Alarme, n° 15, janvier-février-mars 1982 (p. 13). PDF du numéro complet
Il n'y aurait vraiment presque rien à ajouter à cet article du "Monde" qui parle de lui-même...
Fiat en état de grâce
Fiat, qui fut longtemps le groupe industriel malade de l'Europe, a, en un an, retrouvé tout son allant. Pour que personne n'en ignore, son numéro deux, responsable de la division automobile, M. Cesare Romiti, vient de le faire savoir sur un ton presque triomphaliste par le biais d'Il Corriere della Sera, à qui il a accordé une interview.
Il est vrai que le constructeur de Turin est l'un des rares — le seul ? — qui, en Europe notamment, peut faire preuve aujourd'hui d'une aussi belle santé. Ses concurrents affichent des pertes parfois lourdes (Peugeot, British Leyland, Alfa Romeo, Seat, Opel) ou maintiennent péniblement leur nez hors de l'eau.
Que dit M. Romiti pour l'essentiel ? Que toutes les sociétés du groupe — à l'exception de celles du secteur sidérurgique — clôtureront le présent exercice avec des résultats d'exploitation positifs ; que, pour la première fois depuis trois ans, Fiat retrouve en 1981 une gestion industrielle bénéficiaire, grâce notamment au retour à l'équilibre dès cette année de son activité automobile européenne.
Par quelles raisons expliquer ce miracle ? Certes, M. Romiti fait état, cela va de soi, de volonté, de rigueur. Mais, ajoute-t-il, bientôt : « Nous pouvons aujourd'hui le dire à haute voix : la crise de l'automne 1980 a été l'événement politique le plus important qu'ait connu l'Italie au cours des trois dernières années. Depuis les relations avec les syndicats, l'organisation du travail et de la production, l'ambiance dans les usines, ont changé du tout au tout. »
L'événement politique auquel renvoie M. Romiti est le défilé inattendu qui, à l'appel d'un syndicat de cadres, a rassemblé quarante mille personnes dans les rues de Turin ; elles réclamaient la liberté du travail : les usines de Fiat étaient arrêtées — voire occupées pour nombre d'entre elles — depuis trente-quatre jours.
Trente-six heures plus tard, un accord était signé entre les grévistes et des responsables de Fiat, et, presque dans la foulée, la confédération syndicale proche du parti communiste — et le parti lui-même — faisait son autocritique.
Depuis lors, l'état de grâce persiste. L'absentéisme dans les usines de la firme est aujourd'hui nul (il était de l'ordre de 18 %), et, comme dit M. Romiti : « Nos ouvriers travaillent et travaillent bien. » La productivité a fait un bond de 20 %. Enfin, d'ici à 1984, Fiat investira l'équivalent de 22 milliards de francs dans le seul secteur de l'automobile.
Et pour que les choses soient claires, M. Romiti d'ajouter : « Notre capacité productive est actuellement d'un peu plus de un million quatre cent mille voitures par an. Nous n'entendons pas la réduire. Mais nous ne conserverons dans nos effectifs pas une seule personne en sus de celles qui sont strictement nécessaires au maintien de cette capacité. Et nous continuerons à recourir au chômage technique « conjoncturel » pour suivre au plus près l'évolution du marché, dont nous ne prévoyons malheureusement pas la reprise avant 1983. Nous ne pouvons nous permettre de laisser augmenter notre surstockage, ne serait-ce que d'une unité. » — A. T.
"Le Monde" 1[ilegible]-12-81
Ainsi, la centrale syndicale italienne proche du P.C.I., "l'ennemi de classe" irréductible du capitalisme, le défenseur de la veuve et de l'ouvrier, a réussi son autocritique : "la productivité à fait un bond de 20%, l'absentéisme est nul"... et FIAT investira d'ici à 1984 l'équivalent de 22 milliards de francs dans le seul secteur automobile. Mazette !!
Comme c'est souvent le cas, les principaux critères d'une bonne exploitation capitaliste sortent renforcés après un accord Syndicat/Patrons, un accord dans lequel les deux "ennemis mortels" ont marchandé la soumission de la classe ouvrière et l'amélioration de sa sur-exploitation. Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Le syndicat est bien un organe de classe, il est même l'organe de prédilection de la classe capitaliste pour baiser et canaliser les velléités agressives ou défensives du prolétariat. Il assure avec un zèle particulier la bonne marche de la loi du profit, profit que nous suons et souffrons chaque jour de cette putain de vie. Les courbes de productivité, le bon ou mauvais état de l'entreprise n'est pas l'affaire de la classe ouvrière, elle est celle du syndicalisme et des défenseurs de la société divisée en classes. En Italie ou en France, à Moscou ou à Pétaouchnock, l'émancipation du prolétariat commencera par la guerre contre les syndicats, en vue de leur destruction pure et simple.