---
Title: Tcherno-bale-byl : l'arbre qui cache la forêt !
Description: Un an après Tchernobyl et après l'alerte de Super-phénix, l'alternative « nucléaire ou pas nucléaire » est fausse : seule la révolution sociale du prolétariat peut décider de l'usage de l'appareil productif.
Date: 01/04/1987
Category: Alarme n.º 36
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1987-04-tcherno-bale-byl-l-arbre-qui-cache-la-foret
---


*Alarme*, n° 36, avril-mai-juin 1987 (p. 5-6). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n36.pdf)

Une année aprés la catastrophe de Tchernobyl, et dont l'anniversaire a suscité de nombreuses manifestations, en France la centrale nucléaire Super-phénix vient de filer des sueurs froides à bon nombre de personnes qui sans doute fêteront l'an prochain l'anniversaire de la catastrophe de... Super-phénix ! Des différents accidents ou incidents qui surviennent dans les centrales nucléaires, et ce même au "paradis technologique américain", rares sont ceux qui, hormis les écolo-gisants, semblent s'émouvoir activement en regard du potentiel destructif que le nucléaire recele. Le simple quidam n'en a retenu que le discours rassurant des spécialistes ou celui plus inquiétant de ceux qui critiquent les tares de sécurité dans les centrales. Autant dire que livré aux "spécialistes" le problème est vidé de son réel contenu dans la mesure où le citoyen-prolétaire est exclu de la réelle alternative à poser. Nous y reviendrons. (Hasta luego !).

Cette épée de Damoclès suspendue au dessus de nos chéres grandes têtes blondes ou brunes semble réveiller autant l'horreur en face de la bêtise érigée en systéme meurtrier que de sympathie vis à vis de la simple révolte, sans parler, cela va de soi, des idées révolutionnaires. Il est vrai que l'intérêt national, l'independence énergetique et le redressement économique sont des arguments chocs pour justifier la résignation, l'apathie ou le je m'en foutisme ambiant quant aux intérêts généraux de la planéte. Pauvre planéte qui porte sur son front le chancre mou d'une misére chronique que le progrés de la technologie rend chaque jour plus dramatique. La fausse alternative posée est réduite à sa plus simple et grotesque expression : arrêter le nucléaire ou ne pas l'arrêter ? That is the question !

Cette alternative est une question que seuls les fameux spécialistes cités plus haut peuvent débattre, l'ignorance crasse de la population et du prolétariat plus particuliérement ne pouvant que favoriser ce fait. Et pourtant, nombreux sont ceux qui se fourvoient dans cette alternative, préférant être borgnes au pays des aveugles (ou bègues au pays des muets) en taisant et cachant la réalité sociale des centrales nucléaires : ce sont des entreprises nées de la société d'exploitation par le salariat pour le maintien et le renforcement de celle-ci.

De ce fait, le profit étant le nerf de la guerre et de la croissance économique, rien d'étonnant à ce que l'option nucléaire conduise aux mêmes abjections que l'ensemble du système dont elle est issue : produire en minimisant les coûts et sans se soucier de ce que cela bénéficie ou non à l'humanité dans son ensemble. C'est plutôt du contraire qu'il s'agit, car le progrés technologique pris dans son ensemble se retourne inéxorablement contre cette même humanité dont l'intérêt vital passe par la suppression des frontières et du travail salarié. A ce titre il n'est pas étonnant de constater que les premiers à jouir (aujourd'hui encore) des "bienfaits" d'une technologie performante sont soit dans les cimetieres d'Hiroshima et de Nagasaki, soit dans les mains d'autres spécialistes pansant les plaies physiques et mentales du progrès en question ! Et bien sûr certains ne s'offusquant qu'à moitié, prétextent "le mal nécessaire" inhérent à tout progrés, et se voilent la face pudiquement devant les atrocités de ce même progrés qui reste incapable de débarrasser la Terre de son anachronique misère sociale.

Si la misère relative et absolue s'accroît alors que la technologie n'a jamais été aussi performante, il y a là un iatus, celui là même qui incite la civilisation capitaliste à une course en avant morbide et frénétique. Divisée par un antagonisme de classes, sans plus aucune raison objective depuis près d'un siècle, la société capitaliste avide de profits ne peut que miser sur le nucléaire et si les moyens consacrés à la prévention des accidents potentiels varient selon la situation économique du moment, il n'en demeure pas moins que la question de son utilisation ou de sa non utilisation ne peut se résoudre dans le cadre d'une société dont la majorité est exempte du pouvoir sur sa propre existence en général, et confinée en tant que classe exploitée dans l'abrutissement séculaire. Cette classe exploitée, productrice de toutes les richesses subit en tant que prolétariat l'arbirtraire dictature du Capital, internationalement, dictature économique dont les prolongements s'immiscent dans tous les aspects sociaux, affectifs, culturels et spirituels de sa survie.

Le prolétariat est en fait seul apte à poser les conditions de l'usage de l'appareil productif, donc des progrés que celui-ci entraîne. Et cette aptitude ne pourra devenir réalité que par sa révolte insurrectionnelle, insurrection qui permettra de résoudre l'ensemble des contradictions sociales qui engendrent les accidents, catastophes que régulièrement nous prenons sur la trombine parce que produits d'une société qui ne prend en compte que la solvabilité du citoyen-prolétaire.

De fait l'alternative réelle (coucou ! la revoilà !) aujourd'hui est révolution sociale ou barbarie totale, barbarie dont l'accident nucléaire, la guerre ou la famine ne sont que des conséquences logiques. Le communisme est seul capable d'oeuvrer à la satisfaction des besoins humains en débarrassant la planète des antagonismes de classes. En ce sens, il réintroduira la véritable écologie, celle qui harmonise les rapports des individus entre eux, et des individus avec la nature. C'est-à-dire, que en dehors de la perspective d'une réappropriation par l'ensemble de la société du patrimoine historique que ses forces productives ont engendré, tout le reste ne sera que cautère sur jambe de bois et ne fera qu'entériner l'anarchie d'un mode de production caduc, irrationel et criminel.

Au travers et par delà le nucléaire, c'est donc l'ensemble de l'organisation sociale qui doit être visé et mis à nu pour ce qu'il est : un immense marché sordide où l'être humain est une marchandise privilégiée et ravalée au rang de bête à produire, quitte à que ce soit les propres éléments de sa négation. Mort-vivant, l'Homme s'apprête à périr une nouvelle fois sur l'autel de l'économie marchande, atomisé !

Alors, nucléaire ou pas nucléaire, messieurs les capitalistes, les ramollis du bulbe et les faux sourds-muets-aveugles, cela ne nous interresse pas en soi, nous préférons la subversion explosive de votre ordre social stérile, classe contre classe !
