Alarme, n° 27, janvier-février-mars 1985 (p. 10-11). PDF du numéro complet

2000 morts et des milliers de blessés lors d'une fuite de gaz toxique provenant d'une usine américaine de pesticides, l'Union Carbide... Non il ne s'agit pas d'un film de science fiction, c'est la science-réalité.

En effet, le lundi 3 décembre 1984, les habitants de Bophal, l'un des états les plus pauvres de l'Inde furent réveillés par l'horreur apocalyptique. Une cuve contenant un gaz extrêmement dangereux l'esocyanats de mehyte a fui dégageant pendant plus d'une heure, avant que l'accident ne soit repéré, un immense nuage de gaz mortel comparable aux gaz des combattants, dont on ne connaît pas l'antidote. A cette occasion le système de sécurité n'a pas fonctionné. Selon les versions officielles 200 000 personnes, soit le quart des habitants de Bophal ont été touchés à des degrés divers par la catastrophe. 20 000 d'entre eux ont dû être hospitalisés. Ceux qui ont échappé aux effets immédiats de la catastrophe seront à leur tour des victimes, car il faut s'attendre aux effets secondaire de ce gaz. Les habitants de cette vieille ville, qui garde encore son aspect du 11ème siècle, n'ont connu que l'horreur du progrès et de la technique du 20ème siècle, d'autant plus que ce n'est pas un hasard si le capitalisme installe ses usines à "hauts risques" dans les régions du monde les plus démunies, où il n'y a presque aucune possibilité de protestation de la part de la population locale.

Afin de faire preuve de son amertume, l'Union Carbide a envoyé sur les lieux du sinistre un de ses patrons. Celui-ci fut arrêté par les autorités indiennes, et inculpé de "négligeance criminelle", mais fut relâché six heures plus tard après versement d'une caution représentant l'équivalent de 20 000 francs. Quelle grossière moquerie envers les milliers de victimes ! La libération plus que rapide du patron de l'union Carbide montre très clairement la complicité existant entre les différents secteurs du capital mondial. En dépit de sa volonté de vouloir afficher une image nationaliste et "anti-puissance étrangère" Rajiv Gandhi, premier ministre indien, a dû conclure un accord avec les responsables américains, afin d'étouffer l'affaire et éviter des émeutes.

D'autre part il faut signaler, que l'Inde n'a pas l'exclusivité dans le domaine des catastrophes industrielles. Il semblerait que ce soit la Russie qui détienne ce triste reccord, car en 1979, près de Novosibirsk des milliers de personnes seraient mortes à la suite d'une explosion dans une usine fabriquant des armes bactériologiques (tout ceci est au conditionnel car les autorités russes ont toujours refusé de donner des détails sur cette affaire). La Russie "socialiste" en fait capitaliste d'Etat, aussi meurtrière que le capitalisme occidental, n'est pas exempte de ce genre de catastrophes, tout simplement parce qu'elle est régi par la même loi d'accumulation de capital. Plus récemment, le 19 novembre dernier, au Mexique l'explosion de réservoirs de gaz tue 400 personnes. On pourrait citer encore des milliers d'exemples pour illustrer l'horreur capitaliste. Ce qu'on peut affirmer c'est que les effets criminels et néfastes de ce système décadent et pourri n'ont pas de frontières puisque les causes elles mêmes en sont dépourvues.

Nous ne sommes pas en train de faire le procès de la société industrielle en prônant le retour à une société tribale. Il est vrai qu'historiquement le capitalisme représenté à l'origine par la classe bourgeoise, a été une société progressive relativement aux types de sociétés d'exploitation antérieures. Les progrès par elle réalisée sur la base de la plus-value extorquée au prolétariat, dans le domaine des sciences et techniques ont été bénéfiques dans la mesure où ils répercutaient plus ou moins sur l'ensemble de la société en créant les conditions de son propre dépassement par la révolution communiste. Il faut cependant souligner que les conséquences positives du capitalisme n'émanent aucunement d'un altruisme humanitaire, car l'industrialisation qu'il a développé n'a jamais tenu compte des besoins réels de l'individu marchandise sur qui repose en fait et de fait la totalité du système capitaliste. Son seul intérêt est d'accroître le capital et les bénéfices tirés de l'exploitation des millions de travailleurs. Au début, malgré l'exploitation, développement social et croissance allaient presque de pair. Ce n'est plus le cas. Aujourd'hui le capitalisme est incapable, de par ses intérêts mesquins et inhumains qui sont les mêmes qu'auparavant, de poursuivre son développement. La maîtrise de la technologie et le développement de la science progressent avec des conséquences de plus en plus néfastes pour l'humanité, croissance et développement s'opposent désormais, ou plus exactement le premier bouffe le second faute de révolution sociale.

Depuis très longtemps la société capitaliste est rentrée dans sa phase de décadence malgré sa croissance économique. La plus-value tirée des travailleurs n'a jamais été aussi importante et par conséquent le profit du capital s'accroît de jour en jour. L'automatisation, l'informatisation... permettent au capitalisme de mieux exploiter et contrôler le prolétaire, le privant ainsi de toute liberté, alors que les énormes moyens techniques pourraient libérer l'homme des heures fastidieuses passées à la reproduction des moyens nécessaires à sa vie. Ce qui est appelé loisirs est nécessaire, au sein du capitalisme, à la reproduction et à l'entretien de sa force de travail (au même titre que le salaire). Dans une société communiste le loisir n'a aucune raison d'exister, car le fossé existant entre le travail et les intérêts de l'individu social sera effacé. Jamais le prolétariat n'a été aussi dépourvu d'individualité (ne pas confondre avec individualisme). Il fait parti de ce système au même titre qu'une machine. La détresse et la démoralisation sont devenues l'état courant des individus ce qui entraîne une résignation favorable au capital d'autant plus que cette dernière est fomentée par tous les partis dits ouvriers et leurs syndicats.

Toute la littérature de science fiction ou futuriste, envisage l'avenir comme étant la prolongation du présent où la cruauté de la guerre et du totalitarisme seront notre seule perspective. Il est inquiétant de constater que l'univers dépeint par ces romanciers se rapproche de plus en plus de la réalité.

Pour notre part, tout en étant réalistes, nous ne sommes pas encore atteints par le virus du fatalisme. Nous pensons qu'actuellement dans la société existent des moyens plus que suffisants pour combler les besoins de chaque individu. Songer à une société d'abondance n'est plus un mythe ou un rêve. Tout est là, il suffit d'arracher des mains du capital toutes les richesses créées par la classe ouvrière et les mettre enfin au service de l'homme. Tant que le capitalisme sera le maître, la situation misérable actuelle empirera. La classe ouvrière doit prendre conscience de cela et agir en conséquence, car elle est la seule classe révolutionnaire capable d'anéantir ces bourreaux de l'humanité et de construire la seule société compatible avec le devenir : le communisme société sans classes.

Barrer la route au capitalisme d'Etat ou privé est la seule condition pour assurer notre survie. Le système dans lequel nous vivons est incompatible avec une expression humaine de la société.