L'Arme de la critique, n° 3, mai 1987 (p. 23-27). PDF du numéro complet

Dans plusieurs numéros d'Alarme et de «l'Arme de la Critique», nous avons abordé la question de la décadence du capitalisme comme système de civilisation. Nous revenons moins directement mais de façon franchement polémique sur ce problème dans cet article après la lecture du numéro 23 du «Communiste», organe central en français du G.C.I.

Nous nous intéressons à toute polémique qui aide aujourd'hui à la constitution du prolétariat en classe révolutionnaire et donc en Parti. Il n'y a pas le moindre charlatanisme intellectuel dans notre démarche, car comprendre le mieux possible l'époque qui écrase l'humanité entière s'ajoute activement aux possibilités de l'anéantir à jamais. Une dernière chose avant d'aborder le sujet. Il est d'usage d'utiliser des citations de Marx comme scapulaire. Nous prévenons aussitôt que nous ne les emploierons pas comme textes sacrés, mais uniquement dans la mesure où elles viendront, de façon concise et souvent plus clairement exprimée, confirmer notre propre théorie qui prétend correspondre précisément aux problèmes qui nous sont posés, éliminant par là tout ce qui nous semble dépassé. Ainsi nombreux sont ceux, et l'exemple est particulièrement bien choisi pour les «anti-décadentistes» qui ne reprennent que les phrases frappantes de Marx contre la démocratie, le salariat, la nation ... sans jamais faire référence à sa défense historique de la démocratie, du salariat, de la nation, préférant conspuer les «disciples» (Lénine, Trotsky, Luxembourg, Pannekoek, etc) comme traîtres à certains moments à l'«invariance du programme du Parti Communiste».

Le GCI, selon notre point de vue, comprend de moins en moins ce qui s'est passé dans l'histoire, à force de vouloir être en symbiose avec «l'invariance» pourtant fort changeante ; la religiosité ne s'exprime pas que dans les églises ! Il applique à sa façon l'idéalisme de Hegel et croit, dans sa logique spéculative, en une idée absolue que l'être humain doit pouvoir dialectiquement (le mot est enfin laché) apréhender. Pour Hegel, cette idée, c'était l'Etat. Pour le GCI comme pour toutes les chapelles bordiguisantes qui s'accusent perpétuellement de l'altérer, l'idée, c'est le programme invariant du Parti Communiste.

S'il est vrai que les visions décadentistes ne sont pas toujours dialectiques dans leur conception matérialiste du monde, il est certain qu'elles ne le sont jamais pour ceux qui nient la progressivité et donc la décadence dans l'histoire. L'humanité ne se propose-t'elle pas que les tâches qu'elle peut remplir ? Et pour être plus précis, ne finit-elle pas par ne résoudre que celles-là ?

Dans sa critique virulente des «décadentistes» le GCI met surtout l'accent sur ceux qui basent leur théorie sur l'incapacité du capitalisme à faire croître ses forces productives (trotskistes en général), sur son incapacité à se sortir de la crise économique de surproduction (CCI principalement), sur son incapacité à surmonter la baisse du taux de profit (PCI-pc, BIPR, etc) mais nous n'en sommes pas moins nommés en ce qui concerne la vision morale de la décadence. Les uns et les autres sont amalgammés lorsque, fort de son arrogance, ce groupe piaille : «Et ce n'est pas un 'hasard' que nos décadentistes (toutes écoles confondues) se retrouvent dans un choeur commun avec tous les chacals réactionnaires hurlant à la»décadence de l'Occident«depuis les témoins de Jéhovah jusqu'aux»nouveaux philosophes" en passant par les néo-nazis européo-centristes, jusqu'aux adorateurs de Moon ! Et si les décadentistes se retrouvent en cette sinistre compagnie c'est parce que dans la réalité, ils défendent la même perspective réactionnaire et contre-révolutionnaire du progressivisme (position du matérialisme vulgaire). (Page 11 de la revue n° 23)

Nous ne répondrons que plus loin à ce propos répugnant, digne de ceux qui se voient en fin de compte comme les seuls communistes de la terre et de l'histoire, experts dans l'art de lancer le mot «contre-révolutionnaire» à tort et à travers, doués pour aligner des phrases pédantes à résonnance scientifique, et qui loin d'assimiler la dialectique, la vomissent en permanence parce qu'elle vient titiller leur radicalisme pompeux.

L'insulte est parfois révolutionnaire. Elle l'est toujours lorsqu'elle est émise contre l'ennemi de classe. Elle ne l'est jamais contre des organisations communistes, et se retourne alors d'elle-même contre ceux qui l'ont formulée.

Avant d'entamer la critique de l'article mentionné, qui se pare d'un titre à ambition hautement théorique : théorie de la décadence, décadence de la théorie. Première contribution : la «méthodologie», mettons en évidence les quelques passages pertinents contre les conceptions économistes du déclin du capitalisme. En effet, nombreux sont les révolutionnaires qui dès la fin du XIX° siècle ont enterré le capitalisme d'un point de vue économique, notamment Rosa Luxembourg avec son livre «l'accumulation du capital» et ses polémiques contre le révisionniste Bernstein qui lui, pensait que le capitalisme, par son évolution constante permettrait au prolétariat de le remplacer par le socialisme moyennant sa participation au parlement bourgeois. Ou encore Trotsky dans son «programme de transition» de 1938 qui commence par sa célèbre phrase : «les forces productives ont cessé de croître», et Lénine auparavant avec son «impérialisme, stade suprême du capitalisme». Nous sommes à la fin du XX° siècle et malgré les difficultés dues à une restructuration importante, le capital continue de se concentrer, de s'accumuler et donc d'exploiter le prolétariat à l'échelle mondiale. Rien à redire par conséquent lorsque le GCI constate que «la production industrielle mondiale, en 1948, dépassait de 36% le niveau de 1937 et de 74% celui de 1929. Entre 1878 et 1948 la production industrielle augmentait de 11 fois. Pendant la même période la population de la terre passait de 1500 à 2300 millions d'habitants, soit une augmentation de 50% environ». Aucune théorie sérieuse ne peut donc stipuler que le capitalisme est en déclin depuis le début du siècle si elle se base sur les données objectives d'une crise économique irréversible déjà existante. La croissance économique qui suivit la deuxième guerre mondiale fut formidablement supérieure à celle qu'avait vécue le capitalisme dans ses meilleurs moments auparavant. Mais ce fait incontestable prouve-t'il que le capitalisme est le même aujourd'hui qu'hier ? Qu'il faut maintenir l'ensemble des positions défendues dans le passé (syndicalisme, parlementarisme, démocratisme...) ou que dans le passé ces positions et cette pratique étaient déjà réactionnaires parce qu'elles l'ont toujours été ? CERTAINEMENT PAS.

Nous avons déjà répondu dans plusieurs articles aux «décadentistes» qui voient la crise économique irréversible de la même façon qu'un pauvre quidam perdu dans le désert voit des oasis à tout bout de champs. Le délire peut se propager et s'aggraver, la réalité elle, pèse de tout son poids matériel indépendamment de la perception fausse ou juste qu'on en ait. Mais il existe d'autres stupidités cérébrales qui, satisfaites d'elles-mêmes, sublimées jusqu'à l'apothéose «subversive», effacent allègrement du haut de leur praxis quasiment deux siècles de lutte prolétarienne. Nonobstant nous pourrions nous demander pourquoi diable s'arrêter en si court chemin. Ou alors des génies dignes du GCI n'existaient-ils pas 3000 ans avant «notre» ère ? Par quelle fourberie de l'histoire ce programme omnipotent, omniprésent et invariant ne s'est-il pas révélé plus tôt aux pauvres bougres qui courbaient l'échine devant les maîtres de la terre ? Parce qu'il manquait les conditions objectives rétorqueraient-ils. Et bien nous y voilà.

Pour le GCI il n'y a ni ascendance ni décadence car ce serait penser que dans la première phase il n'y a pas de contradictions alors que celle entre force productive sociale et rapport de production existe en permanence dans une société divisée en classes. Merci pour la leçon de dialectique un peu désuète et fragile ! Mais quel «décadentiste» pourrait nier que dans la phase ascendante du capital il y a contradiction entre prolétariat et capital ? Si elle n'existait pas, adeptes de l'invariance, il n'y aurait pas société divisée en classes. Arrêtez donc de vous inventer des arguments qui ne tiennent vraiment pas debout.

Comme le dit très justement un texte trop peu connu de notre organisation «Llamamiento y exhorto a la nueva generación» écrit en novembre 1966 : «Idéologiquement nous ne commençons pas, nous renouons, parce que nous ne nous sommes jamais interrompus. Nous venons de très loin, depuis les premiers temps où des hommes se sont soulevés ; en chemin nous allons encore plus loin ...» En effet les hommes dans le passé ne se trouvaient pas dans les conditions objectives requises pour résoudre purement et simplement le problème de l'exploitation de l'homme par l'homme, même si certaines circonstances historiques avaient pu accélérer le mouvement de la résolution. Si cela est une vision morale de l'humanité, alors les poules ont des dents. «Dans l'histoire comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie», voilà notre réponse moralisante ! Avec la conception matérialiste, nous disons : «quand on dit côté positif du salariat, on dit côté positif du capital, de la grande industrie, de la libre concurrence, du marché mondial. Je n'ai pas besoin de vous expliquer longuement que, sans ces rapports et ces moyens de production, nous n'aurions pas vu surgir les ressources matérielles de la libération du prolétariat et la création d'une nouvelle société ; que sans ces conditions, le prolétariat n'aurait pas pris le chemin de l'union ni connu le développement qui le rendent apte à cette double révolution, celle de l'ancienne société et la sienne propre.«(Marx»Arbeitlohn«1847). Et encore»Un des aspects civilisateur du capital est de faire produire ce surtravail d'une manière et dans des conditions qui sont plus favorables au développement des forces productives, des relations sociales, et à la création des éléments pour une formation sociale nouvelle et supérieure, qu'elles ne l'ont été sous les formes sociales antérieures, de l'esclavage, du servage, etc...». (Marx. Capital III)

Bougres de sycophantes, reconnaître l'existence de phases historiques n'a jamais signifié défendre l'une des phases contre le communisme, ni même de nier la possibilité de révolution dans la première. Et nous reproduisons une autre citation d'un des adeptes de la secte Moon : «les ouvriers savent fort bien que la bourgeoisie devra leur faire non seulement de plus larges concessions politiques que la monarchie absolue, mais que, pour servir son commerce et son industrie, elle fait surgir, malgré elle, les conditions favorables à l'union de la classe ouvrière. Or, l'union des ouvriers est la première exigence de leur triomphe. Les ouvriers savent que la suppression des conditions bourgeoises de la propriété ne saurait être réalisée par la conservation du régime féodal de propriété. Ils savent que le mouvement révolutionnaire de la bourgeoisie contre les castes féodales et la monarchie absolue ne peut qu'accélérer leur propre mouvement révolutionnaire, et que leur propre lutte contre la bourgeoisie ne pourra éclater que le jour où la bourgeoisie aura triomphé... Ils peuvent et doivent accepter la révolution bourgeoise comme une condition de la révolution ouvrière. Mais ils ne peuvent la considérer un seul instant comme leur but final«(Marx.»L'observateur Rhénan». 1847)

Nous n'avons pas voulu conclure cette succession de citations avec un texte écrit en 1848 et dont le titre est «le manifeste du Parti Communiste» car il aurait fallu le reproduire presque intégralement. D'ailleurs ce texte fait-il partie de l'invariance ? Tout ce qui y est écrit est-il défendable aujourd'hui ? Répondre négativement aux deux questions ferait enfin apparaître de façon limpide aux «invariants» la base idéologique de la contre-révolution, sans aller la chercher dans la constitution de la II° Internationale. Il y a bien eu «les nouveaux philosophes» dans les hautes sphères de l'intelligentsia marchande, pourquoi pas «les nouveaux communistes». L'histoire de la lutte des classes ne date pas d'aujourd'hui, alors ne la faites pas commencer avec vous.

Reconnaître la progressivité d'un mode de production par rapport à d'autres (contemporains ou antérieurs) n'est pas une vision bourgeoise de la marche de l'humanité quand bien même cette classe exploiteuse aurait le même type d'appréciation (ce qui n'est pas le cas). Cette dernière s'est bien sur présenté comme la représentante de la liberté, de l'égalité, de la fraternité universelle, comme l'incarnation et l'aboutissement final de la civilisation et du Progrès mais... pour mieux exploiter la classe qu'elle allait librement dominer tout en la développant : le prolétariat.

Le F.O.R, qui fait partie de ce que le G.C.I appelle péjorativement les décadentistes, n'est pas pro-esclavagiste jusqu'à telle date, pro-féodal jusqu'à telle autre, ... pro-capitaliste jusqu'en 1914. Il est contre toute exploitation. Aucun mouvement subversif ne peut tomber dans la mauvaise phase car il fait partie de la possibilité de résolution de l'antagonisme entre exploités et exploiteurs en général, parce qu'il est la plus haute manifestation de la dignité humaine. Nous revendiquant des tous premiers hommes à s'être soulevé, nous ne pouvons être qu'avec eux, quelque soit le moment où leur lutte s'est déroulé, même si leur combat était dans l'immédiat voué à l'échec pour la transformation communiste de la société. Nous voulons parler non seulement de Babeuf, Buonarotti, Blanqui, des utopistes, mais également des Thomas Münzer, des niveleurs et des Spartacus de la terre. La contradiction est présente tout le temps, mais les possibilités matérielles (objectives et subjectives) de la voir se résoudre sont beaucoup plus limitées tant que croissance et développement social vont de pair (cf Impossibilité de développement capitaliste dans Alarme n° 2).

Nous ne nous priverons pas cette fois-ci du plaisir d'encore citer : Dans la réalité la conscience limitée correspond à un degré déterminé du développement des forces productives matérielles, de la richesse. Assurément, le développement n'a pas eu lieu sur cette seule base, il y a eu aussi développement de la base elle-même. Le point d'épanouissement le plus haut de cette base-même (la floraison en laquelle elle se change tout en restant cette base, cette plante en tant que fleur, d'où son étiolement après floraison et comme conséquence de la floraison) est celui où elle a atteint une forme qui la rend compatible avec le plus haut développement de l'individu. Dès que ce point est atteint la suite du développement apparaît comme un déclin, et le nouveau développement commence à partir d'une nouvelle base. (Marx. «principe de la critique de l'économie politique». 1857-1858).

Les hommes se sont à chaque fois libérés non en fonction uniquement de leur idéal de l'homme mais selon que les forces productives existantes leur prescrivaient et leur permettaient de se libérer. Toutes les libérations dans le passé, reposaient sur des forces productives limitées dont la production, insuffisante pour l'ensemble de la société, ne pouvait entraîner d'évolution que si une partie du corps social vivait aux dépens de l'autre (on est moral jusqu'au bout, pas vrai !). Par conséquent, les uns -la minorité- avaient le monopole de l'évolution, tandis que les autres -la majorité- étaient provisoirement (c'est-à dire jusqu'à la création de forces productives nouvelles et révolutionnaires) exclus de toute évolution, contraints de lutter sans cesse pour la satisfaction des besoins les plus urgents. Au volontarisme radicalisant, qui ne peut remplacer la passion révolutionnaire qui manque, il est vrai, à bon nombre de «scientifiques communistes» qui jonglent avec les chiffres, nous préférons le doute pleinement humain qui ne prétend pas ériger sa conception du monde en un passe-partout historico-philosophique dont la suprême vertu consisterait en fait à être supra-historique.

«Il est indéniable que la société bourgeoise vient de vivre pour la seconde fois son XVI° siècle, un siècle dont j'espère qu'il sonnera le glas de cette société, tout comme le premier l'a mise au monde. La véritable tâche de la société bourgeoise est de réaliser, tout au moins dans ses grands contours, le marché mondial et la production fondée sur lui. Comme la terre est ronde, cette tâche me semble être achevée avec la colonisation de la Californie et de l'Australie, et l'ouverture de la Chine et du Japon. Pour nous le problème difficile est le suivant : sur le continent, la révolution est imminente et elle prendra aussitôt un caractère socialiste. Ne sera-t'elle pas fatalement écrasée dans ce recoin, dès lors que, sur un terrain beaucoup plus vaste, le mouvement de la société bourgeoise est encore ascendant ?» (Lettre de Marx à Engels ; 8 oct. 1858)

On n'est pas plus vivant parce qu'on nie la mort, et n'est pas plus révolutionnaire parce qu'on affirme comme unique programme depuis 1848 (pourquoi pas avant ?) la dictature du prolétariat, l'abolition du salariat, des frontières et des classes sociales. Bible en tête, le GCI annonce la couleur dans son texte : «première contribution : la méthodologie». Nous, nous parlerions plutôt de la praxis réelle du prolétariat (avant-gardes comprises) au cours de son opposition au capitalisme de par sa simple existence comme classe exploitée, en considérant bien entendu, qu'elle n'est révolutionnaire qu'historiquement. Le prolétariat ne s'est pas manifesté en tant que classe indépendante par la défense de ses intérêts exclusifs du jour au lendemain et sans difficultés. L'élaboration de la théorie émancipatrice de la classe ouvrière n'a pu apparaître et se consolider sans difficultés non plus, puisque basée sur l'existence et la pratique même de la dernière classe de l'histoire. Ainsi des courants révolutionnaires par leur esprit et leur pratique érigés contre la domination de l'homme sur l'homme, prônaient, parce qu'évoluant à un certain stade de développement de l'exploitation bourgeoise et parce qu'ils provenaient de l'élan révolutionnaire de 1789, des idées qui semblent totalement dépassées et réactionnaires aujourd'hui, telles le patriotisme, le républicanisme, bien qu'ils défendissent en même temps que «la terre n'est à personne, les fruits sont à tout le monde». De la même façon la première Internationale (ne nous arrêtons pas à la II°), preuve s'il en est de l'immense volonté émancipatrice à l'échelle mondiale, était composée par des communistes, des lassaléens, des anarchistes et même par des bourgeois radicaux. Si cela est inimaginable aujourd'hui, ce n'est pas un hasard (et les hasards existent dans l'histoire) messieurs les «invariantistes». C'est bien parce que le capitalisme est entré dans sa phase de déclin au niveau mondial et qu'il n'a plus qu'une seule classe en face de lui : celle qu'il exploite. C'est pour cela qu'il n'y a plus qu'une seule issue, la révolution communiste.

Nous devons rappeler l'excellente réponse de Marx à Véra Zassoulitch, à ces matérialistes vulgaires et bourgeois, parlant de la possibilité qu'avait la Russie de faire peau neuve sans commencer par se suicider : de s'emparer des fruits dont la production capitaliste a enrichi l'Humanité sans passer par le régime capitaliste, régime qui, considéré exclusivement du point de vue de sa durée possible, compte à peine dans la vie de la société. Mais ajoutait-il, il faut descendre de la théorie pure à la révolution russe, d'où sa théorie de la permanence de la révolution. Nous pourrions également leur rappeler les phrases de Trotsky dans son introduction à son «Histoire de la révolution russe» dans laquelle il remarque avec un bel à propos qu'il n'y a pas d'étapes intermédiaires obligatoires lorsqu'existent les conditions matérielles de les sauter, parceque de plus on y est forcé : «les sauvages renoncent à l'arc et aux flèches, pour prendre aussitôt le fusil, sans parcourir la distance qui séparait, dans le passé, ces différentes armes»...

Cette méthodologie est la nôtre. La seule compatible avec l'interprétation révolutionnaire du monde dans l'actualité. La vôtre, même avec des conclusions pratiques plus justes que la horde gauchisante, est statique, et par conséquent anti-dialectique. De surcroît votre méthodologie est timorée parcequ'elle n'ose pas s'attaquer à celui dont vous voulez encore vous revendiquer : Monsieur Karl Marx ! Faites l'effort et vous tomberez encore plus durement sous le coup de sa critique, la même qu'il formulait au sein de la Ligue Communiste en 1850 contre la minorité Willick et Shepper :

«A la conception critique, la minorité substitue une conception dogmatique, à la conception matérialiste, une conception idéaliste. Au lieu de la situation réelle, c'est la simple volonté qui devient la force motrice de la révolution. Tandis que nous disons aux ouvriers :»vous avez à traverser quinze, vingt, cinquante ans de guerres civiles et de luttes internationales, non seulement pour changer la situation existante et vous rendre aptes au pouvoir politique«, vous, vous leur dites au contraire :»il nous faut immédiatement arriver au pouvoir, ou bien nous n'avons qu'à aller dormir«... Tout comme les démocrates, vous substituer à l'évolution révolutionnaire la phraséologie révolutionnaire»...

Ce qui était révolutionnaire a été réduit presque à néant par la contre-révolution mondiale qui s'est étendue depuis Moscou, qui a assassiné des milliers de révolutionnaires, et qui a prostitué, beaucoup plus fortement que la Social-démocratie, les idées et la pratique d'émancipation sociale, au moment même où toutes les conditions objectives étaient et sont toujours plus que présentes pour détruire la bête immonde. Nous vous laissons la critique stupide des moonistes, néo-nazis et autres nouveaux philosophes, pour dédier toutes nos forces à notre seul objectif : le communisme.

La IIème internationale, lors de sa constitution, se proposait des buts et une pratique nettement révolutionnaires, bien que mondialement parlant, même si elle était plus une fédération de sections nationales qu'un Parti mondial centralisé, elle allait dégénérer pour se transformer en un considérable appendice de la bourgeoisie, grâce à toutes les tendances qui ne voulaient pas du combat révolutionnaire. Le parlementarisme d'antan (jusqu'à, approximativement le ministérialisme de Millerand et cie, et la théorie de Berstein et Hilferding) n'était que tactique et aucunement stratégique. Le pouvoir perçu et défendu comme révolutionnaire était celui de la rue, non celui du crétinisme parlementaire et bourgeois de fait. Les maîtres «orthodoxes» du marxisme tels Kautsky et Plekhanov ont été sévèrement condamnés et combattus par les tendances qui voulaient se maintenir dans la ligne de l'opposition radicale au capital jusqu'à la rupture avec une internationale qui ne servait plus que les intérêts de la classe exploiteuse. Cela non plus, même si on peut penser que la rupture était incomplète, voir tardive pour beaucoup, n'a pas été facile. Il fallut une détermination intransigeante pour la réaliser. Cela fait partie, qu'on le veuille ou non, d'un moment important du combat de notre classe pour défendre ses propres intérêts. Moment que l'on ne peut évacuer avec une «méthodologie» plus que douteuse, émise lorsqu'il est aisé de tourner en rond par manque d'activité nettement subversive du prolétariat, vu qu'on ne peut être partie prenante, agissante, et dirigeante d'un mouvement insurrectionnel inexistant.

Cependant, malgré tous les efforts de la IIème internationale dégénérée, du capitalisme planétaire et de sa première guerre à la même échelle, le prolétariat relèvera la tête jusqu'à la prise du pouvoir en octobre 17 en Russie. Encore une fois le combat sera plus dur dans la réalité que sur un bout de papier. Et nous préférons la «méthodologie» du Lénine [...]

Adresse du G.C.I. : B.P. 54 - 1060 Bruxelles 31 - BELGIQUE.