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Title: Résurrection et mort de la foi
Description: Extrait du « Déshonneur des poètes » de Benjamin Péret sur la renaissance de l'obscurantisme religieux, de la patrie et du chef à la faveur de la guerre.
Author: Benjamin Péret
Date: 01/01/1991
Category: Alarme n.º 47
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/alarme/1991-01-resurrection-et-mort-de-la-foi
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*Alarme*, n° 47, janvier-mai 1991 (p. 14). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1978-93%20Alarme/alarme-n47.pdf)

Les guerres comme celle que nous subissons ne sont possibles qu'à la faveur d'une conjonction de toutes les forces de régression et signifient, entre autres choses, un arrêt de l'essor culturel mis en échec par ces forces de régression que la culture menaçait. Ceci est trop évident pour qu'il soit nécessaire d'insister. De cette défaite momentanée de la culture, découle fatalement un triomphe de l'esprit de réaction, et, d'abord, de l'obscurantisme religieux, couronnement nécessire de toutes les réactions. Il faudrait remonter très loin dans l'histoire pour trouver une époque où Dieu, le Tout-Puissant, la Providence, etc., ont été aussi fréquemment invoqués par les chefs d'Etat ou à leur bénéfice. Churchill ne prononce presque aucun discours sans s'assurer de sa protection, Roosevelt en fait autant, De Gaulle se place sous l'égide de la croix de Lorraine, Hitler invoque chaque jour la Providence et les métropolites de toutes espèce remercient, du matin au soir, le Seigneur du bienfait stalinien. Loin d'être de leur part une manifestation insolite, leur attitude consacre un mouvement général de régression en même temps qu'elle montre leur panique. Pendant la guerre précédente, les curés de France déclaraient solennellement que Dieu n'était pas allemand cependant que, de l'autre côté du Rhin, leurs congénères réclamaient pour lui la nationalité germanique et jamais les églises de France, par exemple, n'ont connu autant de fidèles que depuis le début des présentes hostilités.

D'où vient cette renaissance du fidéisme ? D'abord du désespoir engendré par la guerre et de la misère générale : l'homme ne voit plus aucune issue sur la terre à son horrible situation ou ne la voit pas encore et cherche dans un ciel fabuleux une consolation de ses maux matériels que la guerre a aggravés dans des proportions inouies. Cependant, à l'époque instable appelée paix, les conditions matérielles de l'humanité, qui avaient suscité la consolante illusion religieuse, subsistaient bien qu'atténuées et réclamaient impérieusement une satisfaction. La société présidait à la lente dissolution du mythe religieux sans rien pouvoir lui substituer hormis des saccharines civiques : patrie ou chef.

Les uns, devant ces *ersatz*, à la faveur de la guerre des conditions de son développement, restent désemparés, sans autre ressource qu'un retour à la foi religieuse pure et simple. Les autres, les estimant insuffisants et désuets, ont cherché soit à leur substituer de nouveaux produits myhtiques, soit à régénérer les anciens mythes. D'où l'apothéose générale dans le monde, d'une part du christianisme, de la patrie et du chef d'autre part. Mais la patrie et le chef comme la religion dont ils sont à la fois frères et rivaux, n'ont plus de nos jours de moyens de régner sur les esprits que par le contrainte. Leur triomphe présent, fruit d'un réflexe d'autruche, loin de signifier leur éclatante renaissance, présage leur fin imminente.

BENJAMIN PÉRET. *Le déshonneur des poëtes.*
