Alarme, n° 7, janvier-février-mars 1980 (p. 11-13). PDF du numéro complet

Cet article provient de notre organe espagnol ALARMA n°8, nous publions ici sa traduction.

"Les nations de même que les individus, ne peuvent se soustraire aux impératifs de l'accumulation élargie du capital sans supprimer le capital."

"Pour un second manifeste communiste" F.O.R.

N'importe quel nationalisme est aujourd'hui méprisable et obtus: aussi bien celui du style E.T.A.-Herri Batasuna, que celui d'"Arriba España" reflet de l'hitlérien "Deutschland uber alles" et que celui des deux super-grands Washington et Moscou. Ils ont tous pour base la même structure économique, qui les projette dans un sens anti-historique et donc réactionnaire. Les plus petits ont beau vouloir dissimuler leur identité rétrograde avec des cris radicalisants ou teintés de marxisme, rien d'essentiel ne les distingue des nationalismes impérialistes.

La preuve pratique existe. Hier, lorsque les "gauches" se soulevaient en défense de "l'héroïque Vietnam", notre tendance dénonça la supercherie des défenseurs et des défendus. Le gouvernement vietnamien accrédite notre position, sans réplique possible au Cambodge, au Laos et dans ses propres frontières. D'autres preuves du même genre abondent: la Chine, l'Inde, l'Indonésie, la Lybie, l'Algérie, et, en nous excusant d'allonger la liste, même la minuscule Cuba. Ils agissent tous en cliques impérialistes, quelques fois pour leur propre compte, mais se louant le plus souvent à l'impérialisme le plus protecteur. Une mention spéciale doit être décernée en Iran, à Khomeiny et à ses argousins de mollahs. Eux aussi parlent d'anti-impérialisme et de révolution, mais imposent sans masque et à volonté d'une brute aux ambitions prophétiques, la bestiale loi coranique. L'ETA vient s'ajouter à cette procession d'athées et de religieux hypocrites. Elle ne se distingue de la file ni par ses méthodes, ni par ses origines, ni par ses objectifs. Ses amis et les amis de ses amis suffisent pour le mettre en évidence. Comme toute la fausse gauche, l'Eta a appuyé Khomeiny, dont le despotisme prenant la relève du despotisme du Chah, s'exerce contre toute action ouvrière révolutionnaire (ainsi que contre les Kurdes et l'Azerbaïdjan). Arafat qui a été accueilli à Washington et aux nations unies a été reçu en grande pompe par Khomeiny et choyé peu après par le gouvernement de Madrid. Arafat et son organisation (cause nationaliste et méthodes terroristes identiques à celles de l'ETA) reçoivent toutes sortes d'appuis politiques, armés et financiers de la Lybie et de l'Algérie, deux autres amies de l'ETA qui ont soutenu Amin Dada, font la cour à Bokassa et continuent à être en bons termes avec Moscou, alors que Madrid s'efforce de leur complaire ainsi que tout ce qui est appelé monde arabe. Rappelons que la politique de Franco était déjà celle-là, coïncidant, en dehors de son terroir avec celle de l'ETA. Le réseau de compères de l'ETA, encrassé d'infamies non seulement contre la révolution prolétarienne mais également contre d'autres nationalismes, ne peut être délimité qu'en énumérant tous les Etats et ceux qui aspirent à le devenir dans le monde. L'ETA, non moins que les autres, a sa patrie; mais le prolétariat révolutionnaire n'en a pas, et tous ceux qui prétendent lui en donner, le trahissent. La patrie n'est pas le pays où l'on est né et où l'on a vécu, mais un territoire dans lequel on opprime économiquement et politiquement la majorité de la population conditionnée intellectuellement à mourir sur l'autel des privilégiés. Le conditionnement peut aller jusqu'au fanatisme. C'est pour cela que nous pouvons affirmer sans distortions que l'ETA est la continuité de l'ancien carlisme (1) adapté à l'actualité.

Son origine immédiate, palpable, n'est ni l'oppression ni la répression sous Franco, même si cela lui sert d'argument, mais les répercussions mondiales de la main de la contre-révolution russe mise dans la "rebatiña"(2) inter-impérialiste. Ennemie de la révolution prolétarienne depuis ses débuts, à partir du moment où elle a atteint le rang de principale rivale des USA, bien que moins forte, elle a excité, subventionné, armé -et elle continue à le faire- tous les nationalismes qui lui permettaient de se renforcer soit en remplaçant le nationalisme rival, soit simplement en lui enlevant une position. De là provient la mode des mouvements appelés "libération nationale". L'ETA, par mimétisme régional, ne pouvait que les imiter, recherchant des protecteurs solvables ayant de la voix dans le jargon capitaliste mondial. Qui n'a pas entendu il y a peu de temps, dans la bouche d'un de leur patriotissime héros, que s'il était nécessaire ils auraient recours à des aides extérieures? Le conditionnel est superflu, excepté pour préciser que l'aide serait plus grande et plus visible, car les frais de l'ETA se comptent à flot continu par millions, quantité que d'aucune façon elle ne saurait obtenir de sa chère patrie.

L'origine social et historique de l'ETA réside dans le changement de la corrélation des forces de classe à l'échelle mondiale. Avant la dernière guerre mondiale, le mouvement révolutionnaire a maintenu bien haut, pendant 20 ans, la lutte internationaliste de la classe ouvrière, en faveur de la suppression des nations. Le mouvement révolutionnaire vaincu, le capitalisme enclencha la guerre et affirma ensuite sa domination. Le prolétariat en tant que force révolutionnaire propre fut éliminé pendant des décennies. C'est la condition sine qua non pour que la lutte de nations contre nations rentre en jeu, produit direct de l'oppression de l'homme par l'homme. En effet, ces patriotes, qui retardent de plus d'un siècle, ont beau s'égosiller en criant "révolution"!, pour pouvoir occuper le devant de la scène, il leur est indispensable que le prolétariat ne bouge ni ne voit sa cause. Les créateurs de mini-nations, de nations et de blocs impérialistes procèdent sans exceptions, de bas intérêts capitalistes. Ce que réclame la révolution sociale et l'avenir humain c'est d'en finir avec les nations.

Dans le domaine politique de la péninsule ibérique autant que dans celui de la zone de "vascongada", l'ETA est pour le prolétariat un obstacle organique et idéologique supplémentaire, comme s'il n'y en avait déjà pas assez avec les partis et syndicats entrelacés avec les franquistes à casaque européenne. De plus, lorsque l'ETA tue, le prolétariat et les vrais révolutionnaires le payent par la répression accentuée et la diminution des possibilités d'expression. Ce qu'elle présente comme des actes justiciers a la même valeur que les exécutions au nom d'Allah et de son mandataire en Iran, Khomeiny. Dans sa lutte le prolétariat n'a pas besoin de tirer par surprise sur des généraux et des policiers, ni de poser de bombes sans tenir compte des éventuelles victimes. Agir ainsi équivaut à agir en Général ou en policier quand ceux-ci parlent de "sauver l'ordre". On comprend cela pour l'ETA puisqu'elle aspire à être l'armée et la police d'Euzkadi. Pour cela même cette organisation est incompatible avec la dissolution des armées, des polices et des nations, objectif de tous les exploités, à moins que les esclaves ne se résignent à leur condition au sein d'une classe méprisée.

Enfin, l'idéal de l'ETA, l'indépendance nationale, est misérable et de plus faux, que l'ignorent ou non ses "cracheurs de feu" et "filtre-patries". Un pays basque "indépendant" serait dépendant d'autres puissances beaucoup plus que ne le sont l'Espagne et d'autres nations. Car l'économie capitaliste actuelle ne tolère pas autre chose. Pour rompre cette dépendance également politique dans des questions d'importance par rapport aux puissants, il faut rompre la dépendance économique de la classe prolétarienne vis à vis du capital. Là-dessus l'ETA en est au même niveau que les Suarez, Gonzalez, Carrillo... et que les généraux. Comme beaucoup d'autres faussaires, ce qu'elle appelle révolution c'est la centralisation de l'exploitation et de l'oppression de la classe ouvrière aux mains de leur Etat.

La sinistre tromperie ETA doit cesser par l'activité indépendante, internationaliste, a-nationale du prolétariat et sous aucun prétexte par l'alliance avec les P"C", P"S", tromperie territorialement plus vaste encore.

Novembre 79.

(1) carlisme: tendance monarchiste ne reconnaissant comme légitimes que les prétentions à la couronne d'Espagne de Carlos de Bourbon et de ses descendants.

(2) jeu qui consiste à jeter un objet au milieu d'enfants qui cherchent à l'attraper.