Alarme, n° 2, octobre-novembre-décembre 1978 (p. 14). PDF du numéro complet
Après avoir pendant des années soutenu le gouvernement militaire et entretenu la fable du rôle "progressiste" de cette dictature militaire; après avoir participé à plein à la mystification électorale pour canaliser le mécontentement de la classe ouvrière vers un terrain où elle est de toute manière perdante: le choix entre différentes équipes proposant chacune une gestion différente du capital; les "trotskistes", à travers la Fédération des mineurs et des travailleurs de la métallurgie qui est sous leur contrôle, devant la menace de grève des mineurs qui planait, ont tenté de récupérer le mécontentement ouvrier en lançant un ordre de grève générale illimitée. 40.000 mineurs se sont mis en grève, réclamant la réintégration de 400 de leurs camarades licenciés à la suite de la grève générale de Juillet 77. Aussitôt, la grève, s'étendant déjà à d'autres secteurs, notamment certains services bancaires et d'administration, a été déclarée illégale par le gouvernement que les "trotskystes" ont la décence de ne plus baptiser "progressiste". Dix sept jours après le début de la grève, l'état d'urgence et la suspension de toutes les garanties constitutionnelles étaient décrétés dans les districts miniers du pays affectés par la grève. On peut voir ici combien facilement le pouvoir met de côté les lois qui le gênent temporairement. On peut également aussi se demander à quoi servait donc la mobilisation des "trotskystes" et autres valets "gauchistes" du capital pour les "droits démocratiques" sinon encore une fois à dévoyer le prolétariat de sa lutte puisque de ceux-ci l'Etat péruvien se fout comme de sa dernière chaussette au moindre désordre (comme tout autre Etat aujourd'hui, d'ailleurs). Les mesures décrétées impliquaient que l'armée occupe ces régions et s'y substitue à l'autorité politique: l'ordre militaire dans sa plus pure nudité, sans le fard trompeur d'un gouvernement "démocratique". Devant la décision des mineurs à ne pas céder et à ne pas reprendre le travail, l'état d'urgence était décrété quelques jours plus tard dans cinq des 23 provinces du pays. Dans certaines mines, cependant, le travail reprenait, la Fédération continuant à figer la grève dans les revendications qu'elle s'était donnée au début au lieu d'avancer d'autres perspectives y compris des perspectives insurrectionnelles. Enfin, le syndicat "trotskiste" achevait son oeuvre de démoralisation, commencée par son immobilisme, en suspendant la grève, suspension immédiatement sanctionnée par le licenciement de 54 mineurs. Mais cette défaite pour le prolétariat péruvien n'est qu'un épisode de sa lutte. Cependant, sa lutte ne pourra être victorieuse que lorsqu'il comprendra exactement le rôle joué aujourd'hui par les syndicats et les "trotskystes", la "gauche" et les "gauchistes", compréhension à laquelle il n'est pas encore arrivé et qui lui serait facilitée par une organisation authentiquement révolutionnaire, à ce jour inexistante au Pérou.