Alarme, n° 34, octobre-novembre-décembre 1986 (p. 1-6). PDF du numéro complet

Que le capitalisme règne en maitre absolu sur la totalité du globe est chose certaine, tout au moins pour ceux qui veulent réellement le détruire, autant parceque c'est un système qui opprime et exploite, que parceque c'est la seule issue à tous les problèmes de l'humanité aujourd'hui. Le développement de la société passe par la révolution communiste. Celle-ci est aujourd'hui seule à l'ordre du jour. Toutes les tactiques ou les stratégies non orientées directement vers ce but sont réactionnaires, depuis les soi-disant révolutions démocratiques en passant par les luttes dites de libération nationale jusque y compris la possibilité de révolution permanente à la sauce trotskiste contemporaine et initiale. A l'Est comme à l'Ouest, au Nord comme au Sud, seul le prolétariat est à même de réaliser ce but contre tous les Etats actuellement existants. Malheureusement il y a un décalage énorme entre les possibilités purement matérielles et le niveau de conscience révolutionnaire, facteur indispensable pour transformer ce qui est potentiel ou latent en réalité concrête.

Au nom des intérêts des travailleurs toutes les organisations connues et reconnues, celles dont tous les médias parlent, s'alignent en tête des défenseurs de l'économie marchande (syndicalisme, terrorisme, partis de gauche et d'extrême-gauche). Le mécontentement général est manifeste, et pourtant, grâce fondamentalement aux forces précitées, la subversion totale de la société capitaliste mondiale a du mal à s'affirmer. Ce fait cloue au pilori toutes les théories plus ou moins "savantes" sur l'intégration de la classe prolétarienne dans le capitalisme, et celles qui nient, contre toute évidence, l'existence de cette classe dépossédée de tout sauf de sa force de travail. Qu'on le veuille ou non, tant que les rapports sociaux entre les hommes, basés principalement sur les rapports de production, ne sont pas changés, il est impossible qu'apparaissent de nouvelles idées révolutionnaires qui rendraient caduques et réactionnaires la totalité des anciennes idées d'émancipation sociale, d'autant plus que le capitalisme, par définition, ne peut exister sans extraction de plus-value qu'il obtient le plus légalement du monde par l'exploitation de la force de travail de ses esclaves modernes. Et comme dirait Sherlock Holmes à Watson : à qui principalement se dirige les forces capitalistes s'auto-dénominant ouvrières, socialistes, communistes, etc. ? Précisément répondra Watson avec un peu de jugeote, à la seule classe susceptible de s'émanciper en émancipant l'humanité entière. A qui profite le crime ? Au capitalisme mondial rétorquera-t'il sans prendre de loupe, puisque c'est visible à l'oeil nu pour ceux qui veulent regarder la réalité en face et non à travers le miroir déformant de la barbarie contemporaine. Elémentaire.

Que les intellectuels en mal de théories nouvelles pouvant flatter leur vanité frustrée arrêtent de pondre leurs articles, que les lycéens et les étudiants se mettent en grève sans le soutien de la classe productrice de plus-value, et rien absolument rien ne mettra en péril de mort le système qui nous domine et nous écrase. Que les travailleurs, les prolétaires s'auto-organisent contre le syndicalisme par initiative propre dans la lutte, et alors l'Etat capitaliste qui se trouve confronté à un tel élan, vacille, tremble, se décompose face au pouvoir réel de la rue. Que les travailleurs du gaz et de l'électricité, des transports, des mines... arrêtent tels les étudiants dernièrement leur activité pendant trois semaines de façon décidée, c'est toute l'activité du pays qui est paralysée. C'est le système capitaliste qui est touché en son centre nerveux, et non à sa périphérie avec la démission d'un Devaquet, ministre aux Universités.

Qui peut nier le contraire, sinon précisément ceux qui n'ont aucun intérêt à voir la totale transformation des rapports sociaux se réaliser. Quant à ceux qui honnêtement aspirent à ce but, mais nient ce qui vient d'être exprimé ci-dessus, ils se plient, même involontairement, à l'idéologie de la classe dominante. Privés en cela de la seule praxis émancipatrice, ils offrent leur révolte légitime aux sacerdotes du Capital sur l'autel de l'exploitation de l'homme par l'homme. Ils croient avoir dépassé ce qui à leur yeux entrave le mouvement de subversion (militantisme, qu'ils confondent avec l'aliénation militante des organisations d'extrême-gauche ; le prolétariat, qu'ils croient intégré ou inexistant) alors qu'ils se trouvent à la traîne du monde marchand qui broie leur révolte de courte durée entre ses serres expérimentées. Ce qui cependant est toujours vrai c'est que "le prolétariat est révolutionnaire ou il n'est rien". En effet, ou il lutte contre les conditions matérielles d'existence qui lui sont imposées ou bien il n'est qu'une masse exploitable soumise au règne de l'accumulation du capital. Il n'est alors rien pour lui-même, il n'est rien pour l'humanité, il est tout pour le capitalisme mondial qui survit sur son dos. Que ce dos courbé se relève et les parasites qui protègent et défendent le système du salariat, une fois par terre, seront écrasés par les pieds de ceux qui produisaient toute la richesse sociale dont ils ne jouissaient pas.

Du pourquoi de la confusion actuelle

Dire que seul le prolétariat, la classe des esclaves modernes, peut transformer de fond en comble un système d'exploitation qui n'a plus aucune raison d'exister, ne peut aucunement amener à un ouvriérisme stérile appuyant aveuglément toute action des travailleurs, ou justifiant sereinement leur passivité. La situation actuelle n'est pas conjoncturelle, elle est due à l'histoire-même de la société capitaliste, et plus particulièrement à celle du mouvement ouvrier. Les jalons de la défaite sont des promesses de victoire. Encore faut-il que des minorités chaque fois plus grandes aient compris les raisons de la défaite pour en dégager les possibilités de victoire. Avant l'échec de la révolution mondiale initiée en Russie tout n'était pas toujours au beau fixe. Il y avait des hauts et des bas dans la constitution du prolétariat en classe indépendante luttant pour ses propres intérêts opposés à ceux du capitalisme. Mais, et dans les flux et dans les reflux, l'ennemi était visible et nettement perceptible par quiconque, c'était la bourgeoisie. Lorsque le rapport de forces, après un grave échec, était favorable à la classe exploiteuse, ceux qui restaient sur le pied de la guerre de classe, savaient qu'il fallait se maintenir ferme dans la perspective d'une nouvelle situation qui allait inévitablement se présenter, de par l'existence-même de l'exploitation et de par leur propre activité. Avec la révolution en Russie et sa transformation de l'intérieur en contre-révolution mondiale, le panorama s'est modifié plus considérablement que lors des défaites antérieures puisque les forces qui se prétendaient révolutionnaires et progressistes, au nom de la classe ouvrière mondiale, se trouvaient en fait à la tête de la réaction et de la contre-révolution. Ce sont ces mêmes forces qui sévissent encore actuellement et auquelles le prolétariat en premier lieu devra s'affronter s'il veut mener sa lutte immédiate et historique à bien. Il est le seul à pouvoir le faire en la concrétisant, en marge de ceux qui d'un trait de plume, ont cru pouvoir l'éliminer, et contre ceux qui éprouvent un malin plaisir à favoriser son inaction.

Les luttes ouvrières et l'activité des minorités conscientes

"L'idéologie dominante, est l'idéologie de la classe dominante". Il est difficile de s'en dépêtrer surtout lorsque cette dernière, battue en brêche lors de la vague de 17-37, a été depuis renforcée par le stalinisme, et aussi par le syndicalisme qui par nature devait s'intégrer puis défendre le monde du salariat. Malgré les grèves ouvrières plus ou moins massives nous reconnaissons que le rapport de forces et de conscience est encore favorable aux vampires de la plus-value. Mais nous savons pertinemment contre toutes les idées fausses qui nous sont inoculées, que la seule réponse sérieuse susceptible d'être donnée au monstre capitaliste, ne peut provenir que de la classe exploitée, celle-là même qui doit se débarrasser des camisoles de force qui la retiennent sous l'emprise de tous ses exploiteurs. C'est par la lutte principalement qu'elle l'obtiendra. Les révolutionnaires, peu importe leur origine sociologique, appartiennent à cette classe. C'est avec elle qu'ils peuvent espérer renverser à tout jamais l'aboutissement des siècles d'exploitation contenus dans le monde d'aujourd'hui.

De par sa place et son rôle dans les rapports de production, le prolétariat est contraint de s'affronter à ceux qui le dominent. Et non seulement il n'a pas disparu au niveau mondial, mais il a augmenté de par la prolétarisation de nombreux secteurs. C'est ce qu'on appelle la lutte de classes. Cette lutte se manifeste plus ou moins intensément sans jamais disparaître complètement. Sans quoi les syndicats, chiens de garde de l'esclavage salarié, auraient disparu depuis longtemps : s'ils existent encore c'est pour empêcher précisément que la classe exploitée n'agisse par et pour elle-même. Mais nous reviendrons plus loin sur ce point quand nous parlerons des luttes lycéennes et étudiantes.

Il est plus facile pour les médias de s'étendre sur un mouvement pluri-classiste estudiantin que sur la lutte du prolétariat lorsque celui-ci, en tendance, malgré de graves limitations, essaie d'échapper à l'emprise de ceux qui vivent grâce à son existence et son exploitation. Même Watson, sans l'aide de Sherlock Holmes, peut dire que nous nous référons au Syndicat. Pour ne pas prendre trop d'exemples, nous mentionnerons la lutte des travailleurs en Belgique dernièrement (pour plus de détail, lire les derniers numéros d'Alarme). Là le prolétariat, supposé inexistant, s'est manifesté massivement contre les nouvelles mesures d'austérité, et sans attendre de directives quelconques, les mineurs de la région du Limbourg débrayèrent spontanément, prenant de court les directions syndicales qui avaient essayé d'épuiser leur hargne par des journées d'action de 24 heures complétement bidons. Plus expérimentés que la classe elle-même, les magouilleurs briseurs de grève syndicaux avec l'aide précieuse du syndicalisme de base soit-disant plus radical, réussirent à dévoyer le mouvement de la seule route qui pouvait mener les grévistes à l'auto-organisation générale et à se donner un contenu anti-capitaliste plus ferme dans la lutte. Politisant le mouvement, les syndicalistes de base, profitant de la situation, appelèrent à la participation "socialiste" au gouvernement. Comme si les "socialistes" en bons administrateurs du capital, n'avaient jamais eux-mêmes appelé les exploités de par le monde à se serrer la ceinture au nom de la défense de l'économie nationale. Comme s'ils n'avaient jamais, au nom de cette défense, appelé les exploités du monde entier à s'entretuer lors des guerres impérialistes locales ou mondiales.

Ce que la classe prolétarienne doit reconnaître, ce sont tous ses ennemis, et surtout ceux qui se font passer pour ses amis, afin de mieux les anéantir. En brisant ces chaînes dissimulées, elle n'en brisera que mieux celles, plus visibles, qui l'attachent au travail aliéné. Là intervient la nécessité d'organisations politiques capables de dénoncer, de combattre, de s'affronter à toutes les forces qui barrent le passage à l'émancipation totale de l'humanité. De telles organisations, malgré leurs divergences, existent dans le monde. Elles sont embryonnaires et pour la plupart, soit au nom du Parti tout puissant seul sujet révolutionnaire, soit au nom de l'activité spontanée des masses, amputent l'étendue de l'activité nécessaire aujourd'hui. Une organisation révolutionnaire, sans surestimer et sans sous-estimer l'activité des travailleurs doit, parce qu'elle appartient à et est un produit de la classe elle-même, essayer de répondre aux problèmes qui se posent dans tous les domaines, et qui forment en réalité un tout (économique, politique et social...).

Dans le cas par exemple d'une lutte massive comme en Belgique, nous devons avancer des perspectives de luttes concrètes forcément liées au renversement du rapport de forces et de la domination du capital. Alors que des prolétaires luttent contre la restructuration, contre les licenciements, alors qu'ils étendent leur lutte et que nombre d'entre eux sont au chômage, les révolutionnaires ne peuvent attendre passivement les bonds qualitatifs de la lutte. Ils doivent bien au contraire les provoquer dans la mesure de leurs possibilités. Généralisation et extension sont des facteurs importants. La dénonciation, par la lutte, des syndicats, est obligatoire. L'union grandissante des travailleurs passe par là, mais si elle veut être effective, elle doit aussi créer les conditions politiques rendant possible le saut du règne de la nécessité à celui de la liberté. Elle doit, tels les mineurs asturiens (Espagne, Octobre 1934), montrer qu'après une défaite elle prépare un assaut encore plus puissant et déterminé. Pour ce faire une organisation communiste doit avancer des mesures qui s'attaquent à la base même de l'exploitation : l'accumulation du capital par l'extraction de plus-value, en même temps qu'elles préfigurent les tâches-mêmes de la dictature sociale du prolétariat et de la révolution.

Pas un seul chômeur ! Non aux licenciements ! Réduction massive des heures de travail, augmentation du salaire réel sont des axes parmi d'autres qui utilisés dans la dynamique même de la lutte, s'attaquent de plein fouet au capital. Ils ne sont pas une garantie en soi car jusqu'au triomphe de la révolution, sur le terrain revendicatif, la classe ouvrière reste un jouet aux mains du capital. Il ne s'agit bien évidemment pas de développer le capital où que ce soit, mais de l'abattre partout. Il faut qu'en tant que prolétaires, nous initiions le seul combat qui mérite la peine d'être mené. Dans les grèves massives au niveau d'un ou de plusieurs pays, la classe exploitée montre de fait, même si elle n'en a pas toujours conscience, que sans elle tout s'arrête de fonctionner. C'est le moment, si la prise du pouvoir est jugée prématurée dans le contexte mondial, d'imposer le plus grande nombre de mesures blessant à mort la société d'exploitation et de consolider ainsi la conscience et la force de ceux qui subissaient les mesures nécessaires au capitalisme.

Mouvements lycéens et étudiants

Au mois de décembre un mouvement estudiantin qui allait s'étendre rapidement à l'ensemble des universités et lycées, partait de Villetaneuse contre le projet de loi Devaquet. Cela faisait longtemps que la jeunesse scolarisée ne se manifestait pas massivement dans la rue. Les médias parlaient même de la 'bof-génération'. Certaines franges du mouvement allaient durcir ce qui au début n'était qu'une paisible démonstration de présence, à l'annonce du refus ministériel de retirer la loi en question. La mort d'un étudiant, Malik Houssekine, agé de 22 ans, abattu par la police, allait monter la colère du mouvement et forcer le gouvernement à céder. Devaquet a demissionné et son projet de loi a été retiré. C'est un mouvement interclassiste qui a obtenu "la victoire" sur une fraction capitaliste qui a fait bourde sur bourde, favorisant par là les autres fractions qui se trouvent dans l'opposition. Dans la mesure où tout se jouait sur le terrain du capitalisme, la "victoire" lui était de toute façon acquise, et sans combat, puisque ce dernier n'a jamais lutté contre lui-même. Les revendications étudiantes ont porté sur le mode de fonctionnement du système éducatif actuel, et non sur l'école comme rouage de la reproduction du monde de l'exploitation. Coude à coude se trouvaient des futurs exploiteurs et des futurs exploités. Inutile de préciser qui est le dindon de la farce dans cette histoire.

Et toute la racaille politicienne de jubiler en insistant lourdement sur le sérieux, le civisme, le sens des réalités d'une jeunesse saine (malgré les milliers d'énergumènes s'affrontant à la police) vouée corps et âme au maintien de l'égalité des chances dans la course aux diplômes et à la réussite sociale. Ce mouvement est en trompe l'oeil vis à vis de lui-même, car sous l'apparence d'une solidarité entre jeunes momentanément scolarisés, il proclame en fait la démerde individuelle pour le futur, celui de l'entrée dans le monde du travail. Sous une générosité à bon marché il s'affiche contre la sélection et pour la valorisation des diplômes. Il ne se rend même pas compte de la contradiction criante puisque sa logique est celle du système qui pond des lois sur l'enseignement chaque fois qu'il y a un nouveau ministre dans ce domaine. En effet, on ne peut à la fois être contre la sélection et pour la valorisation des diplômes. Car moins il y a de gens qui en possèdent, et plus ils ont de valeur (marchande bien évidemment !).

Bien avant la sélection scolaire, légitime du point du vue du capital, il y a la sélection sociale. L'égalité des chances et la quasi gratuité de l'enseignememt sont un leurre. En grande majorité les fils de prolos (actifs ou chômeurs) se retrouveront tout naturellement dans la même situation que leurs géniteurs. Qu'un fils d'ouvrier puisse devenir PDG ou chercheur au service d'une technologie qui dépouille actuellement l'humanité, ne change rien à l'affaire ! Il est impossible d'échapper à l'existence des classes nécessaire à la perpétuation du système basé sur l'exploitation de l'homme par l'homme, tout comme les ex-soixante-huitards n'y ont pas échappé, si on n'appréhende pas la racine du problème afin de l'arracher. Comment une société qui survit grâce à l'abrutissement de la multitude pourrait-elle accomplir l'égalité devant l'instruction ?

Tant qu'existera l'esclavage salarié existeront la sélection, la faim dans le monde, les armées, les polices, la délinquance, et toutes les autres conséquences qui pèsent sur notre existence. Purement corporatistes au début, les scolarisés qui ont des parents de toutes les sortes (y compris dans la police) ont voulu intéresser la population à leurs problèmes mesquins, et pour ce faire ils ont appelé les syndicats professionnels à se joindre à leur cortège le mercredi 10 décembre 1986. C'est ce que tous ont voulu faire passer pour la solidarité étudiants-travailleurs. Ce n'est pas un hasard si un mouvement dit a-politique, dominé à tout moment par la politique capitaliste de l'actuelle opposition, a demandé la participation des chiens de garde du monde marchand que sont les syndicats. Ce jour là dans le cortège les ouvriers étaient encadrés par leurs flics directs qui arboraient le drapeau bleu-blanc-rouge, symbole frappant de l'ordre capitaliste et de la nation. L'appel aux ouvriers sur la base de la défense des diplômes étant anti-ouvrière, la présence syndicale montrait parfaitement bien à qui auraient à faire les plus malchanceux parmi la masse scolarisée. Les syndicats par leur présence montraient qu'ils étaient bien là pour empêcher que les exploités ne combattent le droit des plus chanceux à gérer leur exploitation et celle de leurs progénitures. Mais même s'ils n'avaient pas été présents, il ne peut y avoir de solidarité travailleurs-étudiants effective sur un terrain aussi vaseux et aussi contraire à l'intérêt historique des exploités et de l'humanité. Ceux qui ont demandé la solidarité des travailleurs à travers les syndicats ont-ils déjà manifesté leur solidarité avec les prolétaires en lutte, ces derniers étant tous les jours confrontés à la main-mise capitaliste des syndicats ? Le bouche à bouche continu entre syndicalisme et capitalisme est patent, ils sont aujourd'hui la condition l'un de l'autre, ils se créent mutuellement. Un mouvement réactionnaire de par ses objectifs devait aussi demander l'aide de ceux qui sous couvert de lutte contre l'injustice maintiennent la dernière des classes dans l'ignorance et la soumission. Ceux qui plus déterminés dans le mouvement, plus conscients de leur misérable futur, se sont, au nom de l'unité, pliés aux directives de la coordination nationale étudiante se sont fourvoyés. Ils se situaient sur un terrain qui n'était pas le leur. Ces derniers, avec tous ceux qui profitant de la mobilisation voulaient aller plus loin, auraient dû aller à l'encontre du mouvement initial pour réclamer la solidarité de l'ensemble de la classe des travailleurs sur des bases totalement différentes, celles qui s'attaquent aux conséquences et surtout aux causes de la société actuelle, par le refus des diplômes, de la sélection, de l'école présente, seule façon de relier le mécontentement des uns et des autres à des revendications communes, en tant que travailleurs et futurs travailleurs exploités. Par là, ceux qui aspiraient uniquement à être les nouveaux cadres de la société, grâce à des diplômes valorisés, auraient été hors et contre le seul mouvement subversif, celui qui est conscient que sans l'activité prolétarienne il n'y a point de solutions pour tous les problèmes et chacun d'entre eux. Il n'y a pas de "bonne" ou de "mauvaise" université. Il n'y a pas de capitalisme sans ségrégation sociale, raciale. Toutes les écoles, tous les enseignements qu'on y dispense sont soumis aux lois du profit et de la rentabilité capitaliste. L'école n'assume pas l'éducation, mais émascule les esprits. Ceci est valable pour toutes les régions du monde. Que ce soit en Chine, en Russie, en Afrique du Sud, en Amérique latine, aux USA ou en Europe, les mouvements étudiants qui s'y développent n'ont aucune perspective progressiste sans lien direct avec la lutte de classes que toutes les forces capitalistes déjà citées dans ce texte font tout pour retenir sous le giron de l'exploitation de l'homme par l'homme.

La classe qui est dépossédée de tout, non seulement de la richesse sociale qu'elle produit, mais également du savoir, enverra cette société immonde au musée de l'histoire au mépris de mouvements, qui émanant de la putréfaction du monde actuel, seront incapables d'aller dans le sens de l'émancipation du genre humain. HORS DE CE TERRAIN TOUT EST REACTIONNAIRE.