L'Arme de la critique, n° 2, février 1986 (p. 3-8). PDF du numéro complet

Si nous prenions la totalité des partis, des tendances, des organisations, des groupes, des fractions, qui se revendiquent, frauduleusement ou sincèrement du communisme, et nous leur demandions ce que signifie le terme qu'ils revendiquent, ils seraient somme toute capables, soit spontanément, soit poussés à bout par des questions incessantes, de répondre ou d'avouer : un monde sans classes, sans Etat, sans frontières, sans travail salarié, bref, sans exploitation de l'homme par l'homme.

Ceci étant, la grande majorité de ces Partis, organisations etc..., sont en fait les défenseurs du capitalisme d'Etat contre le prolétariat et sa potentialité subversive. Ce qu'ils présentent comme socialisme à Etat ouvrier sain ou dégénéré, n'est que le règne du mépris, du mensonge généralisé, et de l'esclavage salarial. Le prolétariat qui y est supposé jouir des avantages d'une économie planifiée subit des conditions de vie plus que pitoyables, et sa force de travail il ne peut la vendre qu'au seul grand propriétaire et administrateur du capital, L'ETAT. Alors gare aux velléités subversives ! Marche ou crève tel est le lot quotidien du «paradis prolétarien». Là bas comme partout la révolution prolétarienne est nécessaire, et celle-ci sera sociale et non seulement politique, parce que son infrastructure est la même que dans les pays communément reconnus comme capitalistes. Dire, affirmer qu'elle devra être sociale est d'une importance primordiale si l'on ne veut pas faire en dernière instance et en première, le jeu des défenseurs du capital sous sa forme la plus achevée, c'est-à-dire la plus concentrée et centralisée.

«Il n'y a pas à perfectionner, mais à supprimer l'Etat, qui n'est que l'organisation de la classe exploitante pour garantir son exploitation et maintenir dans la soumission ses exploités. Or, c'est un mauvais système pour détruire quelque chose que de commencer par le fortifier. Et ce serait augmenter la force de résistance de l'Etat que de favoriser l'accaparement par lui des moyens de production, c'est-à-dire de domination. Ne voyons-nous pas les ouvriers des industries d'Etat courbés, comparativement aux autres sous un joug plus pénible à secouer ?»

(Gabriel Deville, 1883, in aperçu du socialisme scientifique).

Or, lors de la première tentative échouée de révolution socialiste mondiale initiée en Russie avec les bolcheviks comme catalyseur de cette immense étincelle qui ébranla le monde, la contre-révolution se consolida précisément, entre autre, par l'accaparement des moyens de production par l'Etat ; un Etat alimenté par la plus-value extorquée de la force de travail d'un prolétariat vaincu et dont la seule tâche sera désormais de servir la planification marchande à coup de batailles de la productivité.

Il nous semble donc nécessaire maintenant de montrer que contrairement à l'idée la plus répandue, l'attaque du travail salarié et son abolition ne peuvent attendre la prise du pouvoir au niveau presque mondial par le prolétariat. Cela ne signifie pas, loin de là, que le socialisme soit possible dans un seul pays. Essayons de nous en expliquer.

Le système d'exploitation capitaliste se distingue en partie des systèmes d'exploitation antérieurs par le fait que sa domination par nations interposées est aujourd'hui mondiale. Son mode de production et sa propre dynamique le conduisaient à s'imposer et à régner en maître absolu sur la totalité du globe. C'est pour cela même que sa destruction par le prolétariat, force également mondiale puisqu'il est de par sa nature intrinsèque dans le processus de production l'antithèse du capital, ne peut être et ne sera que mondiale. D'où l'insistance de tous les révolutionnaires du passé et du présent sur les besoins vitaux de l'internationalisation des luttes du prolétariat et de la révolution. Sans cette internationalisation pas de salut possible pour le communisme. Bien que ce qui vient d'être exprimé ci-dessus soit important force est de constater que c'est loin d'être suffisant. Car ce qui est primordial de définir maintenant, à la lumière des expériences passées et des possibilités actuelles, c'est la base sur laquelle le pouvoir prolétarien va et doit s'étendre à l'échelle mondiale. Nous devons définir la nature de la révolution à l'endroit où elle surgira, si elle surgit. Doit-elle être politique dans l'attente de l'internationalisation du pouvoir prolétarien, ou bien doit-elle être sociale et se généraliser sur cette base ? C'est à cela que nous devons répondre de la manière la plus claire et la moins équivoque possible.

La vague révolutionnaire de 1917 à 1937 ayant été écrasée non par la bourgeoisie elle-même en tant que propriétaire individuelle des moyens de production, mais principalement par le pouvoir contre-révolutionnaire stalinien, tout ce qui représentait un tant soi peu le souffle initial du mouvement révolutionnaire russe fut tronqué, déformé à satiété en faveur d'un système qui n'avait plus de raison d'être : le capitalisme mondial. S'il est vrai que les jalons de la défaite sont des promesses de victoire, il faut tout de même que ceux qui aspirent à la victoire réfléchissent sur les raisons des défaites antérieures pour ne pas reproduire les erreurs du passé, ou appliquer des méthodes qui pourraient se révéler catastrophiques de par les changement de la situation.

La confusion semée soit directement par la contre-révolution russe, soit par la non-compréhension de ce qui se passait de la part des révolutionnaires de l'époque, persiste encore au sein des groupes et des tendances révolutionnaires de maintenant. En effet, la révolution russe n'a été qu'une révolution permanente et n'est jamais passée au stade socialiste. Au nom de conditions objectives considérées par tous les marxistes de 17 comme insuffisantes en Russie, le prolétariat devait réaliser les tâches que la bourgeoisie avait été, et était incapable d'accomplir, les liant sans solution de continuité avec les tâches socialistes rendues possibles par l'éclatement de la révolution considérée comme imminente dans les pays industriellement avancés : tel était grosso modo ce que prétendaient réaliser les bolchéviques à la veille d'Octobre, s'affrontant sans concessions sur ce thème aux «marxistes» mencheviques et autres qui n'entrevoyaient (textes de Marx comme scapulaire) que la possibilité d'une révolution bourgeoise. Mais l'économie russe n'a jamais cessé d'être capitaliste. Seule la propriété avait changée de mains et elle allait bientôt passer faute d'avancée révolutionnaire uniquement entre celles qui allaient user et abuser de la plus-value et donc de l'exploitation d'un prolétariat dépossédé de tout. Le fait que la révolution en Russie avait été prolétarienne en déboussola plus d'un, y compris ceux qui relativement tôt parlèrent de capitalisme d'Etat, sans d'ailleurs pouvoir apréhender toute la nocivité de ce dernier. A ce propos la lecture du livre de Ciliga «au pays du mensonge déconcertant», en particulier les chapitres «vie politique en prison» et suivants, est assez édifiante, entre autre pour couper le sifflet à tous les révoltés de salons (anti-bolcheviks par principe) qui pensent révolutionner le monde avec quatre idées conservées sous célophane stérilisé. Mais enfin passons, ce n'est pas le sujet.

Lorsque Staline proclama que le socialisme était possible dans un seul pays, il ne visait qu'à consolider dans ses propres frontières au début, le système que lui livrait le non-aboutissement de la révolution socialiste mondiale. En un mot, ni les bolcheviques, ni par la suite le contre-révolutionnaire pouvoir stalinien, n'ont fait de socialisme dans un seul pays. Staline en parlant de cela mentait sciemment, écrasant autour de lui tout ce qui avait encore un tant soi peu le souffle d'Octobre 17. Ceci pour dire que l'argument selon lequel attaquer le travail salarié et donc les rapports de production capitalistes avant même la prise du pouvoir par le prolétariat à l'échelle mondiale ou presque, c'est oeuvrer pour le socialisme dans un seul pays et faire preuve de boukharinisme, ou pire de stalinisme, ne tient pas debout. Ce serait ne pas avoir compris ce que fut le stalinisme en octroyant à ce dernier un objectif qui ne correspond pas, loin s'en faut, à ce qu'il fut, le bourreau le plus déterminé du communisme et de ses défenseurs. Mais enfin continuons.

Notre propos n'est pas ici de savoir si à l'époque l'idée d'une révolution permanente était ou non défendable, car de toutes les façons si la révolution s'était étendue victorieusement à d'autres pays, la question ne se poserait surement même pas. Mais aujourd'hui, la révolution ayant échoué, et préparant la prochaine, la question est tout autre et à coup sûr beaucoup plus tranchée. Nombreux sont ceux qui s'accordent à dire, même dans certains courants qui n'ont plus rien à voir avec le communisme comme les trotskistes, que les conditions matérielles objectives sont mûres. Mûres, oui, mais pour quoi faire ? Entrons dans le vif du sujet. Révolution politique ou révolution sociale ?

«Ceux qui font des révolutions à moitié creusent leurs propres tombes» disait St Just. Les partisans de la première hypothèse creusent en effet leur propre tombe s'ils énoncent leur position sans arrière pensée, et creusent volontairement celle de la révolution dans le cas contraire, au nom des sempiternelles étapes nécessaires, dont on ne connait même plus l'utilité puisque malgré leur raisonnement matérialiste vulgaire, les conditions objectives sont également mûres mondialement d'après eux. A moins que par mondialement ils comprennent la somme arithmétique des nations, et pourquoi pas des tribus, dont certaines eût égart à leur retard, pourraient encore, faute de révolution communiste dans les pays avancés, suivre le long chemin de leurs frères ainés. Quelle dialectique abracadabrante sacrebleu ! De toute façon dans un cas comme dans l'autre, cette position est à combattre car ses défenseurs s'ils persistent en leur idée se mettront en face du mouvement social, si mouvement révolutionnaire il y a. En effet, dire que les conditions objectives sont mûres signifie que le capitalisme a forgé plus que les conditions sociales nécessaires pour que le prolétariat le détruise de fond en comble donnant vie par sa propre négation de classe, à la seule société humaine possible : LE COMMUNISME. Or la prise du pouvoir par le prolétariat n'est pas un but en soi, ce n'est qu'un moyen que la classe possède pour accomplir certaines tâches, et qu'il devra obligatoirement utiliser ; cela était vrai avant et l'est encore aujourd'hui. Critiquer la conception de révolution permanente n'est juste qu'à condition de ne pas maintenir une position qui par son statisme est encore pire que la précédente. Cette dernière tenait au moins compte du mouvement et était profondément dialectique (tant dans son essence théorique que dans sa tentative de mise en pratique). Mais les tenants de la révolution politique internationale, considérée comme objectif majeur afin de pouvoir réaliser les tâches socialistes, se gardent bien de se prononcer, ne serait-ce que sommairement, sur la période de transition. Cette période se résume pour eux aux phrases suivantes : «pouvoir des conseils ouvriers, dictature du prolétariat, Etat ouvrier etc...» Sur les réalisations sociales qu'il faut à tout prix essayer d'impulser, ils se contentent tous de dire : impossibilité de destruction des rapports de production capitaliste sous peine de se prononcer pour le socialisme dans un seul pays. Avec de telles inepties on pourrait bien se demander comment diable a bien pu se cristaliser la conception matérialiste dialectique et donc communiste du monde en plein milieu du XIXe siècle ? Ne sont-ce point les conditions matérielles d'existence d'une époque qui permettent l'apparition d'idées nouvelles et donc révolutionnaires ? Ces idées ne proviennent-elles pas fondamentalement de l'existence et de l'activité du prolétariat lui-même ? Dès que le prolétariat s'est manifesté en tant que force indépendante ne l'a-t-il pas fait directement contre sa condition de classe exploitée, et contre la classe désireuse de maintenir cette condition ? Bien qu'à cette époque il disposât de conditions matérielles moins favorables qu'aujourd'hui pour le triomphe de sa totale émancipation, le prolétariat quand il se manifestait sur son terrain aspirait irrémédiablement à ce noble objectif, et les révolutionnaires dignes de ce nom poussaient à l'affrontement sans tergiversation contre la bourgeoisie.

Mais revenons à nos moutons. Contrairement au siècle passé, les conditions sont archi-mûres au niveau mondial, de sorte que la seule issue pour la classe exploitée et pour l'humanité passe par la société sans classes. Si elles sont mûres le prolétariat n'a pas à les créer. Il doit et ne peut donc que s'attaquer aux rapports de production capitaliste afin de les détruire, et ce quelque soit l'endroit où il s'insurgera. Cela n'est point utopique. Le contraire par contre le serait totalement dans une perspective socialiste, à moins de croire en l'infaillibilité de l'être humain et prétendre qu'il ne peut être corrompu. Il est utile de rappeler ici l'ABC du communisme. Ce sont les rapports de production qui déterminent les relations sociales, et non l'inverse. Renier cela dans la pratique, c'est tomber tête baissée dans le plus vulgaire des idéalismes. C'est pour cela que nous affirmons que toute révolution qui se cantonnerait sur le terrain purement politique (prise du pouvoir par le prolétariat) dégénérerait très rapidement, aboutissant inévitablement au capitalisme d'Etat. Aucun pouvoir prolétarien, pour aussi pur qu'il soit ne peut se maintenir sans réalisations sociales communistes, ou plus exactement, un pouvoir ne peut être vraiment ouvrier aujourd'hui que si le prolétariat agit en force indépendante contre tout ce qui représente l'exploitation de l'homme par l'homme, et donc contre le capitalisme en tant que système social. On ne voit d'ailleurs pas ce qu'il pourrait faire d'autre s'il s'insurge en tant que classe décidée et consciente de ses intérêts et de ceux de l'humanité dans son ensemble. N'oublions pas que le prolétariat est historiquement la classe révolutionnaire par excellence de par sa position dans les relations de production, et on comprend mal quel pouvoir réel et exclusif il peut avoir sans bouleverser son rôle et sa position sociale.

Au moment où le communisme est la seule alternative pour l'humanité, c'est sur cette base et sur cette base seulement qu'il est susceptible par son action de soulever l'enthousiasme de sa classe dans le monde entier. D'ailleurs mis à part l'erreur sur les nationalisations, lorsque les révolutionnaires du passé prônaient la nécessité d'une révolution en Allemagne et en Europe, ils défendaient pratiquement la nécessité d'une révolution directement socialiste, estimant que dans ces pays les conditions requises pour cet objectif étaient présentes, conditions qui d'après eux manquaient par exemple dans l'ancien empire du Tzar. Et aujourd'hui, plus d'un demi siècle plus tard, à l'ère de la robotique, du nucléaire et des voyages spaciaux, au nom d'un concept lancé par le fossoyeur numéro un de la révolution mondiale, «socialisme dans un seul pays», nous limiterions la révolution au domaine politique ? Se croyant plus intelligents que les crétins dont le psittacisme anime toute leur pensée (gauchistes actuels en général), les tenants d'une telle aberration font progresser l'histoire à reculons.

Ce qui vient d'être dit n'est point un voeux pieux ou une déclaration platonique, c'est l'orientation que devra prendre matériellement la révolution à venir, si nous voulons réellement sa victoire, et si nous voulons par conséquent avoir toutes les chances de notre côté pour qu'elle s'internationalise en supprimant les frontières. Ceci dit, nous ne sommes pas de ceux qui se forgent de beaux schémas dans leurs petites têtes à cogitations hasardeuses.

En effet, malgré les gigantesques moyens techniques et scientifiques actuels, la révolution peut se trouver dans une situation contingente exécrable pouvant freiner les nécessaires réalisations socialistes nous empêchant par là-même de franchir à grands pas les limites «où tout retour en arrière soit impossible». Nous en sommes conscients, mais ce n'est pas un argument pour nous imposer des limites avant la révolution elle-même. S'il est vrai que c'est l'histoire qui nous impose les circonstances, il est tout aussi vrai que nous ne pouvons les changer qu'avec des mesures directement socialistes à moins de reconnaître au capitalisme des vertus supérieures. Auquel cas pourquoi diable lutter contre lui ?

En somme, quelque soit la situation contingente, pour que la révolution soit prolétarienne et conserve sa tendance socialiste, il faut :

"1) Que le plus-travail pl cesse de se concentrer en une catégorie sociale, sans quoi sa distribution entre ce qui était le capital constant c et l'ex capital variable v ne peut se faire d'accord avec les intérêts de v (partie du capital C servant à payer la masse exploitée) mais d'accord avec les intérêts de la catégorie sociale qui manie pl (produit de l'exploitation). C'est la pierre angulaire de la planification.

  1. Que les produits perdent le caractère de marchandises qu'ils ont sous le capitalisme ; dans le cas contraire la consommation des masses et la capitalisation se trouveront entravées par la réalisation de la plus-value sous forme monétaire ou de possessions, comme dans la société bourgeoise, favorisant le développement de couches sociales qui y sont spécialement intéressées.

  2. Que l'éducation technique et la culture générale de la population travailleuse comprise dans v s'élève. Cette condition est une conséquence de la distribution. Sans elle l'accroissement même de c et la planification se trouvent limitées par la capacité -qui représentent également des intérêts économiques- de la minorité techniquement capable. Par ailleurs c'est également une condition de l'affaiblissement et de la disparition de l'Etat.

Sans ces trois conditions, la propriété collective des moyens de production devient fictive et l'homme continue d'être séparé des instruments de travail, origine de toute société divisée en classes".

(in, les révolutionnaires devant la Russie et le stalinisme mondial. 1946 G. Munis)

Ne pas comprendre cela, c'est ne pas comprendre la base matérielle sur laquelle a pu prospérer l'abjecte contre-révolution qui de la Russie se déchaîna sur le reste du monde. Désigner la Russie comme capitaliste d'Etat, et les trotskistes comme agents réactionnaires n'y change rien, puisque dans la pratique sur le thème traité, à part la «non défense inconditionnelle de l'URSS», la Russie étant considérée comme capitaliste, la différence joue à cache-cache avec son ombre. En effet si les trotskistes défendent «les acquis de la révolution d'Octobre», c'est parce que selon eux, vaille que vaille, la planification socialiste existe, ce qu'il faut combattre c'est le boulet qu'elle traîne à ses pieds, cette fameuse excroissance bureaucratique. Comme si le pouvoir politique et l'économie pouvaient se déplacer dans des directions opposées. Conclusion pour eux, ce qu'il faut en Russie, c'est une révolution politique (prise effective du pouvoir par le prolétariat), ramenant le politique et l'économique dans les bras l'un de l'autre. Les trotskistes, que nous critiquons, combattons et dénonçons aussi comme une force réactionnaire, ont le mérite d'être logiques avec eux-mêmes. Nous savons au moins à quoi nous attendre si par malheur ils prenaient le pouvoir quelque part : à un capitalisme d'Etat distillant la même planification «socialiste» et assénant les mêmes coups de fouets sur un prolétariat contraint de participer à la bataille de la production en tant que classe exploitée. Et il se trouvera bien alors un trotskiste déçu pour y voir une bonne petite excroissance bureaucratique de derrière les fagots.

Quant aux tendances (Battaglia communista, CWO1 CCI etc...) dont la haine viscérale du trotskisme remonte à sa naissance ; dont le programme n'est qu'une somme d'évidences plus ou moins assimilées sur tous les aspects politiques (Parti, conseils et un petit etc.), et qui soit ne se définissent pas clairement sur l'orientation sociale que doit prendre la révolution, soit affirment qu'après la prise du pouvoir par le prolétariat celui-ci continuera malheureusement à être exploité jusqu'à mondialisation de la conquête du pouvoir, nous ne leur reconnaissons aucune différence sur ce point avec le trotskisme tant critiqué.

Car ne serait-ce que dans le cas d'une très hypothétique révolution prolétarienne initiée en Russie, mis à part la différence de vue sur la nature de la planification existante, la révolution serait également politique dans l'attente de la prise du pouvoir au niveau presque mondial. Décidément, sur ce thème comme sur biens d'autres (il n'y a pas en fait de positions plus ou moins bonnes, mais une conception globale bonne ou mauvaise) le mouvement historique et la dialectique qui aide à le comprendre et à le transformer, sont utilisés comme une massue qui retombe en fin de compte sur le prolétariat lui-même.

De même que la lutte quotidienne du prolétariat luttant sur son propre terrain brise les séparations entre économique et politique, la révolution elle-même ne peut être que sociale (politique et économique à la fois). C'est la seule révolution totale de l'histoire de l'humanité où une classe ne peut s'affirmer que pour mieux se détruire en balayant les classes sociales dans leur ensemble. C'est pour cela que nous avons réfuté l'idée réactionnaire d'une simple révolution politique, estimant qu'elle accentuait les innombrables dangers que tout mouvement porte en son sein. Et ce qui est pire qu'elle en ajoutait avant même qu'un mouvement révolutionnaire d'envergure ne se produise. En effet un Etat ouvrier ne peut de toute manière se maintenir puis dépérir si la révolution internationale n'éclate pas. Donc le socialisme ne peut être établi dans un seul pays, et cela quelque soit la nature de la révolution (politique ou sociale). Mais c'est là où la pensée doctrinale et dogmatique de la plus grande partie des courants dits ultra-gauche est hermétique aux expériences prolétariennes qui eurent lieu après l'échec de la révolution en Allemagne. Nous faisons bien évidemment allusion à la révolution espagnole de 1936-37. S'il est vrai que le prolétariat en Espagne n'a pas centralisé le pouvoir (politique, économique, militaire et social) qu'il a eu entre ses mains le 19 juillet 36, il n'en est pas moins vrai qu'une fois insurgé et les armes à la main il a exproprié de lui-même les propriétaires des moyens de production et ce dans la zone dite républicaine sans les abandonner illico entre les mains d'un front populaire lui-même totalement sonné par l'élan irrésistible d'un prolétariat luttant non pas uniquement contre les troupes de Mola-Franco, mais contre sa condition de prolétaire. Du haut de leur prétention d'avant-garde éclairée (sic !) tous ceux qui nient la révolution en Espagne peuvent bien ricaner en amalgament collectivité et auto-gestion, mouvement authentiquement communiste et lutte anti-fasciste, guerre civile de classe et guerre impérialiste, malgré les critiques nécessaires à faire, le prolétariat en Espagne a montré avant tout qu'en s'insurgeant il remettait directement en cause l'exploitation de classe malgré toutes les inepties ou crapuleries versées à torrent par les partis ou organisations qui prétendaient le représenter (PC, CNT, FAI, POUM, PS, UGT), et qui ont maintes fois trembler devant ce prolétariat décidé. (sur ce thème cf le numéro 1 de l'Arme de la critique).

Pour conclure nous ajouterons que la suppression des rapports capitalistes de production n'équivaut nullement au socialisme (ou communisme c'est pareil) mais uniquement -et dans tout cela nous supposons une destruction effectuée par la classe ouvrière elle-même- à un pas vers le socialisme. Mais ce pas affirmons-nous, doit être franchi le plus rapidement possible. C'est-à-dire que, même isolée, la classe ouvrière qui aura fait triompher la révolution au niveau d'un seul pays -et même au cours de la bataille- devra éliminer les bases économiques des classes et ne pourra réaliser que cela si elle ne veut pas continuer à être une classe exploitée. C'est à cela que les révolutionnaires doivent se préparer : se préparer à pousser en avant le prolétariat dans sa tâche sinon ils se condamnent à n'être que des freins, ou pire, des obstacles dans la marche du prolétariat en révolution. Sans cette attaque des rapports de production en vue de leur abolition la plus rapide possible, la révolution pourrirait sur place. Enfin, ce pourrissement verrait se hausser une contre-révolution masquée et interne aux organismes mêmes de la dictature prolétarienne, et l'expérience de l'échec de la révolution russe, avec cette rupture non-évidente entre révolution et contre-révolution se reproduirait cette fois avec des conséquences incalculables pour l'avenir de l'humanité.

«Seule la disparition de la loi mercantile de la valeur, basée tout entière sur le travail salarié, amènera l'extinction de l'Etat. Faute de s'orienter vers cette disparition dès les premiers jours de la révolution, l'Etat se transforme rapidement en organisateur de la contre-révolution».

(in Pour un second manifeste communiste. F.O.R.)


Les premières barricades.

Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d'accomplir la Révolution moderne, la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l'histoire.

Nous avons le devoir de lutter et de vaincre.

19 avril 1871. LA COMMUNE DE PARIS

  1. Battaglia, CWO : BIPR, en France C/O l'herbe rouge 1bis rue d'Alésia 75014 Paris ↩