Alarme, n° 26, octobre-novembre-décembre 1984 (p. 5-6). PDF du numéro complet

Avec dégoût et indignation nous avons été forcés de suivre pendant plus d'un mois le feuilleton intitulé "Le résistant Abouchar et le droit à l'information". A cette occasion tous les médias en ont profité pour nous rappeler que la liberté et le pluralisme idéologique, si chers à la faune politique, est un privilège rare dont nous pouvons encore jouir en France qui est un véritable paradis démocratique.

Encore une fois, libéraux, sociaux-démocrates et staliniens se sont mis d'accord pour défendre le droit à la libre expression. Pour nous, la seule liberté possible pour les travailleurs et l'humanité tout entière, est celle qui émanera de la révolution socialiste au niveau international, et donc y compris dans les pays soi-disant communistes. Sous le règne du capital, les masses exploitées n'ont le droit que de vendre leur force de travail et ainsi de perpétuer leur condition de vie misérable sous tous les rapports.

Alors, rien de plus faux et mensonger que ce cirque monté de toute pièce par la réaction capitaliste et ses valets staliniens (le PC s'est manifesté en faveur de la libération d'Abouchar). Tout ceci afin de préserver leurs propres intérêts.

Pour se solidariser avec le journaliste "résistant", entré clandestinement en Afghanistan, un comité de solidarité regroupant des intellectuels de tout bord, s'est organisé sous la présidence du social-démocrate pro impérialiste et pro européen, Jean Zigler. L'affaire Abouchar n'était qu'un prétexte pour défendre les privilèges mesquins de ces pseudo-intellectuels laquais du capital, qui manipulent l'information et monopolisent la culture.

D'autre part, quand les professionnels de la désinformation hissent le drapeau de la liberté et parlent des droits de l'homme, on ne peut s'empêcher un léger sourire. Nous savons tous que pour devenir journaliste il faut avant tout être fidèle au système capitaliste, et surtout ne jamais dépasser le cadre des droits octroyés par celui-ci.

Lorsque Abouchar a eu droit pour sa libération à une gigantesque campagne orchestrée par les médias, Antenne 2 en particulier ; ceux-ci n'ont donné aucune importance aux exécutions des militants "de gauche" en Turquie, car affaires capitalistes obligent, la France était à ce moment-là en train de négocier la vente des avions au gouvernement turc. Et pourtant messieurs les journalistes de gauche ce sont en grande partie des gens imbibés d'une idéologie similaire à la vôtre, c'est-à-dire circonscrite dans les limites étroites du capital, qui subissent la répression dans ce pays. De même, aucun bruit n'a été fait sur la répression sanglante lors de la grève générale au Chili. Aucune campagne cette fois-ci de soutien n'a été organisée pour ces deux pays. Alors, messieurs les journalistes démocrates où est votre solidarité sans frontière ?

Dans cette affaire sordide, la Russie et ses serviteurs afghans n'ont jamais eu l'intention de condamner Abouchar à 18 ans de prison. A ce propos il faut remarquer que quelqu'un ayant franchi illégalement et avec la propagande des résistants, la frontière d'un pays en guerre civile risquerait bien plus qu'une mise en scène bidon. Ils voulaient tout simplement s'affirmer devant les capitalistes occidentaux comme les maîtres capitalistes de la région. Ni Russes ni français ne se sont montrés trop intransigeants, car ces deux fractions du capital ont des intérêts politiques et économiques en commun (malgré leur opposition interimpérialiste) ; à savoir perpétuer l'exploitation et la domination du genre humain.

Dans cette histoire il n'y a qu'un seul gagnant : Jacques Abouchar qui avec sa gloire d'héros résistant n'a plus qu'à écrire son calvaire qui sera sûrement un best-sellers où il continuera à parler d'un monde divisé en démocratie et en totalitarisme, alors que la seule vrai division est celle des classes sociales, en Afghanistan comme au Chili, en Chine comme en Russie.

En ce qui concerne les travailleurs, ils ont été encore une fois dupés et entraînés dans une campagne destinée à renforcer l'emprise de l'Etat capitaliste sur l'humanité.

La classe ouvrière n'a aucune leçon de liberté et de solidarité à recevoir de ces fanatiques des droits de l'homme (droits en fait à l'exploitation capitaliste). Aucune confiance aux médias manipulés en fait et de fait par le capital et ses Etats.