Alarme, n° 25, juillet-août-septembre 1984 (p. 7). PDF du numéro complet

Le gouvernement de gauche, celui du peuple de France, vient de s'intéresser aux problèmes des immigrés. Il s'est, à cette occasion, publiquement vanté d'avoir arrêté l'entrée de nouveaux étrangers et soutient, la main sur le coeur, qu'il ne veut lourder "que" les clandestins, et empêcher les familles de se réunir.

Bref, la chasse à l'homme (et à la femme et aux enfants) est ouverte, et les contrôles d'identité vont s'intensifier, comme aux beaux jours de Poniatowsky.

De bonnes âmes s'émeuvent : la gauche "se comporte comme la droite", preuve que l'idiotie et la fausse naïveté ne craignent pas la répétition. Pour d'autres, ce n'est pas assez, il faut "les" virer tous. Enfin il existe un dernier carré qui demande de noyer aussi les immigrés de deuxième génération.

Pour nous, l'affaire est plus simple, mais pour l'instant bien plus dure à réaliser : le prolétariat n'a absolument pas de force, ni même un simple sentiment unitaire à opposer aux pourritures politicardes, policières, journalistiques et syndicales qui sont déversées sur une importante partie de ses membres.

Pourtant la seule solution est de refuser toute expulsion, corollaire du refus de tout licenciement ou de toute expulsion de logement, l'ouverture complète des frontières, se regroupper autour de chaque patrouille effectuant un contrôle, exiger leur suppression, voire-même les disperser...

L'infâmie que représentent ces "contrôles d'identité" prouve largement ce qu'est notre civilisation. En effet, toute personne ne disposant pas d'un bout de carton avec photo et tampon, a perdu son identité. Pourtant chacun sait qui il est et s'il ne le sait plus, ce n'est pas ce chiffon-là qui le lui réapprendra. Donc c'est pour d'autres que l'identité compte ; elle compte d'ailleurs une fois numérotée et fixée pour la vie ! Pas question de s'appeler Jules Lafleur un jour et Paul Chagrin le lendemain !

Il faut de la discipline citoyen ! Chacun est catalogué, repéré, fixé et contrôlé dans ses déplacements intra ou inter nationaux, dans ses échanges marchands et dans ses éventuels actes antisociaux, en toute liberté civique bien sûr.

C'est pour cela que la question de l'identité (non pas "qui suis-je" mais "avec qui", non pas "où vais-je" mais "pour quoi suis-je") et son contrôle ne peut se laisser enfermer dans un ghetto immigré mais nous agresse tous, en tant que prolétaires.

Cette société réduit notre être à un numéro sur un papier (voire sur la peau), c'est elle que nous devons réduire à un souvenir couché sur le papier.