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Title: Le gauchisme est réactionnaire
Description: Le rôle des trotskistes (PCI, LCR et surtout Lutte Ouvrière) dans la grève de la SNCF : renforcement du corporatisme et transformation des coordinations en nouveau syndicat.
Date: 01/01/1987
Category: Alarme n.º 35
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1987-01-le-gauchisme-est-reactionnaire
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*Alarme*, n° 35, janvier-février-mars 1987 (p. 7 et 16). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n35.pdf)

Dans la grève de la SNCF (voir l'article dans ce même numéro) les trotskistes ont pu refaire parler d'eux. Inutile de remarquer (mais nous le faisons quand même !) que la presse bien pensante (de gauche comme de droite) déconcertée par les débuts de la grève ressortirent de leurs tiroirs la bonne vieille rengaine sur les éléments gauchistes groupusculaires et agitateurs professionnels. Indépendemment de leur compréhension sur ce que ces gauchistes représentent vraiment, cela sert objectivement à nous faire passer pour révolutionnaire ce qui n'est que le produit de la *dégénérescence* du mouvement révolutionnaire initié en 1917, complètement détruit par le stalinisme mondial et le capitalisme qu'il a aidé à sauver à la même échelle, et qu'il représente là où il domine directement.

Lors de la grève à la SNCF, ces éléments gauchistes tant décriés ont en fait aidé à la défaite d'une grève, qui même vaincue, aurait pu être un point de référence plus décisif encore pour le futur immédiat de la lutte de classes. Tous ces gauchistes malgré leurs dires, n'ont fait que conforter l'esprit corporatiste qui existait massivement chez les cheminots et les employés du chemin de fer en général.

Pour le P"C"I (lambertiste), la création de coordinations empêchait la réelle unité ouvrière ; comprenez, unité syndicale. Cette unité, aucun prolétaire révolutionnaire ne peut la vouloir. Nous la leur laissons donc, car ils périront avec elle.

Pour la L"C"R, c'était plus ou moins la même chose, mais de façon plus critique vis-à-vis des directions syndicales... "réformistes", ce qui l'amenait à soutenir principalement la coordination des seuls conducteurs, tout en lançant de grands sourires complices à la centrale CFDT d'Edmont Maire. Comme les précédents ils devront périr lors de mouvements révolutionnaires d'envergure.

De toutes les grandes tendances trotskistes, la plus intelligente et par là-même la plus dangereuse en dernière instance, est certainement L.O. La syndicalisation étant en chute libre, la méfiance vis-à-vis des syndicats *existants* étant chaque fois plus manifeste, L.O. afin d'avoir une chance d'être un jour à la tête du mouvement ouvrier (certainement pas pour aller vers l'authentique et unique révolution !) tient plus en compte l'état d'esprit des travailleurs inorganisés qui sont légitimement insatisfaits de la vie que leur imposent ceux qui les dirigent et les exploitent. Dans la grève de la SNCF, elle appuya donc plus particulièrement la coordination inter-catégorielle où elle avait par ailleurs un de ses représentants, Daniel Vitry désavoué par son syndicat, la CFDT.

Indépendemment du fait qu'aucune organisation ne puisse être révolutionnaire si elle considère la Russie comme un pays non-capitaliste ; ce qui amène des soutiens plus ou moins critiques à l'une des deux super-puissances qui se partagent le monde, dans la lutte de classes, il ne peut plus subsister le moindre doute quant à la nature et à la fonction du syndicalisme. L.O. organisation plus perspicace quant à la possibilité de jouer un rôle (néfaste pour sûr d'un point de vue révolutionnaire !) dans de futurs combats que livreront les exploités, ne se contente plus (mouvement dialectique oblige !) dans certains cas de dénoncer les directions syndicales, elle appuie, en espérant en retour quelque compensation dirigiste légitime, ce qu'en tendance peut exprimer le prolétariat contre ceux qui l'ont maintenu dans l'exploitation et l'ignorance. Elle n'a donc plus trop de scrupule à remettre en cause l'orthodoxie trotskiste sur cette question.

Elle va plus loin. Elle aide à transformer de fait les expressions balbutiantes de l'auto-organisation des prolétaires en un nouveau syndicat de par ses buts, et à la tête duquel elle pourrait facilement se trouver. C'est à cela qu'elle aspire. C'est la tactique que L.O. a employée dans la coordination inter-catégorielle, en acceptant par ailleurs que les syndicats (sous contrôle des coordinations) aillent négocier avec l'Etat ou le patronat. Les syndicats et le syndicalisme ont pu facilement avoir le dessus. Belle avant-garde "révolutionnaire" que L.O.

En parole cette même organisation défendait l'extention, et combattait le corporatisme. En pratique, les éléments de la classe prolétarienne exploités dans d'autres secteurs du monde capitaliste, n'avaient pas le droit de participer dans les assemblées des coordinations. Malgré l'influence évidente qu'elle avait dans ces coordinations, au mieux elle se taisait sur ce sujet. Avec une telle pratique anti-révolutionnaire, Trotsky qu'elle revendique tant, n'aurait jamais pu être membre responsable du soviet de Petrograd, car que l'on sache il ne travaillait dans aucune usine de cette ville. Toutes les organisations gauchistes ont les pores qui regorgent de syndicalisme, cette substance organique indispensable aujourd'hui pour barrer la route à la conscience révolutionnaire de classe. Toute organisation révolutionnaire doit s'ériger contre elle et contre tous ceux qui la défendent.
