Alarme, n° 19, janvier-février-mars 1983 (p. 4-5). PDF du numéro complet
Après la victoire de la gauche le 10 mai 1981 au présidentielle et après la victoire de cette même force au législative 1 mois plus tard, le peuple de France et de Navarre a eu droit à de nouvelles élection pour élire ses représentants au niveau municipal. Cette fois-ci ce que l'on appelle alternance, démocratie ou plus intelligemment farce électorale a donné une claque aux dites forces de gauche. Comme nous l'avions déjà dit dans d'autres articles, l'important dans tout cela est résumé par une métaphore sportive "droite, gauche, gauche, droite, le prolétariat encaisse !". Donnons-en pour preuve les leitmotivs de cette bande de politicards dont toute personne sensée est en droit de s'interroger sur ce qui fondamentalement peut bien les différencier.
Toutes les tendences offrant leurs bons et loyaux services à la nation a travers leur candidature aux élections nous assènent les mêmes ritournelles, France, nation, économie nationale, justice sociale, solidarité nationale, unité nationale, crise économique, civisme, responsabilité, lutte anti-chômage, lutte anti-inflation, sécurité, démocratie et même le mot etcétéra qu'elles nous donnent elles-mêmes en prime pour arrêter la longue liste du pauvre vocabulaire ordurièrement réactionnaire des gestionnaires du capital, qu'ils s'avouent la tête haute capitalistes ou bien hypocritement communistes ou socialistes.
C'est sur la gestion du capital que tous ces braves démocrates polémiquent en fait et de fait entre eux tantôt avec emportement (il en va de leur intérêt et de leur politique), tantôt calmement (il faut se montrer respectueux des opinions d'autrui). Ce qui chez les gens sensés est cause suivant les cas, les états d'âmes et le moment d'un baillement majestueux ou d'une envie de tout casser.
Le spectacle macabre qui nous est offert par télévision, radios et journaux interposés, s'évertue à longueur de journée à nous montrer les différentes façons de gérer notre exploitation. A nous de choisir en déposant un papier dans une boîte. C'est ça la démocratie ! Chacun est libre... libre de se faire exploiter. Pour ceux qui n'accepteraient le saint bêlement du verdict démocratique, l'Etat fort parceque démocratiquement élu vous fera connaître de plus près de quel bois se chauffent ses centurions mercenaires communément appelés sales flics ! Il est cocasse de remarquer, et nous sommes d'autant plus cocasses que nous le signalons, que ce sont toujours les mêmes, qu'ils votent ou qu'ils ne votent pas d'ailleurs, malgrè l'alternance droite gauche, qui ont à se frotter aux matraques démocratiques de la flicaille des élus du peuple. Le pourquoi est simple. Tant qu'existera le capitalisme il y aura opposition entre travail et capital. Lorsque cette opposition ou lutte de classe malgrè le chloroforme syndical se manifeste plus ou moins intensément, quelque soit la tendence politique se chargeant de la gestion et de l'orchestration de l'exploitation de l'homme ; lorsque cette opposition inévitable parcequ'inhérente au système transcendée par la force du mouvement lui-même s'oppose à tout ce qui empêche son déroulement, alors le langage démocratique ne suffit plus, alors les bonzes syndicaux ne suffisent plus, alors la répression la plus bestiale est nécessaire, et ceux qui ont osé s'affronter à la légalité de l'exploitation qui ne reconnait comme valable que les manifs-processions, les non-grèves syndicales, ont l'honneur de se frotter à "l'infanterie, cavalerie, artillerie" synonime de "liberté, égalité, fraternité". C'est cette même démocratie que toutes les forces acceptant le jeu électoral, de l'extrême droite à l'extrême gauche, honorent, exaltent, défendent humblement, les plus radicaux eux se cachent hypocritement, sous-couvert d'une tradition révolutionnaire, jetée en fait dans les oubliettes, derrière le paravent "du moindre mal". Que ces messieurs de l'extrême-gauche relisent les textes révolutionnaires du 19eme siècle férocement anti-démocratie bourgeoise et anti-proclamation des droits de l'homme. En les relisant, ils ne pourront pas dire qu'ils sont l'oeuvre de sectes ultra-gauchistes, ce sont ceux-là même qu'ils revendiquent qui les ont écrites. De plus c'était au 19 eme siècle, nous sommes à la fin du 20 eme siècle, espace de temps comprenant de nombreuses pratiques prolétariennes et donc autant de possibilités d'affinement de la théorie anti-capitaliste.
Si aujourd'hui en 1983, alors même que le capitalisme domine mondialement, il fallait considérer le droit électoral comme progressif dans certains secteurs "arriérés" et la démocratie bourgeoise comme un moindre mal sur la totalité du globe, autant faire comprendre dès maintenant aux tribus amazoniennes qu'il est temps, pour accélérer !!! le processus vers le communisme, qu'elles passent par les étapes nécessaires du féodalisme ou de l'esclavagisme. Cela peut paraître excessif, mais telle est la compréhension éminemment dialectique des sous-produits de la contre-révolution russe.
Dans le domaine économique (nous ne séparons le politique de l'économique que pour une meilleure clareté de nos idées) ces mêmes forces montrent clairement malgrè leur phraséologie souvent mensongère leurs aspirations pro-capitalistes. En effet, comme toujours dans ces polémiques entre "spécialistes" le bon bougre assiste à une partie de ping pong interminable où chacun se renvoit la même balle chargée de chiffres et de statistiques souvent différents.
35 h possible ou impossible ?
Le smic à 5000 f possible ou impossible ?
6 semaines de congé payés possible ou impossible ?
Pour prouver tout cela, ces messieurs nous gavent de démonstrations où s'entremêlent commerce extérieur, balance de paiement, déficit budgétaire, déficit extérieur et le tutti quanti de la bonne ou mauvaise gestion de l'économie nationale.
En fait la vraie problématique est la suivante : comment exploiter de la façon la plus avantageuse ceux qui créent directement ou indirectement la richesse sociale ? Comment accumuler le maximum de capital par l'extortion la plus fructueuse de plus-value ? Et ce dans une situation de "crise économique mondiale" comme ils disent hypocritement pour bien nous faire comprendre qu'il faut se serrer la ceinture et ne pas trop en demander.
Voilà le tableau que nous devons refuser que l'on comprenne ou non ce qui y est écrit car c'est avec notre sueur, notre angoisse ou notre sang qu'il est rempli. Si nous voulons en finir avec leur alternative qui aboutit au même résultat, nous ne devons tenir compte que de nos intérêts par dessus et contre les divisions qui nous sont imposées : nation, race, sexe, nationalité... afin de renouer avec l'union grandissante et consciente du prolétariat contre le capitalisme mondial qui entrave le libre développement de l'humanité.