Alarme, n° 7, janvier-février-mars 1980 (p. 5-6). PDF du numéro complet
A l'occasion du vote pour la reconduction de la "Loi WEIL", les organisations politiques de "gauche" et les mouvements féministes divers ont appelé à de nombreuses manifestations pour la promulgation d'une loi sur l'avortement sans restrictions (libre, gratuit, suppression de la "clause de conscience" etc...); l'ampleur des manifestations qui ont eu lieu nous amènent en tant que révolutionnaires à définir clairement notre position sur ces organisations féministes qui prétendent oeuvrer pour "l'émancipation de la femme". Le problème de la femme dans la société contemporaine, capitaliste, mettant en opposition deux classes sociales aux intérêts et aux buts différents, n'est pas un phénomène nouveau mais il s'est exacerbé dans la période où le capital a eu besoin de femmes à soumettre à l'exploitation par le travail salarié. L'évolution des rapports sociaux, la prolétarisation se généralisant, le progrès social permettait d'entrevoir la possibilité d'une réelle émancipation: nous étions alors dans la période historique où les revendications des femmes prolétaires pour le "droit de vote", "l'égalisation des salaires" et la liberté politique en général, s'inscrivaient dans la lutte de classes pour l'émancipation du prolétariat. Aujourd'hui les mouvements féministes sont dans leur ensemble les courroies de transmission des nombreux courants "d'intellectuels" en jupon aussi stupides que ceux en pantalon, mais le plus souvent des organisations "ouvrières" genre P"C", P"S", "trotskystes", c'est-à-dire par les plus mystificateurs qui soient. En effet toutes ces organisations se sont faites les championnes du "progrès social" et de "l'émancipation" en général... dans le cadre du système social présent. A l'heure où la seule solution possible pour le progrès global du genre humain ne peut être que la révolution sociale, toutes les organisations qui ne s'attaquent pas à la division en classes de la société sont réactionnaires; et justement la stratégie des mouvements féministes est d'entraîner "les" femmes (et certains hommes) sur un terrain totalement capitaliste: poser l'émancipation de la femme comme une revendication séparée de l'ensemble des autres luttes c'est-à-dire mystifier les femmes en leur cachant que leur condition de sur-exploitées, de sur-opprimées est la conséquence immédiate de l'organisation sociale présente basée sur le travail salarié, l'exploitation de l'homme par l'homme. Les organisations féministes ne visent pas à l'élévation de la conscience de classe des femmes; leur but est de rechercher l'adhésion d'une partie importante d'entre-elles à un programme de capitalisme "à visage humain" ou à un pseudo-communisme national (qui n'est en fait que du capitalisme d'état) alors que depuis un siècle la barbarie capitaliste se montre et s'affirme sans cesse. Le capitalisme se nourrit des contradictions sociales qu'il développe et son idéologie tente de les représenter comme indépendantes de l'organisation économique de la société, comme des phénomènes sociaux éternels, tombés du ciel et dont l'aménagement est la seule solution que l'on puisse leur apporter pour y remédier. Le féminisme moderne n'est pas tombé du ciel, il est le produit de la décadence du système capitaliste dont la trajectoire progressive s'est arrêtée au début du siècle avec la mâturité, démontrée par les faits, de la révolution communiste.
Le rôle social joué aujourd'hui par les féministes est d'exacerber les contradictions qu'affronte chaque individu dans ses rapports avec les autres, à dresser la femme contre l'homme sous prétexte que l'une est plus misérable que l'autre; accuser les hommes d'être phallocrates, de dominer les femmes de leur mystique pouvoir, de parler de société patriarchale relève de la bêtise criminelle. Regardez ce que nous appelons hommes, ce vulgaire troupeau se comportant comme des bêtes, totalement abruties par leur écoeurante condition de prolétaires, individus condamnés à la sous-culture, la sous-consommation et aux humiliations les plus insensées; regardez ces "hommes" et vous verrez que ce ne sont que des ratés, des rachitiques de la vie sans autre pouvoir que celui de se vendre à un patron ou un Etat pour subsister. Le pouvoir des hommes n'est en fait que le pouvoir de certains hommes d'une classe exploiteuse et dont l'intérêt est la division de la classe qu'elle opprime: division par le salaire, les droits politiques, le sexe, la nationalité ou la couleur de la peau; si demain le pouvoir politique passait aux mains des femmes qu'y aura-t-il de changé? rien! parce que en cas de grève, de revendication, ces mêmes femmes n'enverraient-elles pas la police ou l'armée contre d'autres femmes? Le chef de bureau ou d'atelier femme ne sera t-il pas de la même manière amené à se comporter en salaud ou en flic pour assurer la bonne marche de l'entreprise? et Mmes Gandhi ou Thatcher malgré qu'elles sont des femmes ne participent-elles pas à l'exploitation sauvage des femmes prolétaires de leur pays? Le problème de la femme ne se pose encore que parce que nous vivons dans un système social qui n'est plus progessiste, qui n'a plus aucune raison d'exister car basé sur l'exploitation des hommes et des femmes prolétaires robots voués au travail vide, et à la perpétuation de leur esclavage: les hommes et les femmes vivent ensemble mais la misère des unes est plus forte que celle des autres et c'est cette misère sociale commune qui doit animer la lutte pour leur émancipation.
Le droit à "disposer" de son corps, le droit à l'avortement sont des exemples des revendications de personnes vivant dans la misère sociale de leur classe non par faute des hommes (la Bourgeoisie a toujours eu les moyens financiers de faire avorter ses femmes clandestinement ou à l'étranger) mais par la faute d'une organisation sociale qui permet qu'un être humain puisse disposer d'autres êtres humains à satiété. Qu'aujourd'hui les femmes revendiquent le droit à l'avortement n'est absolument pas critiquable, mais qu'elles le fassent non pas au nom d'un pseudo féminisme mais bien plutôt en tant que femmes prolétaires oeuvrant et luttant contre leur sinistre vie, en tant qu'individus totalement niés et rejetés au même titre que tout homme issu de la même classe. Le problème de l'avortement n'est pas uniquement celui des femmes, il est aussi celui des hommes, -les femmes n'enfantant pas que des filles- et la question essentielle n'est pas de savoir si une femme peut avorter gratuitement et librement d'un futur petit esclave mais plutôt de savoir si elle doit donner la vie à un être réellement humain dans une société sans classes et oeuvrant à la satisfaction des besoins matériels, affectifs et culturels de tous. Démystifier le "droit à l'avortement" comme revendication féministe réactionnaire et au contraire dénoncer cette mendicité comme conséquence de la négation de la liberté individuelle que perpétue le Salariat, c'est seulement en ces termes que peut-être envisagée la réelle émancipation de la femme prolétaire.