Alarme, n° 21, juillet-août-septembre 1983 (p. 9-11). PDF du numéro complet

Fête de la paix : c'est sous ce nom que le P."C." organisa en juin un rassemblement d'une ampleur certaine. Il s'agissait, pacifisme aidant, de défendre le capitalisme d'Etat russe, en rivalité avec son compère et rivale : les Etats-Unis. Le P."C." organisa le battage et le rabattage pour cette "fête", il s'agissait de rameuter tous les militants, tous les sympathisants, des membres de l'opposition, des pacifistes, des "gauchistes", et même des anarchistes. Des moribonds furent aussi de la partie, Aragon n'a t-il pas, en effet, contribué, une fois mort et enterré, à faire de la publicité pour cette fête par l'intermédiaire de " l'appel des cents " ?

Le P."C." essaie d'utiliser tous les réflexes d'horreur que peuvent susciter la guerre atomique, voulant se faire passer pour un parti humain. Quel cynisme, alors que le stalinisme international est directement responsable de la mort et la torture de milliers de prolétaires ; est directement et consciemment responsable de l'assassinat de tous les mouvements révolutionnaires, à partir de 1926-27 ( G.B., puis Chine puis dans les années 30, la guerre civile en Espagne, ... ), et donc de tous les mouvements qui plus ou moins consciemment, se donnaient pour but, par la révolution, la construction d'une société sans classes, sans exploitation de l'homme par l'homme, et donc sans guerre.

Ce monde a la possibilité de se détruire, par le biais d'une guerre Est-Ouest, un grand nombre de fois. A l'aube du 21° siècle, le monde sous la domination du capital, peut plonger dans la barbarie complète d'un instant à l'autre, preuve s'il en fallait encore, de la décadence de ce système. Le prolétariat est, d'Est en Ouest, du Nord au Sud écartelé par des intérêts nationaux réactionnaires, abruti et exploité toujours plus, enchaîné à des mécanismes qui lui sont toujours plus étranger. Et on lui demande, malgré tout ça, d'aller manifester pour la paix sociale, d'aller à la fête de la paix ! Les tenants du capitalisme se moquent vraiment bien de nous prolétaires... Ils peuvent se le permettre aujourd'hui, car, encadrés par les syndicats et le stalinisme, nous n'avons jamais été aussi passifs.

Quant au Trotskysme, il est aujourd'hui à la traîne du stalinisme. Son représentant le plus parfait en la matière est la L."C."R., dont le leader : Krivine, illustrant cela, a serré la main de Marchais, le secrétaire général du P."C.". La L."C."R." se réclame de Trotsky, en réalité elle devrait se réclamer de Staline. Il suffit de connaitre un tant soit peu le combat qu'a mené, livré Trotsky, pour comprendre que la L."C.R." et le trotskysme en général sont un produit, aujourd'hui complétement dégénéré du mouvement révolutionnaire, et auquel il s'oppose aujourd'hui. Trotsky lui même affirmait que si au lendemain de la 2° guerre mondiale des événements tels qu'une défaite russe ou une révolution ne se produisaient pas, il faudrait réviser complétement ses positions concernant la défense inconditionnelle de la dite U.R.S.S., et de manière générale ses positions fondamentales concernant cette dite U.R.S.S.. Loin de réviser les positions de Trotsky, le mouvement soit disant trotskyste les a figées pour en faire des dogmes à suivre ad-eternam. Sous prétextes d'acquis ouvriers et de bases économiques progréssistes en Russie, la révolution sociale ne serait pas à l'ordre du jour dans ce pays. Il s'agirait uniquement d'aprés le trotskysme officiel, d'abattre la caste bureaucratique, de faire une révolution politique. La réalité est tout autre, les acquis ouvriers n'éxistent que dans leurs imaginations (celles des trotskystes), à l'Est comme à l'Ouest le prolétariat n'a à perdre que ses chaînes. La base économique progréssiste n'est, comme à l'Ouest, qu'un capitalisme décadent, avec la spécifité d'être un capitalisme d'Etat.

Les positions qu'adoptent le trotskysme officiel amènent donc en réalité au fait que ce mouvement soit une voie de garage pour tous les militants qui se disent révolutionnaires et qui sont un tant soit peu honnêtes. Il dévie leurs révoltes initiales vers la défense de la barbarie russe, et donc de la barbarie capitaliste. Il leur présente les P."C." comme des partis ouvriers, à directions bureaucratiques. Il présente donc, à ces militants potentiellements révolutionnaires, comme ouvriers des partis qui sont les plus foncièrement et les plus consciemment anti communistes. Il sert la main aux tenants et aux piliers de ce système pourri, aux assassins mêmes de celui dont il se prétend le continuateur : Trotsky. Ce simple fait devrait amener les militants trotskystes qui sont honnêtes à rompre avec le trotskysme. A rompre avant qu'ils ne soient complétement rompus eux mêmes, avant qu'ils ne soient complétement déformés et assujétis à une logique aujourd'hui opposée à leurs aspirations révolutionnaires supposées.

Un mouvement révolutionnaire de l'ampleur du mouvement trotskyste en France, aurait de grandes facilités soit à impulser des luttes soit à imprimer la marque révolutionnaire aux luttes éxistantes. Imaginons par exemple ce qu'aurait pu donner les récentes grèves dans l'industrie automobile, si quelque milliers de militants révolutionnaires étaient intervenus massivement dans ces centres.

Militants trotskystes, n'accordons aucun soutien, conditionnel ou inconditionnel soit aux initiatives du P."C.", soit à celles de la Russie. Sans volonté et activité révolutionnaire, on ne peut passer que de l'orbite de Washington à celle de Moscou. Votre activité actuelle ne fait qu'entretenir le cancer social.