Alarme, n° 23, janvier-février-mars 1984 (p. 14). PDF du numéro complet
Dans "Le Monde" daté du 01/03/84 figurait une note, où était racontée la vie d'un de ceux qui furent, durant la dernière guerre mondiale, enrolés de force pour combattre l'armée russe, au sein de l'armée allemande, puis qui furent prisonniers en Russie. Nous faisons écho à ce témoignage dans la mesure où la "Patrie du Socialisme" y apparait pour ce qu'elle est : un vaste camp de travail.
Ce "Malgré-Nous" fut fait prisonnier par l'armée russe et fut interné dans d'immenses camps de travail successifs près de la frontière chinoise. Il travailla comme mineur, dans des conditions draconiennes, où la nourriture était supprimée si l'extraction n'était pas suffisante... Il y resta bien au-delà de la seconde guerre mondiale et ne rentra en France que dans les années soixante.
Ces conditions inhumaines donnèrent lieu à d'immenses révoltes. Dans les années cinquante (et ici, en 1953) hommes, femmes, enfants, vieillards se soulevèrent contre cet esclavage ; ils s'attaquèrent à leurs geoliers, à leurs gardes. Momentanément victorieuse, la révolte embrasa presque 40 000 prisonniers répartis sur deux camps de travail.
Comme Spartacus et ses camarades (il y a de cela environ 20 siècles), au début, ils partirent les mains nues, désarmés, pour s'attaquer à leurs gardiens et maîtres, mais face à eux, ils ne trouvèrent pas de simples épées mais les chars de l'Etat russe, armes combien plus meurtrières ! D'après ce témoignage, les révoltés décidèrent alors de faire passer femmes et enfants à leur tête, pensant que même les pires des tortionnaires ne sauraient ordonner de faire feu sur ceux-ci... le feu fut ordonné, le sol fut jonché de cadavres innombrables. C'est ainsi que fut maté, dans le plus grand secret, le soulèvement. Pour les état-majors du capitalisme d'Etat russe et pour les P."C", le bilan fut certainement globalement positif.
Lorsqu'il fut libéré des camps, ce prisonnier de nationalité française reçut des menaces : "silence sur tout ce que tu as vu et subi, sinon nous saurions te retrouver, où que tu sois". Ce n'est donc qu'après sa mort que l'on a eu accès à ses mémoires.
Voilà, c'est un fait parmi tant d'autres qui indique ce qu'est le stalinisme : une partie du capitalisme mondial, détruisant tout ce qui, de près ou de loin, n'est pas controlable, et détruisant tout particulièrement tout ce qui respire la révolution.