Alarme, n° 9, juillet-août-septembre 1980 (p. 20). PDF du numéro complet
La grève déclenchée depuis plus d'un mois par les marins pêcheurs de Boulogne s/mer et s'est ensuite propagée à la majeure partie des ports de l'Atlantique et de la méditerrannée a pris une tournure assez dure avec le blocus des ports. Cette grève, à l'origine de laquelle se trouve une vague de licenciements prévue par les armateurs, a été très rapidement suivie par celle des artisans pêcheurs pour que soit réduit le prix de leur carburant. Le niveau de détermination atteint par le mouvement et l'impasse actuelle du conflit (avec intervention de la marine nationale pour débloquer les ports) peut déboucher sur un réel conflit de classe à la condition que les salariés marins pêcheurs se débarrassent de tout ce qui entrave déjà leur action et l'entravera encore plus en cas de durcissement. L'implantation syndicale est assez forte dans les ports; CGT et CFDT en tête, c'est-à-dire que toute l'organisation et la potentialité du mouvement sont strictement encadrées par les appareils syndicaux. Malgré le mot d'ordre d'extension de la grève que la CGT a lancé avec succés, il ne faut pas y voir là un acte de remise en cause de son rôle de sabotage et de mystification dans les luttes: le meilleur moyen de prévenir la poussée d'une revendication en période chaude, c'est encore de précéder le mouvement pour mieux le canaliser. Aussi il faut le répéter: le prolétariat des ports devra nécessairement, pour transformer sa lutte en victoire, se débarraser de tous les freins qui déjà font s'enliser leurs revendications: respect de la légalité, refus d'extension du conflit etc... que les syndicats entérinent. Car depuis un mois que dure la grève, rien de concrêt n'est apparu; les armateurs qui en cette période perdent habituellement du fric, se rattrapent avec les jours de grèves non payés et profitent de l'accord tacite du gouvernement qui oppose au blocus des marins la force de la marine nationale. Pour les marins pêcheurs restent donc deux solutions: céder et accepter les négociations qui ne manqueront pas de surgir entre syndicats "responsables" et l'Etat ou les armateurs; ou rechercher une autre voie à leur action en établissant des contacts avec un maximum d'ouvriers (dockers, chantiers navals etc...) et se donner les moyens d'une organisation indépendante capable de lutter contre les syndicats sur un terrain de classe.
Le 27/08/80.