---
Title: « Nous disions hier... »
Description: Munis reproche au Secrétariat international de reprendre le Bulletin intérieur comme si rien ne s'était passé et énumère les problèmes que doit discuter le congrès mondial.
Author: G. Munis
Date: 01/12/1946
Category: Bulletin intérieur n.º 10
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/boletin-interno/1946-12-bi-nous-disions-hier
---


*Bulletin intérieur*, vol. I, n° 10, décembre 1946 (p. 9-10). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1939-58%20Hemeroteca%20del%20GCI/1946%20Boletin%20Interno%20IV%20Int.pdf)

Le Secrétariat international devrait imprimer ce titre général en tête du *Bulletin intérieur* qu'il publie. L'origine de cette expression fuyante et cauteleuse est bien connue des lecteurs de langue espagnole. Après sept ans de réclusion, de non-communication avec le monde extérieur et de tortures, un poète et [ilegible] poursuivi par l'inquisition trompa l'attente de ses nombreux amis en reprenant ses classes à l'université, comme s'il ne s'était rien passé : « Nous disions hier... »

Pendant presque sept ans aussi, les sections de l'Internationale n'ont pu communiquer entre elles, et ces sept années sont bourrées d'événements d'une portée historique exceptionnelle, elles sont riches en promesses d'émancipation mais aussi d'annihilation, ce sont des années de fructueux et douloureux apprentissage pour les exploités du monde, en particulier pour les révolutionnaires. Cependant, voici le premier numéro du *Bulletin intérieur*, et le second, et le troisième, publiés en mai comme si le numéro antérieur venait de sortir en avril. Leur silence crie : rien ne s'est passé ici, messieurs ; continuons la classe.

Il y a environ deux ans, à propos de la publication, aux Etats-Unis, d'un *Bulletin international* aussi muet que celui d'aujourd'hui, j'ai dit, et cela disparut dans les ténèbres : « Ce n'est pas la façon de faire sortir un *Bulletin international* de discussion. » Je le répète aujourd'hui avec plus de force et comme signal d'alarme à l'Internationale. Il était indispensable que le premier acte du nouveau Secrétariat international consistât à expliquer la situation de l'organisation mondiale, les plus importants événements depuis le commencement de la guerre impérialiste et l'attitude adoptée par les diverses sections, les scissions et divergences nationales suscitées, ensuite, à présenter une liste de questions à discuter, à proposer un ordre de discussion, à obtenir pour le plan de discussion l'accord de la majorité des sections, en un mot, à inaugurer, avec le maximum d'amplitude et de liberté, la discussion qui doit précéder le prochain congrès mondial. Il était indispensable que le S.I. fît un appel dans ce sens à toutes les sections dans le premier numéro du *Bulletin intérieur*, ou, au moins, qu'il déclarât quelles sont ses intentions en ce qui concerne la forme, les thèmes, le temps de discussion, la participation des sections officielles ou extra-officielles. N'est-il pas inadmissible que, après sept ans d'interruption des relations internationales, le S.I. nous envoie un premier *Bulletin sans un seul mot* relatif à la discussion mondiale ? Que ceux qui trouvent bonne cette façon de renouer le contact idéologique et organique l'approuvent ou lui enlèvent de l'importance, si cela leur plaît ; nous la censurons énergiquement, parce que nous voyons en elle un danger, et nous sollicitons de toutes les sections et groupes trotskystes d'appuyer notre critique.

Il ne s'agit pas de jeter un bulletin à l'Internationale, même avec liberté complète d'expression. Il est nécessaire que le S.I. lui-même, agissant comme comité organisateur de la discussion et du congrès, place l'Internationale devant la nécessité de se juger elle-même et de trouver son homogénéité idéologique et organique. Cette homogénéité ne peut être considérée comme acquise après l'isolement prolongé et les événements transcendentaux survenus dans l'intervalle. Il ne convient pas, d'autre part, d'abandonner à la spontanéité des sections la décision de discuter tel ou tel problème. La discussion se réduirait au minimum et prendrait un aspect désordonné. L'initiative des sections doit être sollicitée par la direction, qui doit y suppléer quand elle n'existe pas. C'est seulement ainsi que l'Internationale se définira sans pressions ni faits consommés.

Il existe un certain nombre de problèmes très importants, qui doivent immédiatement être énumérés comme sujets de discussion, quelle que soit l'opinion du S.I. et du C.E.I. D'abord et avant tout, l'Internationale doit savoir quelle a été l'attitude révolutionnaire ou opportuniste de ses partis devant la guerre impérialiste, si cette attitude s'est située dans les limites du défaitisme révolutionnaire, ou hors d'elles. Sans un tel examen, tout projet de politique révolutionnaire serait construit sur le sable. Si le S.I. n'a rien à dire à ce sujet, il doit demander aux sections leur façon de voir. Rappelons que, depuis 1942, le groupe espagnol de Mexico a critiqué comme opportuniste la politique du S.W.P. Il existe un document, destiné à la discussion mondiale. Le congrès mondial devra décider sur ce cas concret, et sur tout autre qui se présente.

En second lieu vient la politique de nos partis devant les mouvements nationaux et le guerillerisme, surgis en Europe comme conséquence de la volte-face des partis staliniens, qui les déplaça du service de Moscou-Berlin à celui de Moscou-Londres-Washington. Il s'agit d'un phénomène entièrement nouveau dans l'histoire de la révolution mondiale, et l'Internationale doit l'étudier et se prononcer.

Troisièmement, le problème de la défense de la Russie se révèlera sans doute de la plus haute importance pour l'avenir de l'Internationale. Après les événements survenus, qui ont largement dépassé les calculs les plus pessimistes relatifs à la politique étrangère du Kremlin, le S.I. se trouvait devant le devoir pressant de poser cette question à l'Internationale : la défense de la Russie continue-t-elle à être juste et nécessaire pour le prolétariat mondial, ou apparaît-elle, à la lumière des nouveaux événements, comme incompatible avec la révolution mondiale ?

Il était aussi nécessaire que le S.I. posât, comme conséquence du problème précédent, celui de notre attitude devant les partis staliniens du monde entier. Jusqu'à présent, nous continuons à les traiter comme des partis réformistes. Cependant, alors que le réformisme a pour base l'aristocratie et la bureaucratie ouvrières, et pour idéologie la conception évolutive du capitalisme vers le socialisme, le stalinisme est un phénomène totalement différent, dont l'origine réside dans le triomphe idéologique et économique de la contre-révolution russe. Identifier réformisme et stalinisme est, à première vue, au moins douteux. Dans cette discussion doit prendre place l'acceptation ou le rejet du mot d'ordre « gouvernement stalino-réformiste », soutenu aujourd'hui par divers partis européens. Il est du devoir du S.I. de stimuler l'expression des sections sur cette grave question.

Un autre problème se pose encore, celui de la guerre sino-japonaise, sur lequel la section chinoise se divisa et reste divisée ; une partie de cette section considère que l'intervention des Etats-Unis transforma le caractère de la guerre, tandis que l'autre partie persévère dans la défense. Et j'ai entendu dire que le parti hindou s'est prononcé aussi contre la défense.

L'appréciation de la perspective de la révolution mondiale et de notre tactique dépendront dans une large mesure de la discussion préalable des cinq problèmes énumérés plus haut. Ils constituent la base indispensable quand on veut aborder des problèmes tactiques d'ordre général, tels que nationalisations par les gouvernements bourgeois, mots d'ordre démocratiques et de transition et mots d'ordre révolutionnaires, problèmes particuliers tels que ceux de Grèce et d'Espagne, problème brûlant et transcendantal des occupations militaires, celui d'Amérique latine et celui des pays coloniaux.

Dans les documents d'information sur le *plenum* du C.E.I., on dit : « Après avoir considéré les problèmes relatifs à la préparation du prochain congrès mondial de la IVe Internationale, le C.E.I. a décidé de se préparer à le tenir en 1947 et il déclare ouverte la discussion préalable au congrès, sur la base de la résolution adoptée à la conférence d'avril 1946 et de la résolution supplémentaire relative au retrait des troupes d'occupation. » C'est tout.

Il semble que le C.E.I. n'a pas senti la nécessité de modifier la ligne de conduite suivie par le S.I. dans les trois Bulletins déjà mentionnés. « ...et déclare ouverte la discussion préalable au congrès... » Sans proposer aucun ordre de discussion, sans montrer aux sections qu'il convient qu'elles donnent immédiatement leurs initiatives pour que la discussion embrasse tous les problèmes existant dans l'Internationale ou introduits par les événements. « La base de la résolution adoptée à la conférence d'avril 1946, et la résolution complémentaire » adoptée par le *plenum* du C.E.I., sont loin de suffire aux nécessités de discussion existantes. C'est là continuer le chemin de la moindre préparation et de la moindre discussion. Au surplus, le C.E.I. ne s'est pas cru obligé non plus de dire quels groupes de chaque pays seront autorisés à participer à la discussion et seront convoqués au congrès, ni si celui-ci sera convoqué clandestinement, comme la préconférence, ou si l'on y aura recours à ce procédé qu'après que toutes les possibilités de le célébrer légalement dans quelque pays du monde aient été épuisées.

En un mot, le « Nous disions hier » est une conduite passive qui ne peut donner que de mauvais résultats. Il est nécessaire que l'Internationale réagisse, que les partis et groupes demandent une préparation soigneuse de la discussion, ainsi que la participation et la convocation des différents groupes trotskystes existant en beaucoup de pays ; qu'ils demandent aussi la tenue légale du congrès, et sa réunion seulement lorsque la discussion aura été complète sur tous les points. Sans cela, s'imposera à notre mouvement la pratique du laisser-faire qui, mécaniquement, favorise ceux qui ont l'appareil le plus fort.

*Mexico, D.F., 4 août 1946.*
