Alarme, n° 5, juillet-août-septembre 1979 (p. 16). PDF du numéro complet
Pendant une semaine, le pape est allé prendre des bains de foule en Pologne. Des centaines de milliers de personnes sont venues applaudir au passage de cet "affreux vieillard" comme eut dit Prévert. Pendant quelques jours, la vie politique polonaise a pris un air de "démocratie" avec slogans à la clef prônant soit Jésus et l'Eglise, soit la "juste ligne" du marxisme-léninisme.
Malgré tout ce que l'on a bien pu prétendre, la religion catholique, ou tout autre religion qu'elle soit orthodoxe ou musulmane, n'est nullement en opposition radicale avec les dogmes staliniens. Ainsi, en Pologne, ce sont les grands inquisiteurs de la religion stalinienne qui ont fait venir le prêtre suprême de la religion catholique. Deux religions peuvent paraître antagonistes et même parfois ont fait ou font encore s'affronter dans la violence leurs fidèles. Cependant, leur antagonisme n'est que superficiel, surtout aujourd'hui. Les religions ont toutes la même base et servent toutes le même dessein: soumettre l'homme aux réalités présentes qu'elles présentent comme immuables. Le pape n'a-t-il pas dit lui même et de manière très expressive: "Vous devez avoir des convictions bien arrêtées, profondes et sincères qu'elles soient chrétiennes ou marxistes". Surtout ne pas douter du dogme quel qu'il soit!
Aujourd'hui, une religion au pouvoir est très rapidement désertée par la majeure partie de la société et c'est le cas précisément de la religion stalinienne en Pologne comme dans tous les pays se proclamant "socialistes". Il lui est donc nécessaire, à ce moment là, d'avoir recours à une de ses consoeurs en la sainte tromperie pour tenir dans la soumission et l'humilité l'ensemble de la société et plus particulièrement la partie de la société qui concentre en son sein le mécontentement le plus aigu en même temps qu'elle représente le seul danger réel pour le système établi mondial: le prolétariat.
En Pologne, le prolétariat a montré à plusieurs reprises il y a encore peu de temps qu'il était puissant et prêt à intervenir violemment contre l'Etat capitaliste. Pour cette raison, la Pologne est le point sensible du bloc de l'Est, le maillon faible. Pour tenter de désamorcer la bombe prolétarienne, le gouvernement a fait appel au pape, la conjuration du spectre du communisme concernant tous les intéressés à l'existence de l'oppression de l'homme par l'homme, sans distinction de religions ou de blocs impérialistes. Empêcher l'apparition de l'opposition communiste en focalisant l'attention du prolétariat sur la soi-disante "opposition" catholique, essayer de dévoyer le prolétariat sur une fausse alternative, voilà ce qui a présidé au voyage du pape en Pologne.