige (ou nous laisse infliger) la police, il est bon de rappeler quelques faits et de souligner quelques idées fondamentales, indépendantes du marais médiatique, civique et bien-pensant.

Tout d'abord, rappelons que la police est chargée de maintenir le respect de la loi et de veiller à l'intégrité des biens publics et privés. Elle garantit les droits du citoyen et contrôle l'exécution de ses devoirs. Or le citoyen, c'est l'individu coupé de tous les autres, l'unité égale aux autres devant la loi alors qu'en réalité l'oppression, l'exploitation, la misère sous toutes ses formes, frappent inégalement les individus selon qu'ils n'ont que leur salaire et pas de réserves pour vivre ou qu'ils disposent de réserves et participent à la défense ou à la gestion de la société.

Si l'on traduit alors le rôle de la police dans le langage de la vie réelle, elle garantit la propriété, l'égoïsme érigé en principe de société, l'intégrité (au sens d'isolement) de l'individu et de son avoir. Elle réprime tout ce qui essaie d'être hors du cadre de la propriété privée et principalement tout autre collectivité que celle du capital. Ainsi, lorsqu'une famille d'immigrés est expulsée à Vénissieux, par 300 CRS, c'est parce qu'elle occupe un logement -en dépit des arrêtés de la Préfecture de droite et de la municipalité de gauche- grâce à l'association que les habitants ont formé pour se défendre contre les expulsions, pour se garantir une possibité de logement. Cette action, pour aussi faible soit-elle, n'en constitue pas moins un délit... En expulsant ces familles la police fait son travail. De même, lorsque de vieux immeubles du XX° arrondissement de Paris brûlent, et qu'une vingtaine de travailleurs y meurt ; la police ne peut rien pour eux : elle fait son travail et elle n'a pas à se soucier du fait que ces immeubles sont dans une zone visée par les investissements immobiliers puisque ceux qui y vivaient ne possédaient rien...

On s'aperçoit aisément que la définition que nous avons donné de la police ne s'applique pas seulement au corps spécialisé, armé et en uniforme que tout le monde connait. Tout individu un tant soit peu rebelle a déjà été amené spontanément à y inclure d'autres appareils de répression, allant du contrôle des titres de transport aux vigiles privés et surtout les centrales syndicales. Ces dernières allient la répression individuelle des travailleurs combattifs au culte de l'égoïsme corporatiste ou localiste, décident avec le patronnat et l'Etat, de la valeur de notre force de travail en tant qu'objets de propriété privée et assument leur fonction policière jusqu'au mimétisme avec les forces de l'ordre. Les syndicats constituent le plus puissant service d'ordre social existant, à tel point que les misérables bureaucrates syndicalistes étudiants les ont appelé à leur secours contre les débordements des éléments les plus décidés (étudiants, lycéens, travailleurs, chômeurs). Les opprimés ont parfois le droit de travailler et toujours le devoir de se taire. Lorsqu'on est chômeur, c'est ce qu'on appelle l'obligation de réserve. On a aussi pu voir les magistrats, avocats, médecins, etc. encadrer la manifestation-procession du 10 décembre avec leurs casques blancs, insignes de leur qualité et de leur autorité.

Le mouvement étudiant a protesté contre les excès de la répression policière au nom des droits du citoyen. Il a aussitot obtenu le soutien du P"C", du P"S" et de personnalités comme Raymond Barre. Or les CRS ont été créées en 1945 par un "socialiste", Jules Moch, alors ministre de l'Intérieur avec De Gaulle comme chef de l'Etat et les camarades-ministres du P"C" pour collègues. Quant à Barre, il a porté sur les fonds baptismaux le projet "Sécurité et Liberté" d'Alain Pierrefitte...

Cela signifie que tous ces charognards veulent faire croire que la mort d'un manifestant est un excès, une erreur, une bavure due à un ministre de l'Intérieur sans coeur et complaisant envers des policiers d'extrême-droite. Ce ministre est sans doute ainsi, mais on ne peut être ministre de l'Intérieur et avoir des états d'âmes, n'est-ce pas MM Joxe et Deferre ?

En fait, ce que tout ce battage a voulu montrer, c'est que la police peut frapper démocratiquement sans tuer, sans racisme ni méchanceté. Or ceci est soit une cruelle illusion, soit un cynique mensonge. Tous les jours la police exerce la répression c'est-à dire qu'elle contrôle, arrête, frappe ou tue (depuis l'abolition de la peine de mort, le GIGN tue de plus en plus) tous ceux qui ne respectent pas l'ordre. Qu'un étudiant arabe meurre, et c'est l'indignation, alors que la police ne fait que remplir sa tâche quotidienne, routinière et qui n'étonne autrement plus personne : les "bavures" de cet été sont un bel exemple de l'impunité réelle de la police (pour eux il n'y a pas de GIGN...). L'opprobe portée sur le Peloton des Voltigeurs Motorisés (PVM) reste dans la même logique : un policier assassin, peut-être même (veine !) d'extrême-droite, est livré en pature à l'opinion et la "justice". Les responsables policiers sont dénoncés et on demande leur démission, la dissolution des PVM, corps qui n'existe pas sur le papier. Tout ceci est ridicule, étant donné que même les polices les plus démocratiques des pays les plus démocratiques sont amenées à tuer ou au moins à mutiler des manifestants lors d'affrontements exempts de tout but subversif. En fait si la police peut se permettre cela, c'est qu'elle sait bien qu'elle n'est pas le seul corps de répression dans la société et que la dissolution d'une unité particulière ne remet pas en cause le corps spécialisé appelé "police" et encore moins les autres formes de répression que nous avons mentionné.

Dans sa tâche de défense de la loi, elle devient la loi elle-même ; le nier, c'est prétendre que cette société est humaine, à quelques travers près. Mais le bon fonctionnement de ce monde exige en permanence l'exploitation, l'expropriation, la mise au rebut, la paupérisation relative à la richesse produite ou absolue jusqu'au dénuement et la mort, de la quasi totalité de la population humaine. Dans le cadre de ce fonctionnement des organismes prévoient statistiquement les morts par accident industriel ou civil, catastrophes et guerres. Les morts par répression "légale" sont aussi répertoriés et pour les esprits chagrins et civiques on pourra y ajouter les morts par "bavures".

La répression pure et simple est une réponse que le Capital donne aux troubles sociaux que son existence engendre (le chômage en tête dans le monde). Que le capitalisme se porte bien ou mal, il sécrète inexorablement, par sa logique d'exploitation et d'expropriation : la crapulerie, la fraude, la délinquance, le racisme, etc. Le mouvement étudiant, les syndicats, le pouvoir réclament la sécurité. Mais l'intoxication sécuritaire est la feuille de vigne masquant le gangstérisme des capitalistes et des politiciens d'une part, et la nécessité policière et syndicale de réprimer, de terroriser en permanence les prolétaires, préventivement à tout acte de rebellion, que la loi assimile de plus en plus à de la délinquance. En effet l'Etat entretient une confusion manifeste entre subversion et délinquance, confusion dans laquelle se vautrent toute une frange de pillards de vitrines et leurs prudents laudateurs qui glorifient *l'appropriation individualiste* sous prétexte que la délinquance fait reculer l'Etat. Si la délinquance fait peur aux "bourgeois", qui y voient une forme de concurrence sauvage, le gangstérisme lui, est parfaitement adapté aux mentalités capitalistes. Le chômeur qui brise une vitrine pour marquer sa haine de la marchandise et s'y sert parce que sa survie s'en trouvera améliorée, se comporte en fait comme le gibier de potence des sphères de la haute finance qui pratique une OPA ou une autre opération boursière et qui s'accapare de juteuses parts de profit en ruinant ses concurrents. La volonté n'est pas la même mais la démarche est identique. Et celui à qui profite le culte de l'individualisme n'est sans doute pas le chômeur. Tout le crétinisme béat répandu devant quelques vitrines brisées, relève de la mystification bourgeoise des bandits d'honneur, maintes fois dénoncée par les révolutionnaires. Les délinquants qui posent à la subversion (alors qu'ils ne sont bien souvent que les petits patrons d'entreprises crapuleuses) et les individus subversifs qui croient devoir être des délinquants (et qui s'y perdent) se fourvoient et confondent Zorro avec le prolétariat en armes. Se réapproprier le produit social, OUI ! Mais sans manifester publiquement et visiblement la qualité *sociale* de ce produit et surtout la qualité *collective* de la réappropriation, c'est encore affaiblir notre classe, qui n'a pas besoin de cela ! Montrer que l'on *S'ORGANISE* pour se réapproprier les moyens de production, les biens de consommation parce que ce sont des prolétaires qui les ont produits, c'est cela qui distingue une pratique prolétarienne et subversive d'un misérable simulacre de "radicalité". Au cas où certains néandertaliens ne l'auraient pas encore compris, notre "sauvagerie" ne s'exprime pas à coups de pierre mais à coups de canons. S'il n'y a pas de mouvement encore capable de poser en ces termes sa volonté anti-capitaliste, alors notre tâche est encore moins de descendre dans la rue et de tirer sur des uniformes, d'autant que nous avons souligné l'énorme importance des autres forces de répression.

Notre tâche, c'est d'organiser tout potentiel de lutte de façon à créer un rapport de forces permettant de ne pas se laisser intimider par les sbires du capital. L'illusion sur la police, les syndicats, les partis de gauche tombera d'elle-même face à une lutte décidée au contenu clairement anti-capitaliste. Et là, les prolétaires, c'est-à dire ceux qui n'ont que leurs chaines à perdre et un monde à gagner ne se laisseront plus jamais tirer comme des lapins. Cette condition est nécessaire pour attaquer le capital, dissoudre tous les corps de répression, balayer ce monde pourri tout en en créant un nouveau sans salariat, sans frontières et sans exploitation.

Alors seulement nous pourrons crier :

"PLUS JAMAIS CA !"
