Alarme, n° 24, avril-mai-juin 1984 (p. 7). PDF du numéro complet
Depuis 1980, le parlement européen est élu au suffrage universel. Un important battage avait alors eu lieu pour faire, parait-il, plébisciter l'Europe. Il faut dire qu'elle en avait bien besoin ! Un an après la création du SME (79) ; les USA lançaient une nouvelle offensive économique contre l'Europe, provoquant une crise des approvisionements en énergie et commençant, avec le succès que l'on sait, leur politique de hauts taux d'intérêts pour importer des capitaux.
Bref, plus l'Europe se déchire dans des luttes économiques internes, plus elle apparait recouverte d'un vernis unificateur fort brillant, sans sous-estimer son union policière dont on parle peu dans les programmes électoraux. C'est dommage car c'est la seule réussite sérieuse des "Dix".
L'Europe, qui nous tend ses urnes, fonctionne avec une commission européenne, superbe fromage pour les quelques quatre ou cinq mille fonctionnaires qui en vivent. Elle attribue des subventions à des régions et réalise toutes les études et dossiers pour les décisions prises par le conseil des dix. Ce conseil, c'est la foire d'empoigne entre ministres, chefs d'Etat, etc où les décisions ne sont finalement pas prises et où chacun joue la démerde nationale selon ses moyens.
Enfin, le Parlement "suggère", "propose" et... ratifie. Tout ce ramassis d'incapables en mal de sinécure provient généralement des milieux politiques et des parlements nationaux ce qui donne une bonne idée de leur efficience et de leur interêt.
Ainsi, comme toutes les autres élections, celle-ci ne sert à rien. Pourtant elle a lieu, mobilise tous les appareils politiques, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite et surtout, mobolise beaucoup de fric (sur notre dos, d'ailleurs). Il doit bien y avoir un but, non ?
Ami lecteur, camarade, essaies de te faire idiot ! Puisque tu nous lis, ce sera dur mais en insistant (peu?) tu redécouvriras cette joie simple.
- Ne vois-tu pas que ton pays est malheureusement en proie aux dissensions internes, sectaires, corporatistes et pour tout dire, mesquines ?
- Ne sens-tu pas le besoin d'élargir ton horizon vers des hommes nouveaux ?
- Par ton vote, ne veux-tu pas laisser s'installer de nouveaux principes ? Le Travail pour le progrès européen, la Famille pour les valeurs européennes, la Patrie pour la Défense européenne ?
- Si tu veux tout cela, tu as fait une mauvaise affaire en achetant ce journal. Bien fait !
Faisons taire l'idiot.
L'Europe c'est le bonheur, nous disent en choeur les politiciens, patrons, syndicalistes, etc. Qu'ils soient pour les Etat-Unis socialistes d'Europe (comme ces misérables trotskistes), les Etats socialistes unis d'Europe (P"S"), pour l'Europe des Etat-Unis (RPR), pour les Etat-d'Europe unis à l'Est (devinez !) ou les Unis d'Europe dans tous leurs états (PFN), ils sont pour l'Europe.
D'ailleurs, quand ils ne savent plus quoi dire, ils disent que tout est beau. A peu près tous les slogans sont interchangeables, du p"C" qui n'ose pas appeler à voter pour lui aux affiches, identiques dans leur principe, du P"S" et du RPR jusqu'à l'innefable Le Pen qui est tellement bête qu'il est prêt à emprunter une idée au premier venu ("mes idées, ce sont les vôtres", sic !).
Surtout, ils sont d'accord pour que les prolétaires européens les récompensent de leur vote et de leur sueur (l'économie, mais aussi les sinécures, doivent bien s'entretenir) pour l'honorable façon dont ils les exploitent ! Si ça ne va pas dans la Nation votez Europe ! Si l'Europe bat de l'aile, résolvez cela avec votre maire et de toute façon, vos élus sauront toujours ce qu'il faut faire, vous pas.
Et bien non, justement ! Il n'y a que nous, prolétaires, qui pouvons savoir comment en finir avec ce système de carottes électorales et de bâtons policiers, d'existences oscillant entre le chômage et le travail, l'angoisse et l'abrutissement. Pour cela nous savons que quelque soit l'ampleur de notre union, si elle est de classe, contre la trinité capitaliste Patron-Etat-Syndicat, pour la production en fonction des besoins humains et non de ceux du capital, contre l'enfermement dans l'usine, la région, la profession, bref contre toutes les séparations, alors cette union est internationaliste parce qu'elle concerne et appelle tous les prolétaires du monde à en faire autant.
Une telle union critiquera, par les armes et le mépris, les pompes électorales en tout genre du capital.