Alarme, n° 30, octobre-novembre-décembre 1985 (p. 1-3). PDF du numéro complet

Disloquons les syndicats ! Rompons la concertation sociale ! Brisons la démocratie capitaliste !

Pour la révolution sociale, contre les élections

Depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir peut-on affirmer que la situation des salariés prolétaires se soit améliorée ? La droite dit que non bien sûr et table sur son retour en mars 86 pour nous sortir de la misère, du chômage, de l'insécurité, du deshonneur national etc... La gauche quant à elle prétend que grace à sa gestion moderniste de l'économie, aux 39 heures, la retraite à 60 ans, le renforcement de la police, le contrôle de l'immigration, etc..., le sort des français s'est amélioré ou n'a pas empiré et que de toutes façons la droite n'aurait guère fait mieux pour restructurer l'économie française pour plus de compétitivité internationale.

Aussi afin de sanctionner le mensonge et récompenser la vérité, vous les exploités êtes appelés massivement à trancher la question en déposant dans l'urne ce fameux bulletin que tous les politiciens se disputent. C'est la seule alternative réelle que vous proposent nos chers démocrates !

Cette alternative que cache t-elle en fait ? Si l'on se contente de la poudre aux yeux que pulvérise à grande échelle les médias, la classe politique, les syndicats, le choix semble être : "marxisme" sauce parti "socialiste" ou parti "communiste" d'une part et d'autre part le libéralisme, rejetant par là-même le hideux spectre du néo-fascisme de même air dégoûté. Et en avançant sur ce terrain de la démocratie, il ne resterait plus qu'à envisager de voter, voter utile, voter peu importe pour quel parti, l'essentiel étant de sauvegarder l'existence de la représentation parlementaire et du sabbat électoral. D'autant plus que l'extrême-gauche apportant sa caution aux élections contribue à perpétuer la croyance que l'Etat est neutre et n'est pas au service de la classe dominante et que de ce fait il peut y avoir de vrais députés ouvriers en son sein pour défendre les intérêts du prolétariat. Ainsi, dans cette perspective, le phénomène de l'alternance et de la cohabitation laisse supposer la coexistence pacifique entre des fractions politiques aux idéologies fondamentalement opposées. Cette opposition n'est que fiction !

Elle laisse volontairement dans l'ombre la base sociale du rapport de production moderne, et aujourd'hui mondial, qui détermine les relations qu'entretiennent les hommes pour assurer la production, la distribution et consommation en vue de la satisfaction de leurs besoins. Et cette base n'est autre que l'exploitation de l'homme par l'homme, exprimée au travers du salariat dans la société capitaliste. Les formes politiques qui viennent se greffer sur cette structure peuvent être multiples et ne remettent absolument pas en cause l'exploitation de classe. Au contraire elle la renforcer ! La démocratie n'est que l'une de ces formes, actuellement la plus achevée pour berner le prolétariat et l'embrigader derrière les intérêts de ses exploiteurs, et l'Etat en particulier dont le rôle de plus en plus marqué comme acheteur de la force de travail, le place au premier rang des défenseurs du capital.

Le principe de démocratie dans la société d'exploitation est une illusion qui tend à cacher la base matérielle sur laquelle repose l'inégalité sociale, la division de la sociétés en classes.

Pour nous communistes, la défense de l'intérêt immédiat et historique de la classe ouvrière, passe par une voie différente ; une voie qui ne peut que s'opposer à la démocratie capitaliste ! C'est celle que la dictature du prolétariat sivra pour briser la société capitaliste et les chaîne de l'exploitation de classe. L'abstentionnisme de classe emprunte ce chemin c'est-à-dire par le refus actif de la magouille électorale et l'impulsion d'une lutte ouverte contre l'ordre capitaliste.

Nous ne sommes ni trotskistes ni maoïstes et nous ne nous reconnaissons dans aucun mouvement de l'extrême-gauche ! Nous ne cachons pas que notre but est l'instauration du communisme par la révolution sociale, violente et en dehors de toute légalité. Nous n'appelerons donc en conséquence personne à voter pour telle ou telle fraction politique, qui représentent toutes des formes différentes de l'exploitation de l'homme par le travail salarié, de l'est jusqu'à l'ouest et du nord jusqu'au sud.

L'émancipation de notre classe commence par la lutte sur les lieux de son exploitation, bureau ou usine, et dans la rue, rejetant toute illusion de défense de ses intérêts par la négociation, le vote ou le consensus. Tout cela n'est que duperie !

La participation électorale comme prétexte à une "tribune" pour les idées révolutionnaires est aujourd'hui un attrape-nigauds et une arme du capitalisme d'état incarnée entre autre par l'extrême-gauche pour maintenir la domination du capital sur le salariat. La seule tribune dont nous ayons besoin est celle des taches sociales et politiques que nous devons mettre en mouvement pour sortir de l'étouffoir physique, idéologique et social qui pèse sur nos luttes et notre survie.

L'abstentionnisme de classe doit tendre vers l'attaque frontal contre l'accumulation et l'extraction de la plus-value qu'engendre notre force de travail. Cette attaque doit être sans équivoque. Seules notre détermination et notre solidarité de classe permettront de faire exploser le carcan de la dictature capitaliste. L'exploitation, contairement à ce nos exploiteurs disent, ne se juge pas au montant du salaire ; en fait nous sommes tous exploités parce que nous n'avons d'autre alternative que de vendre notre force de travail pour survivre. C'est avec ce marchandage qu'il faut en finir ! Tout autre but à assigner à la classe des producteurs est réactionnaire.

Ne pas voter ne signifie pas qu'il faille attendre les échéances électorales pour agir dans ce sens. Au contraire cela suppose le combat immédiat contre la misère quotidienne qu'implique notre statut de producteur aliéné. A tous les prolétaires qui refusent la soumission à la légalité, la hiérarchie, aux exploiteurs patrons ou état, qu'ils proposent la défense du patrimoine national ou un socialisme à la sauce russe, française ou autre, nous réaffirmons que la lutte de classe est aussi la dénonciation de toutes les crapuleries syndicales qui négocient sur notre dos le prix et la perpétuation de notre exploitation. Aussi il faut partout :

  • rejeter les illusions électoralistes qui sont autant d'appels à se soumettre à l'idéologie dominante ;
  • refuser tout consensus social, toute pseudo trêve électorale au nom de l'intérêt national, pour la démocratie contre le fascisme ;
  • refuser tout sacrifice, toute austérité ;
  • briser les séparations corporatistes, entre chômeurs et non chômeurs, entre hommes et femmes, immigrés ou citoyens ;
  • exiger la réduction massive du temps de travail, non pour rentabiliser l'appareil productif mais pour impulser le droit inaliénable à la paresse ;
  • exiger l'augmentation des salaires réels sant tenir compte de quelqu'indice économique ;
  • impulser une réelle solidarité de classe basée sur des revendications communes dans la seule perspective de la défense de nos intérêts de classe explotée.

Ce que nous avançons içi comme mots d'ordre nous apparaît le minimum à mettre en pratique pour saper directement le fondement de la société capitaliste, à savoir le travail salarié d'où elle tire son profit. La bataille pour l'abolition du salariat, la destruction des frontières, la disparition des classes et l'avènement du communisme se joue sur ce terrain.

Si pour la classe capitaliste, avide de légalisme et de pacifisme social, l'échéance de mars 86 occupe dèja sa propagande, à nous d'occuper le terrain social par la fermentation d'une offensive anti-capitaliste, nationalement et internationalement.