Alarme, n° 1, mai-juin-juillet 1978 (p. 14-15). PDF du numéro complet

Citations mot pour mot transcrites d'un enregistrement fait lors de la projection du film:

Gomez, PDG de Saint-Gobain, co-fondateur du C.E.R.E.S.: "Il n'y a pas de différence entre un patron de droite et un patron de gauche. Un patron dans la société telle qu'elle est aujourd'hui ne peut pas en tant que patron s'écarter tellement d'un comportement moyen valable à peu près pour tous. Car si on fait ce métier on est bien tenu de le faire dans les règles du jeu, fixées par l'environnement général et par l'environnement interne de la société. Ces règles du jeu il n'y a pas 36 manières de les jouer, il n'y en a qu'une. Il n'y a qu'une seule règle de jeu de bridge. Vous le jouer bien ou vous le jouer mal. Mais c'est toujours la même règle.

Si une situation un peu plus révolutionnaire arrivait en France, l'autogestion jouerait le même rôle que l'idéologie de la société de consommation entre 1953 et 1968 qui a été un formidable système d'intégration sociale qui s'est déchiré en 68. Maintenant le système cherche autre chose. L'autogestion est propablement une des réponses possibles."

Mme Gomez, PDG de Waterman: "Les syndicalistes avaient une liste de ce qu'ils voulaient changer dans leurs salaires, leurs conditions de travail. Moi j'avais cette liste, je savais ce que je pouvais accorder ligne par ligne. Au lieu de discuter pendant deux jours je leur ai dit sur le point 1 c'est ça, sur le point 2 c'est ça... Cela aurait pu être terminé en dix minutes. ça a été très mal perçu. Comme j'ai fait en sorte que les syndicats ne puissent pas jouer leur rôle, ils m'en on voulu et tout le monde a débrayé. On est allé faire mes propositions au vote collectif. Ils ont tous voté pour, et le combat a cessé faute de combattants. Je ne le referai plus, je jouerai le jeu syndical."

Citations d'autres PDG de grandes entreprises interviewés dans le film documentaire et dont nous n'avons pas noté les noms*:

"Le syndicat, c'est une forme d'opposition. J'ai en moi la croyance qu'on ne peut rien faire, qu'on ne peut pas progresser si on ne dispose pas d'une opposition. S'il n'y avait pas eu l'opposition syndicale du dernier siècle, la condition globale du monde du travail ne serait pas ce qu'elle est. Par conséquent, c'est pour moi une force réactive mais c'est une force absolument indispensable. Toute destruction ou tout amenuisement de la force syndicale me parait un risque de recul, de déterioration du monde économique d'aujourd'hui."

"C'est presqu'un plaisir pour tous les partenaires de faire valoir quelque chose auquel on croit et de se battre pour l'obtenir. Je disait gérer les tensions, c'est à dire ne pas tout de suite les résoudre, mais faire en sorte qu'il y ait des gens qui aient le plaisir de les résoudre."

"Si l'autogestion consiste à avoir une organisation la plus décentralisée possible où les décisions sont prises au niveau le plus bas possible, c'est à dire dans une très grande autonomie et en respectant l'entité et l'unité de chaque homme, où chaque créateur puisse s'exprimer, ce genre d'autogestion j'en suis parfaitement partisan, à partir du moment, bien sûr, où les critères de jugement et d'efficacité restent des critères objectifs, c'est à dire d'ordre économique."

"Le personnel lorsqu'il obtient quelque chose veut être sûr qu'il a obtenu tout ce qu'il pouvait obtenir. Pour cela, il faut avoir l'impression d'avoir toucher la limite de résistance du partenaire. Si le patron donne trop facilement, c'est que je n'ai pas eu tout ce que je peux, je me suis mal battu, je vais recommencer. Si au contraire je dois me battre durement, si la discution est pénible, elle dure toute une nuit, on ne signe l'accord qu'à 5h, au petit matin, avec des yeux battus et une barbe mal rasée, s'il m'a fallu éventuellement faire deux ou trois jours de grève, quelques chahuts bénins, c'est que je me suis bien battu, et j'ai vraiment été au bout de mes possibilités."

"J'ai une profonde admiration pour la peine, pour les soucis, pour le mal que ce donnent les syndicalistes pour tenir leurs troupes, pour lancer des mouvements, pour avoir de bons arguments. Je pense que si le hasard de la distribution des rôles faisait que je me trouve de l'autre côté de la barricade, j'éprouverais cette même joie gratuite (enfin non payée) à jouer le rôle d'un chef, d'un petit chef de l'opposition, au même titre que je me sens petit chef du côté du gouvernement de l'entreprise."

SANS COMMENTAIRE...

* En vrac, voici les noms des PDG interviewés: Richier, PDG de Thompson-Brandt, Lemonnier, PDG d'IBM, Dalle, PDG de L'Oréal, De Fouchier, PDG de la Banque de France et des Pays-Bas, Levy, PDG de ELF-ERAP, Trigano, PDG, Darty, PDG.