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Title: Sur le prochain congrès mondial
Description: Déclaration du groupe espagnol de la IVe Internationale au Mexique sur les divergences accumulées pendant la guerre et la préparation démocratique du congrès mondial.
Author: Groupe espagnol au Mexique
Date: 01/12/1946
Category: Bulletin intérieur n.º 10
URL: https://marxismo.school/hemeroteca/boletin-interno/1946-12-bi-sur-le-prochain-congres-mondial
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*Bulletin intérieur*, vol. I, n° 10, décembre 1946 (p. 8-9). [PDF du numéro complet](https://marxismo.school/assets/archivo/1939-58%20Hemeroteca%20del%20GCI/1946%20Boletin%20Interno%20IV%20Int.pdf)

Une année s'était à peine écoulée depuis la fondation de la IVe Internationale, en 1938, quand éclata la guerre impérialiste. Le nouvel organisme mondial n'avait pas encore réussi à établir des relations régulières avec beaucoup de groupes trotskystes existant dans le monde, lorsque l'illégalité brusque ou accentuée dans laquelle tombèrent toutes les sections d'Europe continentale et d'Asie, paralysa le peu qu'on avait réussi à créer comme organisation internationale. Staline compléta cette œuvre destructrice de la guerre impérialiste, en assassinant l'homme qui par son autorité était dans les meilleures conditions pour empêcher que la crise organique se transformât en crise idéologique. Le fait est que, à part de rares exceptions en Amérique, depuis le commencement de la guerre, chaque parti ou groupe de la IVe Internationale a vécu et travaillé isolé du centre mondial et même des sections voisines. Le centre mondial disparut, incapable d'assurer même une fonction internationale minime et formelle. Pendant les six années de guerre, les membres du Comité exécutif international ne furent pas consultés une demi-douzaine de fois. Le mérite du mouvement trotskyste n'a pas résidé dans son activité et homogénéité organique internationale, pratiquement absente, mais dans la résistance et l'initiative des groupes et partis nationaux. Sa propre faiblesse fait ressortir sa force. Ce n'est pas sous l'inspiration et avec l'aide de l'organisation mondiale que les sections se sont constituées, ont vécu et agi, mais au contraire, le trotskysme comme mouvement mondial a vécu et agi grâce à l'initiative des sections.

Nous devons commencer par reconnaître les faits et ce que nous sommes, si nous voulons franchir positivement, dans l'étape immédiate, la distance qui nous sépare d'une organisation mondiale, idéologiquement homogène et organiquement coordonnée. La situation antérieurement décrite ne pouvait laisser de conduire à d'importantes divergences idéologiques
entre les sections, quelquefois à l'intérieur même des sections, divergences découlant du fractionnement de l'organisation internationale au milieu d'événements d'énorme envergure historique. Pendant les années d'isolement de la guerre impérialiste, a surgi en Europe un puissant début de guerre civile, plus tard déviée par le stalinisme et le réformisme dans les voies de la guerre impérialiste ; une nouvelle série d'assassinats d'éléments révolutionnaires en Russie a eu lieu ; le facteur impérialiste américain a été injecté dans la guerre antiimpérialiste de Chine ; l'occupation de presque toute l'Europe par l'impérialisme allemand et, immédiatement après, par les Trois Grands, s'est produite ; Mussolini est tombé et le IIIe Reich a été détruit par ses trois rivaux ; momentanément au moins l'Allemagne a disparu comme nation organisée et cohérente ; il y a eu insurrection à Naples, Rome, Milan (deux fois), Paris, Varsovie, Prague, Bucarest, Sofia, Grèce et beaucoup d'autres plus petites, écrasées par les troupes de Washington-Londres, par celles de Moscou et par celles de Hitler en collaboration passive avec ses trois grands rivaux ; il y a eu les mouvements nationaux de Java, Indochine, Indes, Egypte, etc. ; l'occupation et la mise à sac de l'Europe orientale et d'une grande partie de la Chine par les troupes russes ; la constitution de gouvernements stalino-bourgeois-réformistes dans presque tous les pays d'Europe ; l'apparition de millionnaires en Russie, une nouvelle modification de la loi sur les héritages dans un sens entièrement capitaliste, l'extension des propriétés et du pouvoir bureaucratique, la suppression de l'autonomie formelle de diverses républiques et la consécration définitive de l'économie russe comme économie de guerre, sans dire plus que ce qui est évident et indéniable pour chacun.

Tant d'événements formidables incomplètement relatés se sont produits sans que le prolétariat obtînt en aucun endroit un triomphe important, sans que la IVe Internationale se soit
développée sensiblement, et sans qu'elle-même prît une position nette et publique devant chacun d'eux.

Comme conséquence, nous avons dans l'Internationale une mosaïque polychrome de positions, à l'intérieur d'une fidélité générale aux principes révolutionnaires les plus fondamentaux, à part telle ou telle exception. Sans être informés autrement que par hasard, nous savons qu'il existe en Grèce trois groupes, un ou deux d'entre eux contre la défense de la Russie ; un parti naissant en Bulgarie, absolument opposé à cette même défense, position encore officielle dans la IVe ; deux groupes allemands divisés sur la question nationale et la défense russe ; un parti français divisé en majorité et minorité, avec d'autres sous-tendances (une contre la défense de la Russie), plus un groupe extérieur qui se prétend également de la IVe Internationale ; un parti anglais divisé en majorité et minorité sur des problèmes secondaires plus une « fraction de gauche » expulsée l'année dernière pour des motifs peu clairs ; un parti américain dont la politique pendant la guerre mérite le plus minutieux examen ; dans son sein, une minorité qui veut l'unité avec le parti de Shachtman, une majorité opposée, plus le parti même de Shachtman, qui prétend aussi appartenir à la IVe Internationale, et dans son sein la minorité dirigée par Johnson qui s'y proclame plus d'accord avec le S.I. qu'avec Shachtman sur les problèmes immédiats de la révolution ; une division potentielle à Cuba, provoquée par les problèmes américains ; sept groupes en Argentine, dont nous ignorons les divergences ; deux groupes au Chili, dont nous savons peu de choses ; un groupe en Bolivie opposé à la politique du S.W.P. américain, officieusement acceptée jusqu'à présent comme politique de la IVe Internationale pendant la guerre ; deux groupes en Afrique du Sud, avec divergences imprécises ; en Chine, deux autres qui, depuis cinq ans, sont en désaccord sur le caractère anti-impérialiste ou impérialiste de la guerre contre le Japon et
actuellement sur l'occupation de territoires mandchouriens et chinois par le Kremlin ; un parti indien opposé, semble-t-il, à la position officielle sur les problèmes de défense de la Russie et guerre sino-japonaise ; un groupe espagnol émigré à Mexico qui, catégoriquement, considère comme opportuniste la pratique suivie par le S.W.P. pendant la guerre et qui est irréconciliablement opposé aujourd'hui à la défense de la Russie, ainsi qu'au mot d'ordre de défense de la Russie, et qui demande une nouvelle étude du mot d'ordre de nationalisations.

Quoique fort impressionnante, l'énumération antérieure est très loin de donner une idée suffisante des divergences actuelles ou potentielles dans notre mouvement, parce qu'elles apparaissent en chaque endroit comme atténuées par les distances, voilées par l'absence presque complète d'informations, et qu'en général elles sont mal connues des sections à cause de l'incapacité de la direction internationale de mettre en discussion tous les problèmes nouveaux, ou ceux qui, pendant les années d'isolement, se sont éclairés d'un nouveau jour. Cette situation est le premier obstacle à la croissance de la IVe Internationale, à son efficience politique, à sa constitution et à son fonctionnement comme organisme mondial homogène. Nier ceci équivaudrait à nier l'existence de son propre nez.

La solution positive ne pourra se trouver qu'à travers une ample discussion préparatoire au congrès mondial, avec représentation effective de la majorité des sections et groupes. Il faut découvrir sans crainte les divergences qui se cachent et les nouvelles positions politiques qui fermentent ; il faut les signaler à la IVe Internationale, les soumettre à son examen, stimuler la discussion dans toutes les sections. Il faut mettre notre mouvement à la hauteur des événements grandioses des dernières années et l'armer de leurs enseignements. Il faut examiner sans trouble notre politique passée et en particulier celle des sections les plus importantes.

C'est là la tâche fondamentale de la nouvelle direction, et celle-ci doit l'entreprendre aussitôt. Etant données les circonstances décrites ci-dessus, le grand nombre des problèmes à discuter et la lenteur dans le renouvellement du contact organique international, nous croyons que le congrès mondial doit être convoqué dans un délai minimum d'un an à partir du commencement effectif de la discussion. Il nous paraît également indispensable que la direction actuelle exerce ses pouvoirs provisoirement, sans pouvoir imposer telle ou telle politique concrète sur les questions en litige, ni expulser des sections ou des camarades. Il ne pourrait d'ailleurs en être autrement, puisque l'Internationale n'a ni discuté, ni approuvé à la majorité, les points sur lesquels il y a divergences. La tâche de la nouvelle direction consiste à permettre que l'Internationale s'exprime avec la plus grande liberté et trouve sa majorité. D'autre part, il est indispensable de garantir dès maintenant la participation à la discussion, et l'assistance au congrès des groupes qui se réclament de la IVe Internationale. Et finalement, il faut essayer de célébrer le congrès légalement, plaçant les gouvernements bourgeois devant l'alternative de concéder ou de refuser l'autorisation de le tenir. Uniquement au cas où il serait matériellement impossible de se réunir en plein jour, le congrès se tiendrait clandestinement. La légalité sera aussi une garantie de démocratie et d'efficacité face à tout le mouvement ouvrier.

Nous appelons tous les groupes et sections à soutenir cette déclaration ou à proposer les modifications qu'ils jugeraient nécessaires.

*Mexico, 15 juillet 1946*
