Alarme, n° 22, octobre-novembre-décembre 1983 (p. 5-7). PDF du numéro complet
Depuis quelque temps, la tension monte entre les deux blocs impérialistes; ils s'affrontent plus violemment, que ce soit sur le terrain militaire (Grenade, Liban, Euromissiles) ou économique. Il est devenu habituel, en ouvrant un quotidien d'information, en écoutant les informations radiophoniques ou télévisées d'apprendre de nouvelles morts et tortures en séries et à grande échelle (voir le rapport d'Amnesty International "le Monde").
Les nouvelles deviennent les nouvelles de la mort, les journaux de vastes rubriques nécrologiques, les journaux télévisés : la mort en direct. On est ainsi habitué de manière toujours plus forte, et cela depuis l'enfance, à vivre avec la mort. Quant à la 3éme guerre mondiale, elle pourrait nous sembler présente tant l'information quotidienne s'en gargarise, la fait la refait et la défait, sans parler des reflets fantastiques que prend cette situation sous forme de films d'anticipation. L' "homme de l'an 2000 " vanté par la propagande capitaliste ne sera, si ce sustème subsiste encore, qu'un cadavre automatisé.
Face à cette situation certains préconisent la paix, c'est à la mode (surtout en temps de guerre) spécialement à l'Ouest. Ce mouvement émet des relans religieux, ou pro-russes (directement en faveur du capitalisme d'Etat russe) ou encore platement pacifiste avec un peu tout et n'importe quoi. Leur raisonnement paraît, même à un enfant, simple, clair et logique, et pour cause il est enfantin : contre la guerre : la paix.
Et lorsque nous disons : contre la guerre et toute la pourriture existante, un seul moyen, la guerre; c'est-à dire pour en finir avec le travail salarié et toutes les contradictions qu'il engendre (dont la guerre), un seul moyen, la révolution, la guerre sociale, alors, on nous taxe d'inconscients. Mais contrairement aux apparences, ce sont leurs positions qui sont au moins enfantines et inadaptées et au plus directement et consciemment réactionnaires.
Expliquons-nous et pour cela prenons le cas simple d'un accidenté qui aurait le bras cassé. La thérapeutique à suivre est-elle de lui dire : contre le peu de mobilité du bras engendré par cette cassure, il faut le faire remuer bien plus ( et donc non seulement ne pas soigner mais aggraver la blessure) ou bien faut-il lui dire que contre ce peu de mobilité et pour qu'il puisse se mouvoir correctement par la suite, il faut l'immobiliser complètement au moyen du plâtre.
La position à adopter apparait clairement; les partisans de la paix adoptent des raisonnement aussi primaires que la première partie de l'exemple ci-dessus. Il semblerait d'après eux que l'on puisse en finir avec la guerre en votant des décrets limitant ou interdisant les armes, comme si l'on pouvait en finir avec la religion en interdisant toute religion. Pour en finir avec ces niaiseries, il faut revenir à la source de la violence, de la guerre et de toutes les contradictions existantes.
Se trouverait-elle dans une essence maléfique propre au genre humain comme le prétendent les religieux ? Est-elle due à l'existence de mauvaises directions gouvernementales, soit à l'Est soit à l'Ouest soit dans les deux camps ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces positions sont typiquement idéalistes dans la mesure où elles ne placent la cause des guerres que dans la tête des hommes et prétendent avoir élucidé le problème pour autant. Il est faux d'affirmer que les Reagan, Andropov, etc.. veulent la guerre mondiale, ils la craignent car, dans le prochain conflit mondial, il n'y aura pas de vainqueurs, mais que des vaincus. Cependant cette situation n'est pas figée mais dynamique. Les cliques dirigeantes peuvent être amenées contre leur volonté initiale, dans une situation donnée, à déclencher la guerre. Les traités de paix n'ont rien à voir là; c'est dire leur peu de valeur.
La cause des guerres ne se trouve pas que dans la tête des hommes mais dans la situation objective. Il n'existe pas d'essence de l'homme, bonne ou mauvaise. L'homme est un produit social, un produit de sa propre évolution. C'est ainsi que l'on peut aller à la source du problème, en ne s'arrêtant pas aux concepts mentaux humains mais en s'intéressant à l'environnement social qui les produit. La possibilité d'en finir avec toutes les guerres n'existe pas parce que beaucoup d'hommes y pensent ou pourraient y penser, mais parce que la situation objective est porteuse - rend possible par son dépassement révolutionnaire - d'une société sans classes, humaine.
Donc pour s'attaquer à la guerre il faut s'attaquer à la société divisée en classes, à l'exploitation de l'homme par l'homme. Ainsi les luttes politiques trouvent leur solution dans les luttes sociales. Pour résoudre les problème de la guerre et de la paix, il faut sortir de ce cadre restreint et prendre le recul suffisant pour en comprendre les données.
Il reste donc à en finir avec cette société capitaliste, et cela se fera violement, non par amour de la violence, mais parcequ'en face de nous les tenants du capitalisme sont et seront armés. Aucune classe ne se laisse déposséder et renverser sans combattre férocement.
Il en découle que prôner le pacifisme est non seulement complètement utopiste ( quelle paix pourrait-il y avoir dans un monde bourré de contradictions ?) mais aussi réactionnaire et s'opposant finalement complètement à une véritable paix. En ce sens la lutte des pacifistes va à l'opposé de ce qu'ils prétendent déffendre : la paix.
Toutes les personnes intègres qui rejettent le capitalisme et ses manifestations horribles doivent sortir des rangs pacifistes. La paix présuppose une société humaine; pour combattre le capitalisme, on ne peut qu'oeuvrer à sa destruction. Les massacres en série et l'abrutissement généralisé ne sont pas des incidents de parcours de ce système, mais au contraire sont des nécessités de survie qui le caractérisent. La survie du Capitalisme plonge l'Humanité dans une profonde crise sociale, la plus profonde de toutes celles ayant existé auparavant. En effet jamais les conditions de la réalisation du communisme n'ont été réunies comme en cette époque et jamais nous avons été aussi près de plonger dans l'abîme (la régression de l'humanité) par l'intermédiaire d'une guerre atomique.
Il faut en finir avec les interêts de nations et de la classe capitaliste qui justifient l'existence de ces armes. Pour cela il faut en finir avec les nations (et la Nation) et la société divisée en classes. Dès ses premiers pas la révolution devra s'orienter vers la destruction de toutes les armées et polices, de toutes les armes nucléaires, la prise en main par le prolétariat des usines d'armement et la production d'armes (non nucléaires) en fonction de ses intérêts.