Alarme, n° 31-32, 1er semestre 1986 (p. 8-9). PDF du numéro complet

Aprés 3 mois d'experience les Restaurants de la mendicté, mieux connus sous le nom de Restaurants du coeur ont fermé leurs portes. Tout au long de cette experience lancée par le "philantrope" Coluche, des milliers des proletaires ont vu leur condition d'etre humain reduite à l'honte et à l'humiliation. Aujourd'hui on assiste à un nuveau style de promotion publicitaire pour les hommes publiques : l'organisation des manifestations de charité pour promovoir leur image de marque. Ce genre de campagne est un attentat contre la condition humaine et ne sert qu'à appitoyer les proletaires sur leur sort.

Il semble nécessaire pour éviter toute confusion de faire la différence entre charité et solidarité. Lorsque les prolétaires se mobilisent pour se solidariser avec leurs frères de classe c'est légitime et ça obéit à une conscience de classe qui a comme but de libérer l'humanité. La solidarité se manifeste parce qu'on appartient à une même classe, et surtout parce qu'on a les mêmes intérêts ; à ce propos il faut remarquer que chômeurs et prolétaires actifs ont les mêmes intérêts de classe et doivent être unis par le même combat. En revanche, toutes ces campagnes d'"humanisme" ne servent qu'à rendre la condition de prolétaire encore plus misérable. La charité se développe là où la solidarité prolétarienne n'existe pas, permettant à des personnages aussi bas que Coluche de se forger une image en béton.

Mais ceci n'est pas l'aspect le plus important. Ce genre de campagnes constitue un véritable piège où tout le monde semble être tombé. Ces initiatives affaiblissent les forces du prolétariat qui finit par croire que la charité est "un don du ciel" et qu'il faut remercier ces âmes charitables qui ont eu la bonté de s'occuper de leurs misères. Si ce type de campagnes existe avec un certain succès c'est parce que le prolétariat n'agit pas sur son terrain de classe. De son côté l'Etat se réjouit de ce cirque animé par des clowns à coeur tendre, qui sont incapables de tromper les prolétaires qui sont dans la misère à cause du chômage, les empêchant de prendre conscience de l'injustice abominable sur laquelle repose la société capitaliste, en lui faisant croire qu'on vit dans un monde solidaire. Dans une situation de misère grandissante du prolétariat, l'Etat donne tout son soutien à ce genre de campagne. Cette société ne peut reproduire que des rapports mesquins entre les individus. Ce qu'on appelle la "générosité populaire", n'est que de la compassion et de la pitié envers ceux qui produisent les richesses de la planète, et qui par l'inhumanité de ce système se trouvent dans une misère relative ou absolue. Nous disons aux prolétaires moins défavorisés par le fait d'avoir un travail, et qui ont contribué à cette campagne, qu'ils se trompent de chemin. S'ils veulent en finir avec les injustices, il faut balayer ces illusions de solidarité en les dénonçant comme un immense mensonge monté de toute pièce et destiné à perpétuer leurs conditions de prolétaires misérables.

En créant les Restaurants du coeur, Coluche a su interprêter les besoins du capital, à savoir assurer la survie de ces milliers de travailleurs privés d'emploi, car le marché du travail pourrait avoir besoin d'eux plus tard. Il ne faut pas qu'ils crèvent !

Dans toute cette histoire à visage humanitaire c'est encore plus révoltant de constater que les 200 000 repas distribués par jour étaient composés par des produits dont la date limite de vente était périmée, et des produits agricoles excédents. Pour l'occasion ce sont les clients du Restaurant du coeur qui en profitent alors que traditionnellement ils servent à nourrir les animaux.

Non ! les prolétaires ne sont pas des mendiants ni des marginaux. Les richesses produites par nous les prolétaires sont aujourd'hui largement suffisantes pour subvenir aux besoins de tous les individus. On vit dans une société où toutes les conditions existent pour effacer le cauchemar de la pauvreté, et seule la société capitaliste nous met face à une situation aussi grotesque ; d'un côté les milliers de tonnes de produits stockés ou détruits par les pays industrialisés, de l'autre l'extension de plus en plus grandissante de la pauvreté.

Nous disons Non à ces campagnes qui empirent notre condition d'assistés et de handicapés sociaux.

Monsieur Coluche, votre élan de générosité vous pouvez le garder pour une autre occasion, pour l'instant vous feriez mieux de vous faire engager dans un autre cirque. Ce ne sont pas des miettes que nous voulons, mais la totalité de la richesse produite par notre classe sociale, et dont vous êtes un de ceux qui en profitez.