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Title: En Corée, encore la démocratie
Description: Émeutes et grèves de 1987 en Corée du Sud : le passage de la dictature à la démocratie est une victoire des forces capitalistes ; les prolétaires doivent s'attaquer aux bases de l'exploitation, au Sud comme au Nord.
Date: 01/07/1987
Category: Alarme n.º 37-38
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1987-07-en-coree-encore-la-democratie
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*Alarme*, n° 37-38, juillet-décembre 1987 (p. 22-23). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n37-38.pdf)

En mai 1980, des émeutes anti-gouvernementales sont réprimées dans le sang par les parachutistes, qui font plus d'un millier de morts après le putsch militaire qui mena le général Chun doo Hwan au pouvoir avec comme bras droit le général Roh.

Le 18 mai 1987, lors de l'anniversaire de ces émeutes de Kwangju, des affrontements ont lieu dans 11 campus universitaires de Séoul, les étudiants réclament la reprise du processus de démocratisation interrompu par le président Chun et les « forces de l'ordre ». Le 13 juin, 350 étudiants se retranchent dans la cathédrale de Myondong. La population les soutient et les ravitaille ; la police hésite à intervenir. Le 26 juin, le parti d'opposition de M. Kim organise une marche de la paix qui entraîne de violents affrontements dans Séoul et 36 autres villes (573 policiers blessés, 39 postes et véhicules de police brulés). Le lendemain, le gouvernement appelle au calme et se déclare prêt à « écouter le désir populaire » ; ainsi le 29 juin le Parti Démocratique de la Justice (gouvernemental) annonce une révision constitutionnelle pour l'année en cours et M. Roh, candidat désigné à la succession du président, déclare avoir demandé au gouvernement que cette révision permette l'élection du chef d'Etat au suffrage universel.

Août 87, cette fois c'est le prolétariat sud-coréen qui se met en grève, réclamant des augmentations de salaire, la suppression des heures supplémentaires et la reconnaissance des droits des travailleurs, parmi lesquels la création de syndicats indépendants. Jusqu'à présent il est impossible de faire grève sans enfreindre la loi ; en effet ce sont les autorités qui décident de la légitimité d'une revendication, ensuite des procédures de conciliation et d'arbitrage verrouillent le processus. Le 15 août les grèves se sont étendues, les mineurs saccagent les villes en s'en prenant aux domiciles des cadres ; le gouvernement menace d'intervenir contre les grèves, menace qui restera sans suites. Ainsi certains patrons acceptent, non sans dépit, de négocier avec les syndicats « librement » constitués et donnent satisfaction aux grévistes en ce qui concerne l'augmentation des salaires, ce qui entraine une reprise du travail le 17 août.

Dans les quartiers ouvriers de Séoul, on lit le journal dit des travailleurs dont le premier numéro est sorti le 15 août et qui quelques mois auparavant, aurait été considéré comme un brûlot subversif et confisqué sur-le-champ. Dans le métro, des vendeurs ambulants proposent des livres sur Kim Dae Jung, l'un des dirigeants de l'opposition et bête noire du régime Chun. Même la télévision, média asservi aux exigences du pouvoir et à la glorification du président, adopte une autre attitude dans ses programmes. Elle donne régulièrement la parole aux personalités de l'opposition qui préparent désormais les élections pour la fin de l'année.

C'est là un processus de passage d'une dictature haïe et usée à un régime dit démocratique. On l'a vue maintes fois, dont l'une des plus significatives a été l'Espagne, de Franco à Felipe Gonzalez en dix ans. Lorsqu'une dictature bestiale tombe, la classe ouvrière et tout ce qui n'est carrément réactionnaire se réjouit et crie victoire, mais en réalité la victoire est pour les forces capitalistes, dont les partis et les syndicats dits démocratiques sont facteurs intégrants. De fait, la meilleure des démocraties constitutionnelles est aussi une dictature du capital. Les travailleurs sud-coréens vont l'apprendre très vite.

Alors, prolétaires, avec la fin du régime Chun, c'en sera fini pour vous, de la consommation (salaire) selon la quantité et la qualité du travail que vous fournissez ? Ç'en sera fini du principe consistant à restreindre vos frais d'existence juste à l'indispensable pour reprendre vos forces physiques et intellectuelles, épuisées au cours de votre travail ? Ç'en sera fini de la sacralisation du bon travailleur obéissant et fier de son oeuvre ?

Démocratie mon cul ! Car tout celà, et plus, restera et sera défendu contre la classe ouvrière, par les leaders de l'opposition et les syndicats cette fois.

Prolétaires coréens, pour que votre lutte ne s'avère pas une défaite qui vous démoraliserait et vous laisserait à la merci des exploiteurs par le biais des partis et syndicats « démocratiques », il faut vous attaquer aux bases de l'exploitation, prendre en main la totalité de l'économie et du pouvoir politique, organiser la production de manière à en finir avec les classes ; en un mot il faut détruire la société capitaliste. Le prolétariat est la seule force capable de le faire, parce qu'en contradiction absolue avec le capital, et sa victime constante.

Tout existe aujourd'hui pour permettre l'épanouissement de chacun, mais pour ce faire, il faut une lutte à mort contre le capitalisme et ses vaches à lait et non un aménagement des conditions d'exploitation, ce que représente à l'heure actuelle la démocratie bourgeoise. La seule solution pour l'humanité est internationale. Et dans ce but, une première tâche des prolétaires sud-coréens consiste à dénoncer la dictature du capitalisme d'Etat en Corée du Nord, hypocritement présentée comme socialiste. Il faut proposer un combat simultané aux prolétaires du Nord. A bas cette division imposée par les rivalités inter-impérialistes ! Balayons par les armes tout ce qui s'oppose à l'émancipation prolétarienne, à la disparition des nations, des classes sociales, de l'Etat !

Guerre de classes mondiale !
