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Title: Encore un plat piquant du CCI
Description: Réponse du FOR aux attaques du CCI sur la Roumanie, qui démonte ses falsifications, son abandon des «années de vérité» et ses confusions entre révolution et contre-révolution en Russie et en Espagne.
Date: 01/05/1990
Category: L'Arme de la critique n° 6
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/arme-de-la-critique/1990-05-encore-un-plat-piquant-du-cci
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*L'Arme de la critique*, n° 6, mai 1990 (p. 21-29). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1958-93%20Hemeroteca%20del%20FOR/1985-90%20L%20arme%20de%20la%20critique/armedelacritique-n06.pdf)

> «Il veut être la synthèse, il est une erreur composée. Il veut planer en homme de science au dessus des bourgeois et des prolétaires; il n'est que le petit bourgeois, balloté constamment entre le Capital et le Travail, entre l'économie politique et le communisme.»
>
> K. Marx «Misère de la philosophie»

Dans le numéro 188 de «Révolution internationale»[^1], le CCI a cru faire oeuvre utile en épinglant la prétendue irresponsabilité du FOR et de Battaglia Communista pour leurs positions respectives sur la Roumanie. Et jetant l'anathème de la façon la plus comique, le très autorisé CCI de conclure «Heureusement que BC, pas plus que le FOR, n'a aucune influence au sein de la classe ouvrière...» (imparable!!). Rien que de très banal, somme toute, de la part de cette organisation gonflée comme une baudruche. Rien de surprenant aussi à ce qu'elle nous cite incorrectement ainsi que nous le vérifierons plus loin. Ses pratiques anti-révolutionnaires sont désormais connues. Et nous en sommes persuadés, jouant de ressorts identiques à ceux de la concurrence capitaliste, le CCI voudrait assommer les autres groupes politiques avec une production «polémique» volumineuse. Dans un passé récent, nous lui avons déjà signifié que cette abjection constituait en partie le fond de ses attaques répétées, l'autre partie relevant de mobiles sectaires dans le vrai sens du terme. De plus, nous estimions alors que dans ces conditions, le FOR avait épuisé tous les aspects polémiques d'une éventuelle discussion entre nos deux organisations. Les dernières frasques du CCI entrainé dans un tourbillon dégénérescent, nous confortent dans cette opinion. Toutefois, nos forces actuelles, pour le moins réduites, ne nous permettent pas de laisser impunies certaines considérations à notre encontre.

«Roumanie : une insurrection, pas une révolution». C'est sous ce titre que nous avons exposé notre position sur la Roumanie dans ALARME n°46. S'abattant sur le mot insurrection comme la misère sur le pauvre monde, le CCI a voulu nous faire dire n'importe quoi. «Révolte spontanée des masses», «situation pré-révolutionnaire», «insurrection prolétarienne», sont autant de termes qui lui appartiennent mais qu'il nous attribue insidieusement afin de nous discréditer. La critique du CCI est tellement vénimeuse qu'il nous faudrait presque présentement citer tout notre article. C'est inconcevable. Relevons donc deux falsifications. La première, «Le prolétariat... a contribué largement à mettre en oeuvre... les changements survenus à l'Est» est un collage de morceaux de phrases différentes. Le but recherché est de rendre les propos du FOR complices de revendications dites démocratiques, calomnie! La seconde, «Des mesures comme l'armement du prolétariat, le maintien des comités de la production...», voit la substitution d'un mot. «Production» n'existe pas dans l'original. Il est écrit «comités de vigilance». Mais «production» fait mieux pour sous-entendre que le FOR serait autogestionnaire, autre calomnie! Les mensonges maintenant. Le FOR n'a pas vu «que l'Etat-major téléguidé par Moscou ne faisait qu'appliquer son plan...». Le FOR est plus malin car il a anticipé les révélations à ce sujet. Et enfin ceci, «Qu'un groupe comme le FOR ne se soucie nullement du cadre international pour comprendre la nature de classe des évènements en Roumanie...», est non seulement faux mais injurieux eu égard à nos origines internationalistes. Cette liste n'est pas exhaustive.

Quel est donc le problème du CCI puisque notre article sur la Roumanie ne laissait apparaître aucune concession à quelque fraction capitaliste que ce soit? Le CCI veut nier toute relation entre la lutte de classe et les affrontements armés dont nous avons été les témoins éloignés. Allez, à la trappe les ordres et les menaces d'Ion Ilescu aux civils armés dont faisaient partie de nombreux ouvriers. A la trappe aussi les grèves qui agitent le pays depuis 1977, comme le souligne avec forces détails l'Union Prolétarienne dans le n°5 d'RIMC[^2]. Certes, ainsi que nous l'avons exprimé, le prolétariat roumain s'est rapidement dissout dans le peuple. Mais quelles consignes auraient du dès le début avancer des révolutionnaires présents sur le terrain? Rendre poliment les armes, retourner à l'usine, y faire grève et émettre quelques plaintes contre la vie chère, ainsi que le suggère le CCI? Position assurémment «responsable» mais non-révolutionnaire. Pour gagner en crédibilité, le CCI aurait pu aussi s'éviter de verser dans la phraséologie en s'entichant à tort d'intérêts de classe qu'il confond honteusement avec la défense des conditions de vie des exploités. Pour notre part, conséquents avec l'idée que les conditions objectives de la révolution communiste sont présentes à l'échelle mondiale, nous tenons à la devise «Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! Armes, pouvoir, économie au prolétariat!». Aucune fièvre activiste ne nous échauffe la cervelle ainsi que le prétend le CCI en affirmant que nous courrons après tout ce qui bouge. Son présent culot n'a d'égal que sa faiblesse opportuniste d'hier, lorsqu'il cavalait après les manifestations syndicales[^3].

Rien n'est gratuit et c'est pourquoi le FOR s'est encore demandé quelle mouche avait bien pu piquer le CCI. Avec un peu d'attention, nous en avons découvert les raisons dans le numéro suivant de RI, le 189. Dans un article intitulé «Le prolétariat mondial affaibli par le»vent d'Est«(à force, ça décoiffe), le CCI nous livre une nouvelle orientation. Résumons-la. Un, l'effondrement brutal du stalinisme n'est pas l'oeuvre des luttes du prolétariat oriental mais de la décomposition du capitalisme à travers sa crise économique présente. Deux, il s'ensuit conséquemment un profond recul de la conscience de classe du prolétariat mondial au point que»c'est la perspective-même de la révolution communiste qui est affectée«. Trois, le prolétariat occidental»le plus expérimenté du monde«est stoppé dans son élan revendicatif et unitaire des années 80 naguère consacrées»années de vérité«. Voilà! On saisit facilement l'objet de cette construction arbitraire dont il est inutile de reproduire les subtilités annexes. In-extremis, le CCI doit mettre au rencart un pronostic erroné, les fameuses»années de vérité". Et notre confiance objective dans le prolétariat mondial contrecarre ce projet.

Rien n'est gratuit, avons-nous dit. Et ça vaut dans les deux directions. Mais nous avons déjà rempli notre devoir de réponse en découvrant les mobiles du CCI. Ce qui jaillit du schéma précédent, motivé par les «années de vérité» subitement défuntes, est autrement plus révélateur. Premièrement, le CCI charge les rebondissements de sa crise idéologique sur le dos du prolétariat (de l'Est pour le moment). Deuxièmement, il amorce une retraite désespérée qui lui fait mettre en question l'affirmation de la perspective communiste. Enfin troisièmement, il signe sa réddition en établissant un quelconque rapport entre la déconfiture stalinienne et l'affaiblissement de la conscience de classe. Autant la négation des deux premiers points conduirait le CCI à admettre honnêtement qu'il s'était trompé avec ses «années de vérité», ou qu'elles étaient indépendantes de la perspective communiste; autant la négation du troisième recèlerait une concession de taille au stalinisme, auquel devait être alors conséquemment dévolu un rôle progressiste. Trop simple, objectera le CCI. D'une part la simplicité n'est pas un vice, d'autre part à l'origine de ses bourdes tout est d'un simplisme effarant, à l'image de cet effondrement brutal du stalinisme sans intervention violente du prolétariat. Ou comment rayer d'un trait de plume soixante années de contre-révolution stalinienne, pouvons-nous dire. Mais notre réfutation serait inachevée si nous ne rajouttions pas que le CCI se perd encore dans de nouvelles conjectures, en sur-estimant le prolétariat occidental et en sous-estimant l'oriental. Le poids de ce dernier l'emportant négativement, parait-il, le CCI s'imagine pouvoir déduire un rapport de force mondial défavorable aux avancées révolutionnaires locales (à l'Est, c'est plus patent). Ceci s'apèlle au CCI, au nom de l'internationalisme, ne pas répéter les erreurs du passé, ou tenir compte de ses échecs ; à ce niveau tout dépend de son humeur et de l'organisation qu'il lui faut clouer au pilori. Nous ne discuterons pas les références de ses estimations et de son nouveau pronostic, car dans ce domaine précisément, c'est l'absence de toutes références révolutionnaires qui fait la loi chez lui, condamnant de ce fait toute sa méthode. Qu'il soit dit simplement qu'aucune expression de la lutte de classe contemporaine, évidemment pas même celle de la décennie passée, ne s'est encore hissée à la hauteur de la vague révolutionnaire de 1917-1937. Or c'est justement le dépassement de celle-ci, tant dans ses objectifs immédiats pour la révolution russe, que dans son ampleur internationale pour l'espagnol, qui annoncera l'ouverture d'une future période révolutionnaire. L'obstacle à surmonter est en grande partie d'ordre idéologique, et réside effectivement dans la compréhension des erreurs et l'interprétation des échecs du passé. Mais mettre au compte de ceux-ci un défaut d'internationalisme, c'est à nouveau choir dans la plus totale confusion, entre révolution et contre-révolution.

Ouvrons maintenant une parenthèse. Où va le CCI? Ce genre de question serait oiseuse s'il s'agissait d'entrevoir l'avenir de cette organisation avec nos seuls principes (l'inverse est la pratique courante). Déjà lors de son dernier congrés[^4], le CCI avait mis à l'index des tendances qui sous-estimaient «la gravité réelle de l'effondrement de l'économie capitaliste...». Il avait même pour ce faire banni de ses indicateurs économiques le «produit national brut» et le «volume du marché mondial», nouvellement décrétés peu fiables et suspects d'appartenir à la propagande bourgeoise. Les épouvantails anti-crise que nous sommes, inclinent à penser que la prétendue crise économique ne faisait plus si allègrement l'unanimité. L'ultime virage peut-il «sauver» la crise d'une remise en cause plus évidente? Nous en doutons pour deux raisons. La première, c'est que la dite crise, hier gage des succès à venir (les «années de vérité»), s'est aujourd'hui transformée en son contraire en abattant bêtement le stalinisme. La deuxième, c'est que le nouveau cours force à la reconsidération du dernier congrés placé sous le signe des «années de vérité». Et là, le sceaux de l'arbitraire qui frappe le PNB et autre chose, peut peut-être apparaître, car le CCI reconnaît quelque part ne pas disposer «des chiffres exacts permettant de calculer au niveau mondial le réel déclin de la production capitaliste...»[^4]. Permettons nous une intrusion. Il est vain de gloser mais par contre il n'appartient plus au FOR de prouver la non-crise qui glaçait d'effroi l'enthousiasme excessif du CCI des «années de vérité»[^5]. Et de toute façon, qu'il soit répété que notre optimisme n'a jamais été entamé par notre négation de la crise économique[^6]. Brisons là. Après la crise et les «années de vérité», quoi d'autre? Dans un article sur l'Allemagne dans le n°189 de RI, il est dit que «le risque de guerre mondiale (est) aujourd'hui écarté par l'implosion du bloc de l'Est, (et) n'est pas en train de réapparaître dans l'immédiat». Bien! Le mérite de l'ancienne construction qui voyait des luttes prolétariennes si puissantes qu'elles empêchaient le capitalisme de mobiliser pour la guerre, à défaut d'être juste, valait au moins au CCI de préserver ses principes. Apparemment ce n'est plus le cas. Hier, selon la théorie des cours historiques avec ses deux entités antinomiques, le «cours vers la révolution» niait bien le «cours vers la guerre». Aujourd'hui, le premier est amputé et le second patiente. Dans l'immédiat et pour le moment, nous dira le CCI (il cogite). D'accord! Alors dans l'immédiat et pour le moment, la théorie des cours que nous ne partageons pas, est inopérante. Et ce n'est pas un sujet de plaisanterie, le CCI le sait, lui qui avec un «cours vers la guerre» rejette comme pure invention la révolution espagnole que le FOR défend. C'est pourquoi nous ne doutons pas un instant qu'un rétablissement du CCI dans ses ornières soit à prévoir. Echaudés, nous en connaissons dès à présent le contenu : censure et débandade. Fermons la parenthèse.

Confusion entre révolution et contre-révolution sur fond d'éventuelles concessions au stalinisme, disions-nous en considérant le CCI nouveau. Ce n'est pas fortuit. En effet, pour cette organisation, la contre-révolution serait vaguement le fait de la trahison bolchévique qui, dès le second congrès de l'Internationale Communiste (IC), renverserait peu à peu les mots d'ordre de la révolution mondiale en introduisant dans l'arsenal tactique, le parlementarisme, le syndicalisme, le front unique, et le soutien aux luttes de libération nationale. Ce faisant, le CCI nous offre une interprétation anti-historique d'avantage inspirée par ses positions présentes que par un examen sérieux des congrès de l'IC, et particulièrement du premier. Qu'il invoque la «Gauche Allemande» à son secours n'y change pas grand chose, car là encore la volonté d'exorciser les faits l'emporte sur l'esprit d'étude. Quant au stalinisme, il serait le fruit de la trahison précédente, «l'héritier» comme il est écrit quelque part, et il n'aurait pour tout bagage contre-révolutionnaire lui appartenant en propre, qu'une malfaisance idéologique, le mythe de la «patrie socialiste». D'ailleurs que peut-il posséder d'autre, et quelle marge d'action peut-il lui être réservée quand le CCI clot la période révolutionnaire en 1923? Passons. En allèguant un quelconque «héritage» du stalinisme, le CCI ne met plus en évidence, voir même dissimule quelque peu, la rupture de la continuité révolutionnaire qu'a représenté le sabordage de l'internationalisme par la clique stalinienne. Dans ces conditions, s'apprêter à livrer un combat idéologique contre le mythe de la «patrie socialiste» est non seulement insuffisant mais fleure l'opportunisme. Nous n'avons pas inventé les propos du CCI et le lecteur peut consulter les brochures de ce groupe, «La décadence du capitalisme» (page 24), et «Plate-forme et Manifeste» (page 33). Il peut tout au plus nous être reproché d'avoir osé des déductions à partir de certains écrits triés sur le volet. Nous avouons, et il est indubitable que le CCI colmate ses carences par d'autres affirmations. Mais nous n'avons ni le loisir, ni le plaisir de prendre en compte son éclectisme qu'il veut faire passer pour de la largeur d'esprit.

Lorsque dès 1924, la clique stalinienne parvenue à la direction du parti, se prononce pour la construction du soit-disant socialisme dans un seul pays, il ne faut entendre qu'une réaction nationaliste du capitalisme d'Etat russe, et absolument rien d'autre. Il ne pouvait nullement s'agir de construire le socialisme après le recul mercantile de la NEP en 1921. En effet, cette nouvelle politique économique était consignée, dans les faits et dans les textes, comme du capitalisme d'Etat tolérant toutefois encore une certaine liberté de commerce, ainsi que quelques initiatives privées fortement réglementées. On le sait, en 1927 la bureaucratie en finira avec elle et concentrera toutes les activités économiques dans les mains de l'Etat. Dans l'esprit d'un Lénine ou d'un Trotsky, la NEP qui avait jeté les fondements matériels de la contre-révolution politique dirigée par Staline, avait été préalablement conçue comme un repli tactique dans le domaine économique pour faire face à l'isolement du pouvoir révolutionnaire en Russie. Pour expliquer l'origine de l'échec russe, le CCI ne veut communément retenir que cet isolement. C'est à nouveau insuffisant car il faut aussi désigner complètement l'autre plaie. Les bolchéviques ont commis une erreur en substituant leur pouvoir à celui de la classe, le CCI le consent. Mais s'ils l'ont fait, c'est en croyant à tort, par ailleurs, qu'ils pouvaient dominer les rapports de production capitalistes dans l'attente de la révolution mondiale, et à présent le CCI se tait. Or dans l'intérêt de la révolution mondiale, il aurait cent fois mieux valu que la révolution russe périsse pour ce qu'elle n'avait pas été, une révolution immédiatement socialiste, plutôt que par ce qu'elle fut réellement, une révolution permanente stoppée net par la NEP dans son déroulement. Ainsi, les contours de la contre-révolution auraient été plus évidents, et celle-ci aurait probablement pris la forme d'une contre-révolution bourgeoise certainement ancrée à l'extérieur du territoire dominé par la révolution. Telle ne fut pas la réaction stalinienne qui de ce fait trompa tout le monde. Nous ne pouvons pas rattrapper le temps sinon en tirant des enseignements. La force du mythe de la patrie socialiste, qu'il convient de relativiser, provient précisément de ce que la bureaucratie et la bourgeoisie, bien que toutes deux capitalistes, ne sont pas identiques. Et le prolétariat mondial a été confondu par la disparition de la seconde en Russie. Le CCI s'empêche la lutte idéologique qu'apparemment il s'est proposé, en arguant un pouvoir bourgeois là-bas. Ce n'est pas sa seule faiblesse car, n'enregistrant pas ou mal les erreurs du passé, il défend l'idée d'une future révolution uniquement politique (à première vue), non sociale, et ce indépendamment du degré de développement rencontré dans chaque pays. Cette conception ne peut être imputée aux bolchéviques, pour qui le boulversement social, anti-capitaliste, était certes conditionné par l'extension de la révolution, mais seulement notons-le, parce que la Russie était un pays arriéré. De là leur conception de la «révolution permanente», transcroissance de la révolution bourgeoise en révolution socialiste sous l'égide de la dictature prolétarienne. Pour reprendre le mot de Lénine sur l'avenir de la révolution sociale en Russie, les bolchéviques espéraient que, plus avantagés, les ouvriers occidentaux sauraient leur montrer «comment ces choses-là se font». Par conséquent, vouloir faire preuve d'orthodoxie dans le sens du CCI, conduit à oter toute volonté de transformation sociale aux révolutionnaires d'antant. Et du coup, à rebours, que la clique stalinienne ait voulu véritablement construire le socialisme, doit être posé en postulat. Le CCI y échappe rarement et aujourd'hui c'est donc lui qui doit être la cible d'un combat idéologique. Enfin, les reconsidérations théoriques sont généralement à la hauteur des leçons enmagasinées.

Pour sa part, le FOR rejette la révolution permanente pour les pays arriérés, le capitalisme d'Etat comme solution d'attente d'un Etat ouvrier isolé, et l'idée que l'Etat, un Parti, ou un collège de partis puissent être les organisateurs de la transformation sociale qui échoit à l'ensemble de la classe ouvrière. Par ailleurs, il adopte des axes d'attaque dont le moindre n'est pas que l'Etat, pour si ouvrier et dictatorial qu'il soit, doit dépérir dès les premiers pas de la révolution. Ceci entre étroitement en relation avec la capacité du prolétariat à se nier en tant que classe dans sa lutte anti-capitaliste.

De son côté le CCI élude la nature de l'économie de transition et bredouille que la dictature du prolétariat ne doit pas se confondre avec l'Etat. Le deuxième point est incompréhensible. Heureusement nous savons que le CCI entend par là un interdit posé à la classe ouvrière de s'ériger en classe dominante. Ignorons les sophismes qui justifient cette absence de parti-pris qui signifie en tout et pour tout la négation d'une révolution politique devant détruire de fond en comble l'ancien appareil d'Etat.

Résultat des courses pour le CCI : la révolution à venir ne sera ni sociale, ni politique. Le connaissant, c'est encore le meilleur moyen d'avoir toujours raison dans la société capitaliste. Au-delà...

Récapitulons maintenant. Après le premier congrès de l'IC, considérant la période, le CCI charge les bolchéviques de la contre-révolution. A l'autre bout, il dédouane le stalinisme, simplement mystificateur et lui-même mystifié. Au final, révolution et contre-révolution échangent leurs casquettes, tandis que le CCI, désemparé, se refuse à la moindre affirmation révolutionnaire. Nous schématisons à l'extrême ses travers pour faire ressortir l'orbite autour de laquelle gravitent les militants de ce groupe. En réalité,pour comprendre la genèse de ce dernier, il faut faire le chemin inverse en partant de sa farouche négation de la révolution espagnole qui, parce qu'immédiatement socialiste, a su elle désigner son principal ennemi, le stalinisme (journées de mai 37). Machons le travail : non-reconnaissance d'un mouvement de classe par manque de subjectivité révolutionnaire, incapacité à distinguer la nature du stalinisme - anti-communiste par essence - et enfin réexamen faussé de l'histoire, contraint par on ne sait quel souci d'objectivité. Nous le répétons, le CCI et d'autres n'ont pas l'exclusive en ce qui concerne la négation de la révolution espagnole. A l'époque, les staliniens la niaient aussi, l'analogie ne servant que pour forcer la réflexion. Il est vrai que pour sa part, en bout de course, le CCI prétexte un cours irréversible vers la seconde guerre mondiale. Nous lui avons déjà répondu sinon par écrit du moins oralement, que l'écrasement de la révolution espagnole était un préalable au déclenchement de la guerre, et considérant ceci dans ce qui nous oppose à ce sujet, qu'il ne peut plus s'agir après que d'une question d'engagement révolutionnaire. Il est vain d'insister, passée cette limite. Mais à nouveau, le CCI croit judicieux d'invoquer des pères, la Gauche Italienne, comme tout à l'heure la Gauche Allemande. Pour être plus exact, il faut dire la Fraction italienne de la gauche communiste qui publiait «Bilan» à l'époque, tendance éminemment contradictoire qui avait néanmoins parlé de révolution à propos du soulèvement ouvrier des Asturies en 1934. Mais quoiqu'en rapporte le CCI, l'objection majeure de cette Fraction à l'idée d'une révolution en Juillet 36, résidait essentiellement dans la question du Parti révolutionnaire qui, pour elle, ne pouvait objectivement pas exister. Les justifications théoriques de cette assertion, émises en juillet-août 36, sont à écouter pour deux raisons. La première, c'est que cette tendance badinait énormément moins avec la nature des évènements que ne peut le faire aujourd'hui le CCI. La seconde, c'est qu'il est toujours opposé à nos origines trotskystes et internationalistes pendant la seconde guerre mondiale, la soit-disant rigueur théorique de la Fraction italienne. Alors écoutons-la :

> «... comment s'est-il fait qu'à l'instar de la Russie, de ce milieu social particulièrement favorable, des noyaux marxistes ne se soient pas formés de la puissance et de l'envergure des bolchéviques russes ? La réponse à cette question nous paraît consister dans le fait que la bourgeoisie russe se trouvait sur une ligne d'ascension (?? Ndlr) alors que la bourgeoisie espagnole, qui s'était affermie pendant des siècles, traversait alors une phase de décadende putréfiée. Cette différence de position entre les deux bourgeoisies reflétait d'ailleurs une différence de position entre les deux prolétariats et le fait que le prolétariat espagnol se trouve dans l'impossibilité de faire surgir de ses mouvements gigantesques (!! Ndlr), le parti de classe indispensable à sa victoire (!!! Ndlr), nous semble dépendre de la condition d'infériorité absolue où se trouve ce pays que le capitalisme a condamner à rester à l'écart de l'évolution politique actuelle.»
>
> («Bilan, contre-révolution en Espagne», ed. UGE 10/18 p.156)

C'est une explication complètement défectueuse et le passage sur la bourgeoisie russe est rétrograde par rapport aux «Thèses d'Avril» de Lénine, qui partant d'un constat inverse, ouvrirent la voie à l'action révolutionnaire du prolétariat. De plus, au niveau international, quel parti s'est renforcé dans le sillage d'une bourgeoisie montante ? Le parti social-démocrate, avec lequel rompit la gauche Zimmerwaldienne, comme réaffirmation de l'internationalisme face à la capitulation patriotarde du premier en 1914. Le parti bolchévique de 1917 fut d'avantage le résultat de cette césure que de ses origines social-démocrates auxquelles Bilan fait naturellement allusion. Arrêtons-nous pour dire qu'en Espagne, le parti devait être construit dans le feu des évènements révolutionnaires. Comment ?[^7] C'est une autre affaire qui ne regarde plus le CCI, à peine concerné qu'il est déjà par cette incartade sur la Fraction italienne de la gauche communiste.

Dès ses origines, la contre-révolution stalinienne est en crise, comme partie de la crise de décadence du système capitaliste, ainsi que le FOR l'a développé dans «Parti-Etat, stalinisme, révolution» (Editions Spartacus). Mais comment saisir ce phénomène à la manière CCI? On estime qu'en 1925-26, la Russie achevait sa reconstruction, consécutivement à la première guerre mondiale et à la guerre civile (dépassement des indices de la production de 1913). Dix ans plus tard, le rythme de sa croissance industrielle, qui avait suivi une courbe ascendante entre-temps, était de 5 à 6 fois supérieur à celui du pays capitaliste le plus dynamique alors, et ce rythme ne devait réellement chuter qu'en 1941-42. Comment ceci s'inscrit-il dans le cycle «crise-guerre-reconstruction» du CCI comme interprétation de la décadence ? Cela ne se peut pas même si le CCI, qui passe royalement outre le cas russe dans sa brochure sur la décadence, veut faire jouer sa définition toute personnelle de la reconstruction («La décadence du capitalisme» p.58). Effectivement pour le CCI, cette dernière s'achève quand un pays considéré retrouve son niveau de compétitivité international. Il s'agit là d'une supercherie inventée pour poser l'origine de la soit-disant crise économique en 1967. Il faut jauger toute la brochure à la lumière de cette invention. Rapidement, dans l'entre-deux guerres, elle ne fonctionne pas, les USA ayant irrémédiablement détrôné l'Angleterre, par exemple, comme première puissance économique. Cela suffit pour nous ! L'important réside dans ce que la croissance russe, entre 25 et 41, a été au plus haut point meurtrière et n'a jamais pu extraire le pays de son état arriéré. Croissance économique et développement social se sont odieusement manifestés en raison inverse l'un de l'autre (ce qui correspond à notre conception de la décadence). Soixante ans après, un Gorbatchev s'affronte toujours à la même réalité que ses ancêtres, ainsi qu'à la résistance de la classe ouvrière, résistance de moins en moins passive et de plus en plus ouverte, quoiqu'en dise le CCI qui déserte salement le terrain en véhiculant sans tempérance des fables sur l'alcoolisme et les illusions libérales (Lettre de Moscou. RI n°190). En juillet 89, les 175 000 ouvriers sibériens en grèves, en majorité des mineurs, ont ici et là pris des mesures pour interdire la vente d'alcool, et leurs revendications, certes empreintes de préjugés démocratiques, légalistes et autogestionnaires, visaient fortement la pléthore de chefaillons et de bureaucrates en tous genres. Alors critiquer notre classe, oui ; la dénigrer, jamais ! Et encore moins à l'aide d'arguments puritains avec lesquels les classes dominantes ont toujours dissimulé leurs propres vices.

En Russie, coincée entre l'inefficacité de la propriété étatique et la rigueur paupérisante des expériences dites libérales (mais contrôlées par l'Etat), la classe ouvrière n'a pas d'autre solution que confisquer toute l'économie pour son propre compte. Là-bas, les idéologues sont du côté de la révolution uniquement politique. Or ce n'est pas elle qui abattra définitivement le stalinisme dans l'âme.

[^1]: Le Courant Communiste Internationaliste publie cette revue en France. R.I. Boîte Postale 581 - 75027 - Paris Cedex 01.

[^2]: Revue Internationale du Mouvement Communiste : RIMC BP 11 75965 Paris Cedex 20

[^3]: Voir Alarme N°5 «Organisation et activité révolutionnaire»(1979)

[^4]: 8° Congrés du CCI - «Revue internationale» n°59, 4°Trim.89

[^5]: Voir notre article «Deux vérifications négatives», L'arme de la critique n°2.

[^6]: Voir notre brochure «Organisation et conscience de classe»

[^7]: Sur l'Espagne, voir «Réaffirmation» dans l'Arme de la Critique n° 1
