Alarme, n° 9, juillet-août-septembre 1980 (p. 17). PDF du numéro complet

"..La Justice française rétrograde, on porte atteinte à la Démocratie, la justice "française" est bourgeoise "... A quelques nuances près on a ici résumé les différentes réactions, de la droite à la gauche, face à la Loi Peyrefitte. Cette loi scélérate va rendre notre beau pays invivable et injuste. Et de comparer avec l'Angleterre, patrie du Parlement, berceau de la Démocratie, où il existe un vrai "habéas corpus", où l'accusation doit prouver la culpabilité de l'accusé (l'accusé devant prouver en France son innocence). De plus les policiers qui n'ont que des matraques ne peuvent pas vous demander vos papiers dans la rue et on est si peu sexiste, outre-manche, que les femmes peuvent devenir 1° Ministre et peuvent charger à cheval, matraque au poing tout regroupement vaguement houleux.

God save the queen! Si on comprend aisément le "malaise" et les grèves des masses laborieuses françaises, comment expliquer que les ouvriers britanniques se soient parfois affrontées si durement à l'Etat de Sa Majesté ces dernières années? Sans doute sont-ils trop bêtes pour comprendre le bonheur qu'ils ont de vivre dans la Liberté et la Démocratie...

La justice de France, d'Angleterre, ou d'ailleurs est basée sur le respect de l'appropriation privative de capital, privé, collectif ou étatique et donc basée sur le respect de l'existence du capitalisme, du salariat et de la loi de la valeur. Il est donc vain de rechercher des niveaux de "capitalisme" dans les différents codes civils nationaux, avec études graphiques montrant une "évolution" vers un ⊕ ou un ⊖ totalement irréels. La justice des nations capitalistes est forcément capitaliste et cela nous suffit. Si des "droits" nous sont octroyés ou enlevés tant mieux ou tant pis; nous n'irons pas bêler pour demander de nouvelles lois ou des abrogations de lois "scélérates". La loi de la valeur est la seule loi vraiment scélérate et c'est la seule qui n'est formulée par aucun code civil, pénal, militaire de la route... C'est pourtant bien celle que nous voulons détruire, celle que masquent toutes les autres lois formulées qui pour un même mode de production sont changeantes, dans le temps et dans l'espace, et de plus, violées à souhait par ceux qui les font. Reste seule la notion de rapport de force (tant que le capital peut nous imposer cette loi, il le fait); c'est-à-dire que nous ne demandons pas le droit d'abolir LA LOI de la valeur, nous cherchons à avoir la force de la détruire.

Toute action de classe, toute action révolutionnaire est fondamentalement indifférente aux législations nationales. Elle tend, même embryonnairement, à renverser la globalité des rapports de production et des rapports sociaux qui en découlent. Dès lors elle se situe au-delà de la polémique action légale-action illégale. Tout au plus les moyens d'intervention que l'on se donne peuvent être modulés par le paramètre "légalité": cette situation se révèle de façon éclatante lors d'interventions internationales; la même intervention révolutionnaire peut-être "légale" dans un pays et "illégale" dans un autre. De même un groupe agissant dans la légalité peut se retrouver dans l'illégalité par suite du vote d'une nouvelle loi. Il ne s'agit donc pas de compulser fébrilement le Code Civil avant d'entreprendre quoi que ce soit.

Ce qui importe et ce qui détermine toute action révolutionnaire, c'est la lutte prolétarienne en vue de la destruction du capital et donc de tous ses rouages.